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    Marine Le Pen

    De Gaulle, la Russie de Poutine et le Front National

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    Nicolas Bonnal
    par Nicolas Bonnal
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    Soumise à Bruxelles et à Washington, la France n'a plus de politique internationale.

    On est soumis à l'atlantisme, à la bureaucratie bruxelloise, à son flot de lois ineptes, de réfugiés et de sanctions antirusses. On est soumis aussi à l'Otan et à ses provocations grotesques et belliqueuses en Europe.

    On a entendu récemment une courageuse (car quelle voilée de bois vert médiatique après!) Marine le Pen appeler à voter contre l'épouse oxydable de l'ex-président Clinton:

    "Pour l'intérêt de la France, c'est tout sauf Hillary Clinton, car je crois qu'Hillary Clinton c'est la guerre, c'est la dévastation, c'est le déséquilibre du monde, ce sont des choix économiques qui sont ravageurs pour le bien de mon peuple, ce sont des choix géostratégiques qui vont engager à des conflits mondiaux"

    Hillary Clinton ce sera la guerre voulue par la presse-système devenue démente (cf. the dumbing-down of NYT) et par ses oligarques possédés par l'ubris si bien décrite par Eric Zuesse ou Paul Craig Roberts.

    Par rapport à la Russie le FN a abjuré ses idéaux de jeunesse. Voici ce qu'on lit donc dans son programme. On sent une inspiration gaulliste dans tout cela, bien plus que « l'extrémisme » que dénonce la camarilla médiatique — celle qui évoque les droits de l'homme en Chine, le sort des opposants en Russie en oubliant Assange, Snowden et les trois millions de détenus en Amérique.

    On lit au chapitre défense, p.4:

    « Reconstituer les filières industrielles de la Défense, notamment en coopération avec certains partenaires européens, y compris la Russie. »

    Le programme du FN insiste aussi sur un nécessaire regain de notre souveraineté spatiale et technologique, regain qui devra être franco-russe.

    Toujours au chapitre Défense:

    « Sur le plan des matériels, les programmes en cours de modernisation des équipements seront poursuivis et de nouveaux programmes stratégiques seront lancés, en priorité dans le domaine spatial, où les compétences enviables que la France avait acquises dans les 25 premières années de la Vè République sont aujourd'hui en jachère, notamment la coopération franco-russe en ce domaine doit être relancée. »

    Dans la partie Analyse, plus courageusement et aussi plus lucidement encore, le Front ajoute que la menace contre la paix mondiale est aujourd'hui américaine (p.50):

    « Le monde qui se prépare est sous le péril de guerres de grande ampleur. D'abord parce que les Etats- Unis, n'acceptant pas de perdre la main sur l'histoire face à la Chine et la Russie, et confrontés au risque d'un effondrement économique consécutif à la perte du statut de monnaie de réserve pour le dollar, seront peut-être tentés par la guerre pour s'en sortir. »

    Et le FN propose à la fois une sortie de l'OTAN et un partenariat pragmatique et stratégique avec la Russie (Positions, p.51):

    1/ L'avènement d'une Europe des Nations, une sortie du commandement intégré de l'OTAN et l'offre faite à la Russie d'une alliance stratégique poussée, fondée sur un partenariat militaire et énergétique approfondi, le refus de la guerre d'ingérence et le soutien au droit international.

    2/ Conjointement, la proposition faite à l'Allemagne de s'associer pour former une alliance trilatérale Paris-Berlin-Moscou.

    On se souvient que cet axe du bien Paris-Berlin-Moscou fut atteint au moment où l'Europe tourna le dos à l'offensive contre l'Irak qui déboucha sur les déboires que l'on sait. Mais à ce moment une opportuniste inconnue prit la plume pour défendre la soumission à Bush. Elle dénonçait la France de Jacques Chirac, l'Allemagne de Schroeder, et s'appelait Angela Merkel. La gardienne de nursery (pour parler comme Chesterton qui voyait ce type de femme politique arriver au pouvoir) fut ensuite, comme d'autres avant elle, promue et non élue chancelière. On voit aujourd'hui les conséquences folles, invasion de l'Europe y compris, de cet alignement dont ne veulent même plus les Anglais.

    Le programme du FN ajoute:

    3/ La proposition de la formation d'une Union paneuropéenne (des Etats souverains) incluant la Russie et la Suisse et respectant le statut de neutralité, le droit national, la fiscalité nationale… La Turquie ne serait pas associée à ce projet.

    Je ne vote pas, ne lance donc pas de consignes, et laisse mes lecteurs russophiles (les autres n'ont qu'à aller voir d'autres sites) se faire leur idée à ce sujet. Vladimir Poutine est habitué à nager en eaux troubles, au milieu de piranhas hostiles, lui qui maintenant recrée un monde à sa mesure avec la Chine. Il est vraisemblable que Washington tentera de briser (mais que peut faire la déglinguée Amérique, avec un Juppé ou une Merkel à opposer?) l'unité eurasiatique qui se profile et que mon ami Jean Parvulesco avait prophétisée.

    Et pour finir, un peu de de Gaulle, qui se lâcha un beau jour de juin 1966, lors d'une amoureuse conférence de presse à Moscou:

    « La visite que j'achève de faire à votre pays c'est une visite que la France de toujours rend à la Russie de toujours… Aussi, en venant vous voir, il m'a semblé que ma démarche et votre réception étaient inspirées par une considération et une cordialité réciproques, que n'ont brisées, depuis des siècles, ni certains combats d'autrefois, ni des différences de régime, ni des oppositions récemment suscitées par la division du monde. »

    Une belle idée que cette amitié que rien ne peut briser!

    Encore une pincée pour les amateurs:

    « Il s'agit aussi de mettre en œuvre successivement: la détente, l'entente et la coopération dans notre Europe tout entière, afin qu'elle se donne à elle-même sa propre sécurité après tant de combats, de ruines et de déchirements. Il s'agit, par là, de faire en sorte que notre Ancien Continent, uni et non plus divisé, reprenne le rôle capital qui lui revient, pour l'équilibre, le progrès et la paix de l'univers. »

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    • programme du front national (à télécharger)
    • Washingtonpost.com Schroeder Doesn't Speak for All Germans By Angela Merkel, February 20, 2003
    • Conférence, 30 juin 1966 à Moscou

     

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    Tags:
    Front national (FN), Marine Le Pen, Vladimir Poutine, Europe, France, Russie
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