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    Poutine et la Russie face au soft power américain

    Poutine et la Russie face au soft power américain

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    Nicolas Bonnal
    Nicolas Bonnal
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    Dans la revue Sans Frontières (Numéro de septembre), l'ambassadeur russe Alexandre Orlov a consacré un texte au soft power américain. Et il écrit : « la Russie n’a pas de soft power. La Russie a une culture, des idéaux et des valeurs, des traditions séculaires et, bien sûr, des intérêts. Mais elle n’a pas de soft power. »

    Et il ajoute qu'il est dur de défier ce soft power: « Force est de reconnaître pourtant que la majorité des Français connaissent assez peu les réalités russes. L'image de la Russie est systématiquement ternie, pour ne pas dire diabolisée, par les médias français. »

    Les médias français n'existent plus comme tels: il y a des médias US d'expression française qui appartiennent à l'Etat-Ps et à cinq oligarques en cheville avec cet Etat et les « marchés » US. On sait aussi que six groupes se partagent le marché US dont le commandement tient en trois lemmes: remplis-toi le ventre; détends ton esprit, reste soumis au système. Voyez le film They live de Carpenter.

    C'est pourquoi la soumission européenne aux impératifs commerciaux, militaires, sociétaux ou sexuels (!) de Washington est devenue une évidence qui n'échappe à personne. Cette soumission est aussi le fait d'une bonne partie des pays du tiers-monde qui sont aujourd'hui des pays nouvellement alignés. Pour résister il faut une taille critique. Mais comme l'Ukraine, le Brésil de Dilma Rousseff a eu du mal…
    Comment une telle chose est-elle possible? On peut donner ces raisons:

    • La fin de la Guerre froide et le déclin mondial de la culture, notamment politique. On a vu un nivellement culturel par le bas qui a profité aux Américains et à leur sous-culture. Mickey a remplacé Marx, Gaga Chostakovich.
    • L'éducation des élites. Les « élites » sont formées en Amérique et soumises au schéma impérial. Elles deviennent traîtresses et hostiles. On se retrouve avec la cas attristant des politiciens vietnamiens qui veulent aider leur bourreau américain à détruire la Chine.
    • La technologie enfin: le bond américain est lié aux nouvelles technologies qui ont projeté partout la matrice américaine. Medium is message a dit Macluhan et Google (qui favorise outrageusement le vote Clinton), Facebook, Yahoo, Microsoft-MSN répandent partout le même habitus. Cette soumission crée les mêmes aliénations qu'en Amérique obésité, bêtise, soumission, technophilie. Vient ensuite le global citoyen anesthésié dont a parlé l'historien américain Stanley Payne. Le lucide dessin animé Wall-E dénonçait cette entropie.

    Tocqueville a évoqué la violence intellectuelle des temps démocratiques américains:

    « Sous le gouvernement absolu d'un seul, le despotisme, pour arriver à l'âme, frappait grossièrement le corps; et l'âme, échappant à ces coups, s'élevait glorieuse au-dessus de lui; mais dans les républiques démocratiques, ce n'est point ainsi que procède la tyrannie; elle laisse le corps et va droit à l'âme. »

    Tocqueville écrivait que pour tuer l'effet des journaux il faut en multiplier le nombre. La « liberté de la presse » le désolait en réalité. D'un côté on ne parle que de sottises, et de l'autre on prêche une pensée unique pour renforcer la tyrannie de la majorité.


    Ce qu'il écrit ici s'applique à la Russie:

    « En Amérique, la majorité trace un cercle formidable autour de la pensée. Au-dedans de ces limites, l'écrivain est libre; mais malheur à lui s'il ose en sortir. Ce n'est pas qu'il ait à craindre un autodafé, mais il est en butte à des dégoûts de tous genres et à des persécutions de tous les jours. La carrière politique lui est fermée: il a offensé la seule puissance qui ait la faculté de l'ouvrir. On lui refuse tout, jusqu'à la gloire. »

    Tout s'est aggravé depuis avec le déclin de l'esprit révolutionnaire et progressiste: l'esprit politiquement correct n'a rien à voir avec une quelconque révolution; il est une énième resucée de dégénérescence petite-bourgeoise qui passe par un goût prononcé pour la mutilation sociale et psychologique. On fait du sociétal car on ne veut plus de social. Le PC repose aussi sur une incohérence du verbiage et des objectifs politiques (d'où le chaos partout).

    Guy Debord remarquait sur la fin de la logique:

    « La dissolution de la logique a été poursuivie, selon les intérêts fondamentaux du nouveau système de domination, par différents moyens qui ont opéré en se prêtant toujours un soutien réciproque. Plusieurs de ces moyens tiennent à l'instrumentation technique qu'a expérimentée et popularisée le spectacle; mais quelques-uns sont plutôt liés à la psychologie de masse de la soumission. »

    Les occidentaux ne sont plus s'ils sont vivants, a dit un jour Soljenitsyne. Cela permet de poursuivre la Chine pour un dissident aveugle en oubliant Guantanamo et les prisons US, de rendre Poutine responsable d'un crash de Boeing et de masser les troupes de l'OTAN. Il faut reconnaître que cette imbécillité n'a pas eu besoin de Google pour se répandre. Elle est venue vers 1910-1920 avec l'attirail du conditionnement moderne décrit par Frédéric Bernays dans son livre sur la propagande. Il explique cyniquement comment il fit rentrer l'Amérique dans la lointaine guerre européenne ou comment il fit fumer les américaines…

    Les grands intellectuels anarchistes, chrétiens ou marxistes ont souvent dénoncé l'américanisme. On est antiaméricaniste comme Chesterton, Marcuse ou Henry Miller, on n'est pas anti-américain! Edgar Poe ou Thoreau étaient antiaméricanistes, et Norman Mailer l'a dit une fois: nous sommes les champions pour fabriquer de la merde.

    Enfin il est bon de le rappeler, le Soft power a toujours existé. Les moyens de contrôler une plèbe ont toujours été les mêmes. Revoyez Gladiator!

    C'est La Boétie, vieil ami de Montaigne, qui explique comment se constituent dans l'Antiquité les fils de la tyrannie molle et de la servitude volontaire. La Boétie parle de l'importance des bordels et des tavernes (sexe, drogue et rock'n'roll?): civilisation du divertissement et de l'abrutissement (neuf heures de connexion et de médias par jour). Il parle aussi de l'importance d'imposer le caractère efféminé. Or on a toujours reproché à Poutine sa virilité, ou son absence de cool attitude.
    Car nos malheurs (et même le choc occidental avec l'islamisme) viennent de notre lâcheté physique et du déclin de la virilité. Une société efféminée avec son package LGBT-mariage gay, adoptions, accompagne naturellement la tyrannie. On est alors loin du modèle rigoureux, égalitaire et républicain des grands temps. Cette société se soumet rapidement aux oligarques. Enfin la Boétie parle des réseaux, de soumission et de dénonciation, liés au nombre six selon lui. Ils se développent sournoisement et recouvrent la société.

    Mais le libre arbitre peut relever la tête, même en Amérique! On le voit avec Donald Trump, homme politique américain dressé contre la matrice et pour une bonne entente avec la Russie. Trump comme Poutine usent du charisme de Max Weber, du rayonnement pour reprendre l'expression de l'ambassadeur de Russie…

    Dans son livre sur la Famille, qui montre les ramifications du fondamentalisme christiano-luciférien avec toutes les tyrannies tiers-mondistes passées, présentes et à venir, Jeff Sharlet explique que l'empire américain est un empire amorphe, reposant sur des fils invisibles, une influence, des alliances transcendantes. C'est pourquoi le soft power US est difficile à vaincre: parce qu'il est difficile à cerner, comme la classique pieuvre ou la méduse postmoderne.

    C'est aussi pourquoi le modèle de la Russie a beaux jours devant lui.

    Ce sera la lutte du rayonnement contre le conditionnement.

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    Références

    Alexis de Tocqueville (1835), De la démocratie en Amérique I (deuxième partie), chapitre VII
    Guy Debord, Commentaires
    Edouard Bernays, Propagande
    Etienne de la Boétie — Discours sur la servitude volontaire
    Jeff Sharlet, The Family, Harper&Collins
    Nicolas Bonnal — Lettre ouverte à la vieille race blanche; Internet nouvelle voie initiatique.
    Revue Sans frontières, septembre 2016


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    Tags:
    Vladimir Poutine, Occident, États-Unis, Russie
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