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    Primaire de la droite et du centre en France

    Primaires: 4 millions «de votants» décident pour 45 millions d’électeurs!

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    Si je suis personnellement heureux que François Fillon, que je considère comme un homme estimable, à la fois pondéré et décidé, l’ait emporté sur son rival, je persiste et je signe, les primaires sont un dévoiement (cf. mon article précédent sur le sujet dans Sputnik France).

    En cela, je suis en excellente compagnie, avec notamment Mr Jean-Louis Debré, président sortant du conseil constitutionnel, fils de Michel Debré, membre fondateur de la Vème république, qui a employé exactement ce terme. Et d’autres personnalités, situées à divers endroits de l’échiquier politique, jusqu’à… Jean-Luc Mélenchon…

    On a eu chaud. Nul ne sait ce qui va advenir dans le futur, ou tant de choses sont encore susceptible de se passer. Mais quelques prétendants potentiellement néfastes ont été éliminés, d’une future élection si importante, et en particulier Mr Juppé, bien sûr. Mr Juppé, Archétype de l’arrogance intellectuelle des technocrates dont les français ne veulent plus, et qui, on le sent bien malgré les efforts de ses conseillers en communication, a toujours conservé cette froideur et ce ton cassant si déplaisant, prenant volontiers ses interlocuteurs pour des débiles légers.

    Un homme qui a eu la faveur de nos médias chéris avec un parti pris et une partialité hallucinante, difficilement explicable d’ailleurs, jusqu’à ce que ceux-ci comprennent que le vent avait tourné. Un personnage qui a continué à occuper le paysage politico-médiatique malgré son âge, (il aura 72 ans en 2017)  et surtout le fait que sa prestation en tant que premier ministre il y a… 21 ans ! fût tout, sauf un triomphe inoubliable: elle déboucha, bien au contraire, sur le triomphe de ses adversaires de gauche aux législatives de 1997, suite à une dissolution ratée, dont il était partisan et qui restera comme une des plus grosses bourdes politiques du dernier demi-siècle écoulé.

    Nous rappellerons également (les plus jeunes ne l’ayant pas connue) sa lourde responsabilité dans la grande grève de 1995, ou durant plus de 3 semaines, il n’y eut aucun train ni aucun métro, ou se rendre au bureau était littéralement mission impossible pour les salariés, certains étant réduits à camper sur leur lieu de travail trop éloigné de leur domicile, et que nombre d’entreprises ne purent supporter : elles furent des centaines à mettre la clé sous la porte.

    Tous ceux qui  l’ont vécu s’en souviennent… ainsi que Mr Juppé, à l’époque “droit dans ses bottes” suivant une de ses (rares) expressions qui passeront à la postérité.     

    Et c’est cet homme qui fût présenté par les médias du “mainstream” comme l’homme providentiel devant porter le renouveau pour la France?

    Que penser, encore une fois, de la valeur de médias qui colportèrent avec constance de telles inepties contre les faits, et le bon sens le plus élémentaire ?      

    Mais, ces éléments spécifiques étant posés, cela n’exonère nullement le système des primaires des ses tares. Et, le fait que l’on obtienne parfois, en mathématiques, par chance ou par hasard, un résultat correct, mais en employant une mauvaise méthode, ne rend pas pour autant la méthode valide ! Il en va de même pour ce scrutin. Cette fois-ci nous avons juste eu de la chance. Mais aux précédentes “primaires”, nous avons eu droit à Monsieur Hollande avec le résultat que l’on connaît. Et rien ne garantit que l’on ne connaisse pas de nouveaux errements dans le futur avec ce système bâtard et mal contrôlé.

     François Fillon
    © AFP 2019 Bertrand Guay
    François Fillon

    En cas de contestation du résultat, savez vous quel serait le juge compétent ? Le conseil Constitutionnel ? Le Conseil d’Etat, juge traditionnel des élections municipales, cantonales, régionales et européennes,  ? Vous n’y êtes pas ! en cas de contestation du scrutin, c’est… le simple juge d’instance qui serait saisi ! Car, les partis politiques étant de simples associations, et les primaires dont on parle tant n’étant prévues par aucune loi, et encore moins par la constitution, un litige serait jugé au même niveau que la contestation de l’élection du président de l’Amicale des Joueurs de Boule… 

    90 % des électeurs n’ont pas participé aux “primaires” : quel grand triomphe de la démocratie !

    Arrêtons nous d’abord sur un chiffre : les médias du “mainstream”, béats, répètent comme des perroquets sans cervelle, sans le comprendre, et encore moins l’analyser, le chiffre des participants : 4 millions environ de votants. La belle affaire ! faut-il leur rappeler, car semble t-il cela aussi ils l’ignorent, que nous sommes 66 millions en France, et qu’il n’y pas moins de… 44,6 millions d’électeurs inscrits sur les listes électorales en France (chiffres officiels INSEE au 1er mars 2015). 4,2 /44,6 = 9,4 % du corps électoral s’est déplacé. Pas même un citoyen en âge de voter sur 10… Autrement dit, malgré un véritable pilonnage d’artillerie médiatique depuis des mois, … plus de 90 % des citoyens en âge de le faire n’ont pas souhaité participer à un choix qui risque d’être lourd pour l’avenir !! Est-ce cela la démocratie en France au début du XXIème siècle ? une sorte de retour au suffrage censitaire, confisqué par un corps intermédiaire, et qui a existé sous d’autres formes à l’époque de la restauration (1814 – 1830) ?

    Vous me direz peut être : attention ! nous allons avoir droit à d’autres primaires (les français vont faire une overdose !) mais à gauche cette fois. Donc nous aurons à nouveau d’autres votants. C’est possible, mais si c’est le cas, en admettant que le même nombre de personnes se déplacent, ce qui serait tout de même étonnant, cela fera au total toujours moins de 20 % du corps électoral. Et, comme vous les savez, les votants aux primaires étant un espèce de corps intermédiaire non défini, il se peut que les mêmes votants aillent voter aux primaires de gauche ! puisqu’il suffit de payer 2 € et de jurer que l’on est fidèle aux valeurs de ceux pour qui on va voter… Cela est semble t-il déjà le cas aux primaires de droite, avec des “taupes” de gauche allant voter aux élections de droite ; dans une proportion naturellement difficile à déterminer…

    Alain Juppé
    © REUTERS / Charles Platiau
    Alain Juppe

     

    La seule primaire qui vaille, c’est celle qui est définie par l’article 7 de la constitution. Elle existe déjà, depuis 1958. Elle s’appelle : le premier tour des élections présidentielles.

    Si l’on compare une fois encore avec l’élection américaine, l’élection finale comporte un seul et unique tour : les primaires font donc office de premier tour.

    Dans les faits, ces élections à tours multiples sont néfastes. Elles aboutissent à ce qu’en France le Front National qui est régulièrement à 30% des électeurs obtiennent 2 députés sur 577 (0,3%,soit à peu près 100 fois moins que leur poids réel !) tandis que des écologistes qui eux comptent… à peu près 14.000 militants (oups) lors de leur micro-primaire à eux, se sont vus par le passé attribuer des présidences de région, et ont la capacité d’avoir un groupe parlementaire à eux seuls (soit minimum 15 députés ou 10 sénateurs) ! La encore, des effectifs totalement disproportionnés comparés à leur importance réelle. Etrange démocratie… Tout cela grâce à la “magie” des 2 tours, en théorie faits pour dégager une majorité, et en pratique occasion de toutes les magouilles, de toutes les petites intrigues de couloir : “j’appelle à voter pour toi, en échange tu me donnes ceci ou cela…”

    Une réforme possible et souhaitable: en finir avec le système inepte et dépassé des deux tours, et adopter un système à l’anglaise à un seul tour.

    Il aurait un triple avantage, extrêmement important :

    —  Fini les petites combines politicardes d’entre deux tours, les regroupements hypocrites de pure circonstance: le candidat ou la liste arrivé en tête est élu, un point c’est tout. Notons qu’à la primaire de droite le résultat eut été le même, François Fillon étant arrivé largement en tête dès le premier tour.

    —  En finir avec l’inflation des candidatures : chaque famille politique devra minimiser le nombre de ses candidats si ils veulent avoir une chance d’être élu.

    —  La lutte contre l’abstention. Un seul tour : autrement dit, pas question de partir en WE en se disant que l’on ira voter l’autre dimanche. Un seul scrutin, et il est décisif. Voilà un élément de nature à faire réfléchir les indécis !   

    Ne serait-ce pas déjà un gros progrès ?

    J’évoquerai un autre archaïsme toxique de la vie politique française dans un futur article : le fléau des élus locaux “à vie”.

     

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