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    Nouvelles taxes: «Trump mettrait en péril le traité de libre-échange nord-américain»

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    Jérôme Blanchet-Gravel
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    Trump a annoncé qu’il imposerait des taxes sur les produits mexicains si Mexico ne renforçait pas sa politique migratoire. Des sanctions qui nuiraient à l’économie mexicaine. Pour le chroniqueur économique Enrique Presburger, il est improbable que Trump applique ces mesures, car il compromettrait l’accord de libre-échange nord-américain. Entrevue.

    Après avoir fait la paix commerciale avec le Canada, Donald Trump s’en est pris au Mexique, déclarant qu’il ferait taxer tous les produits en provenance de ce pays. Le 10 juin prochain, Washington imposera une taxe de 5% sur ces produits, laquelle pourrait toutefois atteindre les 25% le 1er octobre. Cette mesure vise à forcer son homologue, Andrés Manuel López Obrador, à durcir sa politique envers les migrants illégaux.

    La nouvelle fait grandement réagir au Mexique, mais aussi au Canada, car elle survient en plein processus de ratification finale du nouvel accord de libre-échange nord-américain (États-Unis, Mexique, Canada). Un accord qui a été conclu à l’issue d’intenses et difficiles négociations. Pour Enrique Presburger, analyste financier mexicain, si Trump faisait appliquer ces mesures, il pourrait faire dérailler la conclusion du nouvel accord. Un avis que partagent aussi des sénateurs républicains aux États-Unis. M. Presburger est l’auteur d’un best-seller sur la révolution financière au Mexique.

    «Le style du Président Trump est très négatif: il montre que les traités économiques internationaux ne sont pas importants pour lui, qu’il peut les changer unilatéralement. En revanche, avec ses nouveaux tarifs, il pourrait mettre en péril tout le traité de libre-échange nord-américain. Il est donc peu probable qu’il les fasse appliquer. L’accord serait compromis», explique l’analyste en entrevue avec Sputnik.

    Depuis l’arrivée du Président Trump à la Maison-Blanche, rarement le libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada n’avait paru aussi fragile. Sur le plan économique, Enrique Presburger estime toutefois que Trump ne sortirait pas gagnant de l’imposition de ces nouveaux tarifs. Selon ses prédictions, si les taxes de 5% étaient imposées, le Mexique perdrait 0,9% de son PIB et les États-Unis 0,04% du sien. Si ces taxes atteignaient 25%, le Mexique perdrait 4,6% de son PIB et l’Oncle Sam 0,5% du sien. Le Mexique aurait beaucoup à perdre, mais les États-Unis n’auraient rien à gagner.

    «Il serait étonnant que le Président Trump applique ces taxes. C’est une stratégie de négociation qui fonctionne. Aucun des deux pays ne serait avantagé par ces nouvelles mesures. […] Cependant, ces tarifs douaniers seraient beaucoup plus désavantageux pour le Mexique que pour les États-Unis», précise M. Presburger.

    Contrairement à d’autres experts, M. Presburger est convaincu que Donald Trump vise à faire renforcer la frontière du Mexique avec le Guatemala. Selon lui, Trump ne vise donc pas à protéger l’industrie automobile, en forçant le rapatriement d’usines du bon côté de la frontière. L’imprévisible dirigeant chercherait d’abord et avant tout à faire appliquer son «agenda national».

    «Ce que veut le Président Trump, c’est que Mexique renforce sa frontière Sud. […] La stratégie des tarifs vise à obliger le Mexique à agir. Les tarifs sont un prétexte pour que le Mexique assume une partie des coûts politiques et économiques liés à la crise migratoire et au trafic de migrants. […] Trump veut que le Mexique fasse partie de la solution et pas seulement du problème», a ajouté M. Presburger.

    Face aux menaces répétées du Président Trump, López Obrador continue de jouer la carte de dialogue. Dans les derniers jours, une délégation mexicaine s’est rendue à Washington pour tenter de convaincre son administration de renoncer à l’imposition de cette taxe. Les deux parties en sont toujours au stade des négociations. En revanche, M. Presburger estime que Mexico n’est pas en position de négocier face au géant économique:

    «Le Mexique n’a pas vraiment d’agenda. Il répond seulement. Il ne mène pas. Trump impose ses thèmes à la table des négociations et le Mexique réagit. Le Mexique n’a jamais imposé ses thèmes en priorité», déplore l’interlocuteur de Sputnik.

    Il n’est pas impossible que les deux pays s’entendent avant le 10 juin prochain, la date fixée de l’entrée en vigueur des taxes. Selon le chef de la diplomatie mexicaine, Marcelo Ebrard, ces tarifs pourraient justement «provoquer une instabilité économique» pouvant nuire à la capacité du Mexique à «contrôler les flux migratoires». Une manière adroite pour le Mexique de se montrer ouvert aux demandes de Trump, tout en protégeant ses intérêts.

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    Tags:
    politique migratoire, migrants, industrie automobile, le trafic de migrants, Guatemala, taxes, Mexique, présidence américaine
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