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    Défense du français au Québec: «c’est le statut social de cette langue qui est en jeu»

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    Pour freiner l’essor de l’anglais, le gouvernement Legault a annoncé qu’il allait en faire plus pour la francisation des immigrés. Une mesure suffisante? Claude Simard et Alexandre Poulin font le point sur cette annonce pour Sputnik. Le premier est professeur honoraire de l’Université Laval, le second journaliste indépendant.

    Après la laïcité, Québec s’attaque à la langue. Fidèle à sa promesse de protéger l’identité québécoise, le Premier ministre Legault a annoncé qu’il mettrait en œuvre les recommandations du rapport Samson sur la francisation des immigrés. En transférant le dossier de la francisation au ministère de l’Immigration, Québec souhaite envoyer le message qu’il fait de la protection du français une «priorité nationale»:

    «On pense que ces ajustements au Conseil des ministres vont permettre d’avoir un gouvernement qui est plus fort, plus cohérent, pour travailler sur ces deux grandes priorités pour un gouvernement nationaliste, c’est-à-dire la langue française et la culture», a déclaré le Premier ministre Legault, le 4 septembre dernier.

    François Legault compte aussi créer un poste de Commissaire au français. De même, Québec n’écarte pas complètement l’idée de renforcer la Charte de la langue française, communément appelée Loi 101 dans la Belle Province. Des annonces bien accueillies par les milieux nationalistes, après 15 années de règne libéral marquées par un relâchement sur le plan linguistique.

    ​C’est le jeune et très en vue ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, qui a été chargé du dossier. Une tâche délicate qui s’ajoute à ses autres mandats controversés, comme celui sur la laïcité. Le linguistique, grammairien et professeur honoraire de l’Université Laval, Claude Simard, salue tout de même la nouvelle:

    «Je pense qu’on a confié à un ministre très compétent le dossier de la langue. Pourquoi très compétent? Parce qu’on a bien vu comment le ministre Jolin-Barrette a piloté le récent dossier sur la laïcité. Il a mené sa barque de manière très efficace. C’est donc de bon augure pour la langue», souligne le professeur au micro de Sputnik.

    Journaliste indépendant s’intéressant à l’identité québécoise, Alexandre Poulin partage l’avis de M. Simard. Il craint toutefois que François Legault ait confié à son ministre favori une trop grande charge de travail.

    «Le printemps dernier, le jeune ministre a fait preuve de compétence, de sang-froid et de ténacité. Ce choix était logique et évident: personne au sein de ce gouvernement n’est plus apte que lui à s’emparer de ce dossier épineux, surtout considérant son parcours universitaire en droit. Maintenant, on peut se demander, à raison et comme plusieurs observateurs, s’il n’en a pas trop sur les épaules», a-t-il précisé.  

    Récemment, M. Poulin publiait un texte dans le journal La Presse dans lequel il déplorait que le gouvernement Legault «ignore» la langue française. Il demandait aussi à Québec de mettre en œuvre les recommandations du rapport Samson. Il se réjouit donc de l’annonce, mais estime que le gouvernement devra aller plus loin:

    «C’est un pas dans la bonne direction. L’exécutif a annoncé son intention de créer un Commissaire à la langue française, qui serait chargé de recevoir et de traiter les plaintes des citoyens et de conseiller le gouvernement sur les mesures à favoriser […] En revanche, ces petites mesures seront d’une utilité réduite pour endiguer le déclin du français au Québec. On est dans la communication politique plus que dans une perspective de résultats», a-t-il affirmé.

    Pour faire la différence, Claude Simard pense aussi que le gouvernement Legault devra mettre les bouchées doubles. Auteur de plusieurs études sur l’état du français au Québec, il observe que l’avenir de cette langue se joue surtout à Montréal, où son recul est observé par de nombreux autres experts.

    «Les immigrés qui arrivent, surtout à Montréal, s’identifient d’abord à l’Amérique anglo-saxonne. L’anglais est vu comme la langue de prestige, celle de la réussite sociale, alors que ça ne devrait pas être le cas. Il faut plus que des lois pour revaloriser le français au Québec: c’est le statut social de cette langue qui est en jeu. Le français doit être à nouveau perçu une langue de travail, de culture et de civilisation. Il faut que Montréal soit aussi française que Toronto est anglaise», a tranché le professeur.

    Les deux hommes sont loin d’être les seuls à juger les mesures annoncées comme insuffisantes. Le Parti québécois –le principal parti souverainiste au Québec– demande au gouvernement de renforcer la Loi 101, notamment en francisant les entreprises de 25 à 49 employés. Actuellement, seules les entreprises de plus de 49 employés sont assujetties à la loi. Le parti d’opposition propose aussi d’interdire à toutes les entreprises d’exiger l’anglais à l’embauche quand il n’est pas nécessaire à l’emploi.

    «Après le printemps de la laïcité, le Québec est prêt à vivre son automne de la langue française. […] Le gouvernement du Québec devra accepter de se pencher sur la Loi 101 et de la renforcer […] Ainsi, le français retrouvera sa place, au premier plan, dans la culture et l’identité québécoises», estime le chef parlementaire du Parti Québécois, Pascal Bérubé.

    Claude Simard et Alexandre Poulin considèrent enfin qu’il faut interdire aux francophones de fréquenter les établissements anglophones d’enseignement jusqu’au niveau collégial (cégep). Des mesures pour le moins musclées que les libéraux québécois jugent en contradiction avec la liberté individuelle. 

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