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    Assemblée nationale du Canada à Québec

    Le Québec se déchire autour d’une controverse vestimentaire à l’Assemblée nationale

    © AFP 2019 ALICE CHICHE Assemblée nationale du Canada à Québec
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    Une controverse fait rage au Québec depuis que la députée Catherine Dorion a publié une photo d’elle à l’Assemblée nationale, jugée osée. L’accès à la Chambre des députés lui a aussi été refusé après qu’elle y soit entrée vêtue d’un gilet à capuche. Les partis d’opposition accusent la députée de gauche de non-respect du décorum. Compte rendu.

    Après la France, avec l’affaire du maillot de foot de François Ruffin en 2017, une polémique vestimentaire à l’Assemblée nationale fait actuellement rage au Québec.

    Le 31 octobre dernier, jour d’Halloween, Catherine Dorion, députée du parti de gauche Québec solidaire, publiait sur les réseaux sociaux une photo d’elle déguisée –selon ses dires– en «députée modèle». Assise sur le pupitre central du Salon rouge, l’ancien sénat accueillant des événements officiels, Mme Dorion allait rapidement devenir le centre de l’attention médiatique. Placée entre les drapeaux du Québec et du Canada, on l’aperçoit souriante en tailleur court et talons hauts, une tenue inhabituelle pour la politicienne reconnue pour son «look décontracté».

    Si le cliché viral a fait sourire de nombreux internautes, il a surtout choqué des membres des partis d’opposition à l’Assemblée nationale. Le 5 novembre dernier, le Parti libéral –qui forme l’opposition officielle à Québec– a formellement porté plainte contre Mme Dorion devant le Commissaire à l’éthique. Au nom de son parti, la députée Nicole Ménard a demandé au commissaire d’enquêter sur cette affaire, reprochant à Mme Dorion d’avoir enfreint les «règles élémentaires de décorum à l’Assemblée nationale».

    «Vous n’êtes pas sans savoir que l’utilisation de cette salle sert à des événements protocolaires tels que l’assermentation des députés, l’assermentation du Conseil des ministres, les travaux parlementaires et bien d’autres réceptions officielles», a fait valoir Mme Ménard dans une lettre adressée au président de l’Assemblée nationale, François Paradis, et la commissaire à l’éthique, Ariane Mignolet.

    Poétesse issue du milieu des arts, la principale intéressée a défendu son coup d’éclat dans les médias. Mme Dorion a notamment déclaré que les Libéraux provinciaux étaient «vraiment culottés» de la blâmer en matière d’éthique, alors que ce parti a déjà été impliqué dans de grands scandales de corruption.

    «Ils [les Libéraux, ndlr] ont instauré un système de corruption et de collusion à grande échelle avec leurs petits amis mafieux pour se financer illégalement. On voit depuis quelque temps que les Libéraux ont perdu leur boussole politique. Mais la boussole éthique des Libéraux, ça fait vraiment longtemps qu’elle est dans le champ», a-t-elle déclaré lors d’un point de presse le lendemain du dépôt de la plainte.

    L’histoire était toutefois loin d’être terminée. Le 7 novembre dernier, toujours en pleine polémique, la députée de gauche est entrée dans la Chambre des députés vêtue d’un «coton ouaté» (que nos amis français appelleraient plutôt «survêtement à capuche») de couleur orange. Des députés auraient alors menacé leur collègue rebelle de lui interdire l’accès à la Chambre. Le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, aurait informé le parti de Mme Dorion du malaise engendré par sa tenue, ce qui l’aurait convaincu de rebrousser chemin et donc à ne pas siéger ce jour-là.

    Il s’agit de la toute première fois dans l’histoire de l’Assemblée nationale qu’un député décide de ne pas siéger en raison de l’indignation suscitée par sa tenue vestimentaire.

    Un cas inédit dans l’histoire du Québec

    En conférence de presse après l’événement, la vice-présidente de l’Assemblée nationale, Chantal Soucy, a justifié le malaise des élus soucieux du respect du décorum. Mme Soucy a notamment rappelé que le règlement de l’Assemblée nationale stipule que tout député élu doit siéger avec une «tenue de ville». Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que Mme Dorion enfreignait le règlement depuis son élection du 1er octobre 2018.

    «On a un décorum à respecter, on l’a rappelé à quelques reprises, il était temps de tracer une ligne. La tenue vestimentaire était frappante. Ce n’était pas une tenue vestimentaire digne d’une députée dans l’enceinte du Salon bleu», s’est indignée la vice-présidente de l’Assemblée nationale.

    Si la photo d’Halloween a amusé de nombreux internautes et chroniqueurs, l’histoire du «coton ouaté» a été beaucoup moins bien reçue dans l’opinion publique. Après avoir qualifié Mme Dorion de «fille de joie» pour son déguisement du 31 octobre, la célèbre journaliste Denise Bombardier a parlé le 9 novembre d’un «micro-scandale suscité par une supposée féministe révolutionnaire, qui n’en finit plus de chercher les projecteurs qui la font exister». Un point de vue qui a lui aussi fait l’objet d’une pluie de critiques sur les réseaux sociaux. La société québécoise est de plus en plus polarisée sut cet enjeu, de nombreux chroniqueurs se portant également au secours de la députée artiste.

    Catherine Dorion est donc loin d’avoir suscité uniquement des réactions négatives. Un mouvement en l’honneur de son action vient d’être lancé dans la Belle Province. Portant le nom de «Mon coton ouaté, mon choix», un regroupement féministe a invité les femmes à porter un sweat shirt le 12 novembre pour appuyer sa cause. Le 11 novembre en soirée, au moins 2.100 personnes disaient prendre part à la contestation sur Facebook. La Fédération des femmes du Québec, principal organisme féministe dans la province, invite aussi les femmes à porter ce type de vêtement, mais aussi le voile islamique pour protester contre la nouvelle loi sur la laïcité, jugée «patriarcale».

    «Le corps des femmes ne vous appartient pas. Le choix vestimentaire des femmes ne vous appartient pas. Coton ouaté, brassière, mini-jupe, voile, salopette, ce n’est pas de vos affaires. On fait bien notre travail et on portera ce qu’on voudra», peut-on notamment lire sur la page Facebook du nouveau groupe féministe.

    Signe de sa popularité grandissante, Catherine Dorion a été invitée le 10 novembre dernier à l’émission de grande écoute Tout le monde en parle à la télévision de Radio Canada. L’occasion rêvée pour la députée rebelle de faire la promotion de son nouveau mouvement de «désobéissance vestimentaire».

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    tenue vestimentaire, Assemblée nationale, Canada
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