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Le meurtre d’une prostituée de 22 ans a créé une onde de choc au Canada. Déjà condamné pour meurtre, mais en semi-liberté, l’accusé était autorisé à fréquenter des femmes «pour des besoins sexuels». Selon Maria Mourani, criminologue réputée, le Service correctionnel du Canada est en partie responsable du drame. Entrevue.

Considérée comme l’une des villes les plus sûres d’Amérique du Nord, Québec a enregistré son premier homicide de l’année, aussi remarqué que sordide. 

Le 22 janvier dans la soirée, Marylène Lévesque, une prostituée de 22 ans, a été assassinée dans une chambre d’hôtel de la capitale québécoise. Eustachio Gallese, un homme de 51 ans, est accusé du meurtre au deuxième degré de la jeune femme et s’est livré aux policiers le soir même pour avouer son crime. En semi-liberté depuis mars 2019, l’homme avait été reconnu coupable de meurtre en 2006 et de nombreux autres méfaits figuraient à son casier judiciaire.

L’histoire soulève l’indignation de la population canadienne, qui a été choquée d’apprendre que l’individu était censé faire l’objet d’une étroite surveillance. En octobre 2004, Gallese tuait sa conjointe à coups de marteau après l’avoir poignardée, un meurtre qualifié par le juge comme relevant «d’une rage et d’une violence aussi incroyables qu’incompréhensibles».

«C’était totalement prévisible. Cet homme-là, cet assassin-là, était dangereux. Il avait un haut taux de récidive, mais on décide quand même, au nom de la réinsertion sociale des détenus, de mettre en danger la sécurité de la population. Ça, pour nous, c’est inacceptable», déclarait sur les ondes de QUB Radio Nancy Roy, directrice de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues.

Criminologue réputée et ex-députée au Parlement fédéral (2006-2015), Maria Mourani a été complètement abasourdie d’apprendre que le Service correctionnel du Canada avait autorisé un tel criminel «à sortir pour aller assouvir ses besoins sexuels». Spécialiste du proxénétisme qui est intervenue auprès de nombreuses prostituées, elle dénonce haut et fort ce qu’elle considère comme une faute grave des autorités:

«C’est une aberration d’apprendre que le Service correctionnel du Canada ait pu accorder le droit à cet homme de fréquenter des prostituées. Les équipes de gestion de cas sont composées d’agents de libération conditionnelle et d’un chef d’équipe. Leurs décisions sont ensuite approuvées par un commissaire. Ces personnes se sont réunies autour d’une table et ont conclu que risque de danger que représentait cet homme était important avec une femme lambda, mais assumable avec une prostituée», s’indigne la criminologue au micro de Sputnik.

En 2009, la Commission nationale des libérations conditionnelles a approuvé la mise en la semi-liberté d’Eustachio Gallese. Selon le gouvernement canadien, «la semi-liberté permet à un délinquant de participer à des activités dans la collectivité pour se préparer à la libération conditionnelle totale [...]. Les délinquants en semi-liberté doivent rentrer chaque soir dans un établissement résidentiel communautaire» et «sont tenus de respecter un certain nombre de conditions de base», est-il écrit sur son site officiel. Dans sa décision, la Commission rappelait au principal intéressé qu’il pouvait «rencontrer des femmes», mais «seulement afin de répondre à ses besoins sexuels».

«Cette affaire est révélatrice de la manière dont sont perçues les prostituées au Service correctionnel du Canada. On pouvait mettre le loup dans la bergerie? Les prostituées sont considérées comme des sous-femmes. On banalise la prostitution. Il y a un préjugé face aux femmes prisonnières de ce système. C’est ignoble», tranche la criminologue.

De même, Maria Mourani ne s’explique pas comment un organisme censé représenter la loi a pu inciter quelqu’un à commettre un acte contraire à celle-ci. De fait, la loi canadienne interdit l’achat de services sexuels depuis 2014.

«Il est écrit noir sur blanc que cet homme était autorisé à aller voir des prostituées. Les autorités ont donc clairement permis à cet individu de violer la loi, de commettre un acte criminel. Les autorités concernées sont responsables. [...] On considère que la prostitution est un travail, on considère ces femmes-là comme des travailleuses expérimentées capables de gérer des hommes violents et perturbés», observe-t-elle.

Le 27 janvier, sous la pression de députés de l’opposition, le ministre fédéral de la Sécurité publique du Canada, Bill Blair, a indiqué qu’une enquête sur les circonstances du meurtre de Marylène Lévesque serait lancée dans les prochaines semaines.

«Les présidents de la commission ont accepté de faire enquête dans ce dossier tragique pour veiller à ce que tous les protocoles établis soient suivis et que des leçons soient tirées», a déclaré le ministre Blair à la Chambre des Communes. Maria Mourani considère cette initiative plus que nécessaire dans ces circonstances:

«Une enquête doit absolument être mise sur pied pour faire la lumière sur les pratiques du Service correctionnel en ce qui concerne l’achat de services sexuels et la prostitution. [...] Cette histoire doit être le début d’une large réflexion. Au moins, cette jeune femme ne sera pas morte pour rien. C’est l’occasion de rendre justice», a conclu Mme Mourani.

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Tags:
détenus, meurtre, Québec
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