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Au Canada, des leaders autochtones dénoncent désormais régulièrement les «imposteurs» qui se font passer pour des membres de leurs communautés. À l’heure où le gouvernement fédéral et les provinces veulent revaloriser l’apport des Premières Nations, celles-ci doivent faire face à un phénomène qui prend de l’ampleur. Sputnik fait le point.

Au Canada, les Autochtones sont-ils victimes de l’aide qui leur est fournie pour réparer les torts de la colonisation? En effet, les gouvernements fédéral et provinciaux ont mis sur pied de nombreux programmes visant à mieux intégrer les membres des Premières Nations à la vie publique et au marché du travail. Subventions à divers projets, aide financière aux études, discrimination positive à l’emploi: les prestations en faveur des Amérindiens sont nombreuses.

Ces dernières années, le fédéral et les provinces ont aussi entamé un processus de «réconciliation» avec les Premières Nations, lequel prend notamment la forme de rapports officiels prônant la «décolonisation». En juin 2019, Ottawa déposait le très attendu rapport sur les femmes autochtones disparues et assassinées, lequel conclut à un «génocide» perpétré par le Canada contre ces dernières. ​

«Les vérités relatées dans le cadre de ces audiences racontent l’histoire […] d’actes de génocide perpétrés à l’endroit de femmes, de filles et de personnes 2ELGBTQQIA [issues des minorités sexuelles, ndlr] autochtones. La violence dénoncée tout au long de l’Enquête nationale représente une pratique sociale génocidaire, délibérée et raciale visant les peuples autochtones», peut-on lire dans l’introduction du rapport.

En septembre 2019, c’était au tour de Québec de déposer un document allant dans le même sens. Sans toutefois parler de génocide, la Commission chargée du dossier a conclu que l’État québécois faisait preuve de discrimination envers les Amérindiens.

Des initiatives nombreuses en faveur des Premières Nations

Depuis quelque temps, des leaders autochtones dénoncent toutefois l’intégration, voire l’instrumentalisation de programmes de discrimination positive par des personnes qu’ils jugent opportunistes. En mai 2019, une enquête du journal La Presse révélait que de plus en plus de détenus «blancs» se déclaraient autochtones dans les prisons fédérales pour bénéficier de meilleures conditions de détention. Un statut d’Amérindien permet aux détenus de recevoir des visites privées avec la possibilité de rapports sexuels, de faire instruire leur dossier plus rapidement et de manger de meilleurs repas.

Le 5 novembre 2019, les Canadiens ont aussi appris que la toute première élue autochtone de la Ville de Montréal était loin de l’être vraiment... En août 2018, le maire de cette ville, Valérie Plante, avait confié à Marie-Josée Parent le prestigieux dossier de la réconciliation. Mme Parent a été forcée de se retirer du dossier après que deux historiens ont révélé qu’aucun ancêtre amérindien ne figurait dans son arbre généalogique. Dans leurs recherches, ces derniers ont remonté jusqu’au XVIIe siècle pour en venir à cette conclusion catégorique.

«J’ai été élevée dans cette culture, avec ces valeurs et cette vision du monde. [...] Nos identités à moi et ma sœur vont au-delà d’un arbre généalogique», s’est défendue la principale intéressée dans une entrevue à Radio Canada.

Le 7 février dernier, la chaîne Radio Canada a révélé qu’une femme ayant travaillé pour diverses organisations autochtones n’avait aucun ancêtre amérindien. Chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal, Alexandra Lorange a même obtenu par le passé une bourse universitaire réservée exclusivement aux étudiants autochtones. Encore une fois, ce sont deux historiens spécialisés en généalogie qui ont découvert le pot aux roses. L’histoire se répétant, des leaders autochtones ont dénoncé la situation:

«Je ne sais pas par quelle manœuvre elle a réussi à obtenir une identité atikamekw. [...] C’est totalement aberrant. Le gouvernement s’est donné la possibilité de créer des Indiens de toute part», a déclaré Paul-Émile Ottawa, chef de la communauté de Manawan, nation atikamekw à laquelle était censée appartenir Mme Lorange.

Pour en rajouter, le 10 février dernier, Radio Canada a annoncé qu’un premier parti autochtone avait de bonnes chances de voir le jour au Québec.

L’initiateur du projet, un certain José Pouliot, affirme que la formation embryonnaire est ouverte à tous les Québécois, qu’ils soient amérindiens ou non. Selon M. Pouliot, il suffira d’avoir la «fibre autochtone» pour en devenir membre.

«C’est carrément de la fausse représentation. C’est un nouveau terme que j’entends, celui de “fibre autochtone”. Donc il n’y a vraiment plus de limite», a réagi Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), plus haute instance de représentation des peuples autochtones au Québec.

Des personnalités comme Raphaël Picard, ex-chef de la communauté de Pessamit, au Québec, estiment donc que la réconciliation est un leurre ne servant pas les intérêts de son peuple. Depuis son arrivée au pouvoir en 2015, le Premier ministre Justin Trudeau a beaucoup insisté sur l’importance de ce rapprochement. Dans une entrevue accordée à Sputnik en décembre 2019, l’intellectuel engagé dénonçait haut et fort le phénomène des faux Autochtones:

«La réconciliation est utilisée à toutes les sauces par des personnes qui veulent obtenir des subventions ou des avantages. Nous ne voyons jamais la couleur de cet argent sur nos territoires. En Nouvelle-Zélande et aux États-Unis, la réconciliation a été un énorme piège. Le Canada n’échappe pas à cette imposture», avait tranché Raphaël Picard à notre micro.

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discrimination positive, autochtones, Canada
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