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Les activistes végans font de plus en plus de bruit au Québec. Actes de vandalisme contre des restaurants et intrusions dans les installations de producteurs de viande se multiplient, une situation qui appelle des acteurs du milieu alimentaire à prendre des mesures de protection. Seront-elles suffisantes? Sputnik fait le point.

Complètement absent de l’espace public il y a à peine un ou deux ans, le véganisme est en train de devenir l’un des mouvements les plus remarqués, mais surtout les plus controversés au Québec.

Ces dernières semaines, de célèbres restaurants montréalais ont été pris pour cible par des membres radicaux de cette mouvance. Pourtant réputés pour porter une attention particulière aux conditions d’élevage des bêtes, des établissements comme le restaurant Manitoba, à Montréal, ont été accusés d’avoir «du sang sur les mains». Le 22 janvier dernier, la serrure de ce restaurant a été bouchée avec de la colle et un message reprochant aux employés de «collaborer» aux méfaits du chef a été laissé dans sa boîte aux lettres. Une méthode déjà employée pour cibler des restaurants et boucheries.

Les actions des radicaux se multiplient

Comme ailleurs dans le monde, des activistes végans s’en prennent aussi à des fermes d’élevage, où ils entrent par effraction pour protester contre la production et consommation de viande. Le 7 décembre 2019, 11 activistes végans ont pénétré illégalement une porcherie de la région de la Montérégie, dans l’ouest du Québec. Une fois sur place, ils se sont assis sur le sol jusqu’à l’intervention des policiers, à qui ils ont demandé, sans succès, de rencontrer le Premier ministre québécois, François Legault. Le coup d’éclat des activistes a mis en péril la santé des bêtes, a-t-on appris par la suite, car les mesures élémentaires d’hygiène et de biosécurité n’avaient pas été respectées.

Les activistes végans risquent toutefois de se casser les dents sur la résistance des autorités et pouvoirs publics. Le 7 février dernier, la Cour supérieure du Québec –l’un des plus hauts tribunaux de la Belle Province–, a statué que le groupe antispéciste Direct Action Everywhere (DxE) et ses 11 militants ne pouvaient plus se trouver à moins de 500 mètres d’un bâtiment agricole au Québec. Déposée par l’Union des producteurs agricoles du Québec, l’injonction demandait d’empêcher les militants végans de participer à un autre événement de perturbation qui était prévu le 9 février.

«Les éleveurs et agriculteurs doivent maintenant exercer leur travail dans un climat d’insécurité. […] Comme psychologue, je constate une nette augmentation de la détresse vécue par les gens sur le terrain. La tranquillité d’esprit est fondamentale chez l’être humain. Les activistes radicaux font preuve de violence psychologique à l’endroit de personnes qui exercent un métier déjà stressant», déplorait à notre micro, le 12 décembre 2019, la psychologue en milieu agricole Pierrette Desrosiers.

Des activistes de la PETA manifestent contre l'usage de la fourrure de coyote.
© AFP 2020 JOHANNES EISELE Des activistes de la PETA manifestent contre l'usage de la fourrure de coyote.
Le 13 février dernier, l’Union des producteurs agricoles a également lancé un séminaire en ligne pour apprendre à ses membres comment se défendre contre l’intimidation et les actions illégales des activistes végans.

«Le webinaire est destiné aux producteurs agricoles. Il a comme objectif de les informer sur les concepts juridiques liés à la diffamation, au harcèlement et à l’intimidation en milieu agricole. Il vise également à leur proposer des outils ou des approches pour réagir aux différentes situations qui pourraient se présenter», a précisé à Sputnik Patrice Juneau, directeur du contenu stratégique et des relations avec les médias de cet important syndicat.

La seule centrale syndicale représentant les agriculteurs québécois suggère à ses membres de bloquer sur les réseaux sociaux toute personne qui les harcèlerait ou les diffamerait publiquement. Il est aussi recommandé «d’apposer des affiches concernant la propriété privée, l’interdiction d’entrer sans permission et les règles de la biosécurité sur les bâtiments» et «d’installer un système de caméras de surveillance (intérieur et extérieur)».

Végans, une méconnaissance profonde du monde agricole

Pour le célèbre écologiste québécois Roméo Bouchard, les militants perturbateurs témoignent d’une méconnaissance profonde du monde agricole. L’arrêt complet de la production de viande n’est ni possible ni souhaitable, observe-t-il en entrevue. M. Bouchard est l’auteur de plusieurs livres sur la question écologique et agricole.

«Les végans qui prônent une diminution ou une abstention de consommation de viande au nom de l’empreinte écologique des élevages pointent un problème réel, mais souvent simplifié à outrance. En revanche, ils sont peu conscients du fait que l’agriculture –par sa nature réelle– est un écosystème dont on ne peut isoler les aspects végétaux et animaux, ne serait-ce que pour le besoin de fumier fertilisant et le besoin d’assurer des rotations de culture», affirme-t-il.

M. Bouchard observe également une fracture entre une certaine élite urbaine et la réalité rurale:

«Il y a un débat qui se fait tranquillement, mais il y a parmi ces végans des extrémistes et surtout plein d’urbains qui ne comprennent rien aux aspects écosystémiques de l’agriculture. De même, on se rend compte que le véganisme entre facilement en conflit avec la production locale biologique: on préfère importer des noix ou des laits de coco produits industriellement ailleurs que d’acheter des produits locaux bio. En d’autres mots, il y a beaucoup de contradiction et d’ignorance dans ce discours», ajoute-t-il.

Le 5 février dernier, l’Assemblée nationale du Québec a unanimement adopté une motion «qui dénonce les intrusions illégales et le vandalisme commis par des militants sur la propriété privée de producteurs agricoles et de restaurateurs».

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