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En pleine crise du coronavirus, Justin Trudeau a demandé aux Canadiens à l’étranger de revenir rapidement au pays. Il s’agirait de la plus grande opération de rapatriement de l’histoire du pays. Pour la Canadienne Évelyne Abitbol, ex-journaliste confinée en Espagne, la réponse d’Ottawa est toutefois beaucoup trop lente. Entrevue.

Le 14 mars dernier, Justin Trudeau a prié les Canadiens à l’étranger de revenir au plus vite au pays compte tenu de l’actuelle pandémie de Covid-19. Une demande qu’il a plusieurs fois réitérée ces derniers jours et qui concerne autant les voyageurs que les travailleurs canadiens.

«On est en train de regarder l’énorme montant de demandes qui rentre de partout dans le monde [...] On est en train de faire un tri. J’ai parlé aux dirigeants d’Air Canada et de WestJet mercredi soir et on a souligné qu’on va travailler ensemble pour essayer de rapatrier d’urgence le plus grand nombre de Canadiens possible», a déclaré Justin Trudeau le 19 mars devant sa résidence d’Ottawa, où il s’est placé en quarantaine après que le test de dépistage de sa femme au coronavirus s’est révélé positif.

Selon François-Philippe Champagne, ministre des Relations étrangères, cette opération de rapatriement est «la plus importante de l’histoire du pays». Dans la matinée du 19 mars, Affaires mondiales Canada (le ministère des Affaires étrangères du pays) déclarait avoir reçu 14.000 courriels et 10.000 appels à l’aide de Canadiens se trouvant dans un autre pays. Les autorités concernées sont débordées et il reste difficile pour elles d’évaluer le nombre –même approximatif– de Canadiens à l’étranger. Il s’agirait toutefois de plusieurs dizaines de milliers de personnes, car selon les informations de Sputnik, 39.000 Canadiens se trouvent encore actuellement sur le seul territoire du Mexique.

«La plus importante opération de rapatriement de l’histoire canadienne»

L’ex-journaliste Évelyne Abitbol fait partie de ces milliers de Canadiens dont le séjour à l’étranger a pris une tournure pour le moins inattendue. Cofondatrice de la Fondation Raif Badawi et personnalité bien connue des milieux politiques au Québec, elle est actuellement bloquée dans la petite ville andalouse de Benalmadena, en Espagne.

«Au Québec, il faudrait que les autorités aillent plus vite encore. En Espagne, ils ont mis un peu trop de temps à réagir. Il y a déjà 25 % plus de cas qu’hier [le 18 mars, ndlr]. Le pire ici, ce sont les résidences de personnes âgées, qui sont vraiment durement touchées. À Madrid, 17 personnes âgées sont mortes dans la même résidence. […] Les hôtels sont réquisitionnés un chat a été mis en place pour aider les personnes victimes de violence conjugale. Tous les touristes qui sont dans les hôtels doivent les quitter d’ici au 24 mars», explique Mme Abitbol au micro de Sputnik.

Ottawa a créé un programme spécial pour venir en aide à ses ressortissants bloqués à l’étranger. En vertu de ce programme, les Canadiens pris au dépourvu financièrement pourront recevoir un prêt allant jusqu’à 5.000 dollars canadiens (3.200 euros).

Rapatriement, opération à risque

Dans l’ensemble, le prix des vols internationaux a considérablement augmenté depuis le début de la crise. Évelyne Abitbol salue l’initiative d’Ottawa, mais craint pour la sécurité des Canadiens en Espagne qui seront prochainement rapatriés:

«Ce qui est imprudent, c’est que la compagnie Air Transat ira chercher des passagers canadiens à Madrid avant d’aller en chercher d’autres à Malaga, en Andalousie. Pour certains vols, la compagnie chargée de rapatrier les Canadiens se trouvera donc à mélanger des passagers, alors que Madrid est la région la plus touchée. Ce n’est pas sûr pour les gens qui embarqueront à Malaga: nous pourrions être contaminés. […] Personnellement, je ne veux pas sortir d’ici, car tous les moyens de transport que je devrai prendre m’exposeront au danger –en plus des aéroports et des gares–, alors que je fais partie de la tranche d’âge la plus à risque», s’inquiète l’ex-journaliste.

Malgré les mesures draconiennes pour contrer le coronavirus au Canada, la presse a appris le 17 mars que de 60 à 80 migrants continuaient d’entrer chaque jour illégalement dans ce pays. Les migrants voulant obtenir l’asile au Canada peuvent toujours traverser indûment le désormais célèbre chemin Roxham, devenu ces dernières années le symbole même de l’immigration illégale. Une fois entrés au Canada, les migrants qui se rendront aux autorités subiront toutefois un test de dépistage du coronavirus, ce qui n’était pas encore le cas le 17 mars.

Une situation injuste pour Évelyne Abitbol:

«C’est épouvantable que le chemin Roxham soit encore ouvert alors que les consulats ont mis deux ou trois jours pour répondre aux Canadiens coincés en Espagne. […] Les autorités vont faire passer un test de dépistage aux réfugiés, alors qu’elles ne testeront même pas les personnes qui reviennent au Canada depuis Madrid? […] Ce n’est pas équitable. Il faut fermer le chemin Roxham et tester toutes les personnes qui passent illégalement la frontière pour ne pas contaminer tout le Québec», s’indigne-t-elle.

Mme Abitbol considère enfin que «la réponse d’Ottawa est encore trop lente» en qui ce qui concerne le rapatriement des ressortissants. «Les autorités espagnoles ont répondu à nos questions avant les autorités canadiennes», déplore-t-elle.

Au soir du 19 mars, 736 cas d’infection au Covid-19 avaient été recensés au Canada. Neuf personnes étaient décédées à la suite de complications dues au virus. 69 % des personnes infectées reviennent d’un voyage à l’étranger et 13 % sont des individus qui ont été en contact avec elles.

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rapatriement, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19, Canada
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