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Constatant de graves cas de maltraitance, le Premier ministre québécois a annoncé qu’il reverrait le système d’hébergement des personnes âgées. Pour Lyson Marcoux, professeur de psychologie du vieillissement, le Québec devra instaurer une commission d’enquête pour faire la lumière sur cette réalité. Entretien.

Décidément, le Covid-19 malmène les personnes âgées du Québec, dont certaines se plaignaient déjà des insultes qu’elles pouvaient recevoir depuis les mesures de confinement.

Le 11 avril, la presse a appris que 31 personnes âgées avaient perdu la vie en moins d’un mois au CHSLD (Centre d'hébergement de soins de longue durée) Herron de Dorval, à l’ouest de Montréal. Cinq d’entre elles sont officiellement décédées de complications dues au Covid-19. Selon de nombreux témoignages, plusieurs résidents ont été laissés jusqu’à quatre jours dans leurs excréments et urine avant que l’histoire n’éclate au grand jour.

«L’histoire du CHSLD Herron, à Dorval, c’est l’histoire d’horreur qui coiffe toutes les horreurs entendues sur la négligence en résidences pour vieux depuis un décennie», écrit le célèbre journaliste Patrick Lagacé dans La Presse.

Samedi 11 avril, le Premier ministre québécois François Legault devait profiter de la veille de Pâques après sa conférence de presse habituelle de 13 heures. Après avoir été informé des événements, M.Legault a décidé de donner lui-même le point de presse de son gouvernement, notamment pour annoncer qu’il reverrait, dès la crise terminée, «toutes les façons de faire dans les résidences pour les personnes âgées».

Legault scandalisé

Les jours précédents, François Legault avait déjà durement critiqué les directions des CHLSD où les décès se multiplient depuis le début de l’épidémie.

«Je ne devais pas être présent aujourd'hui, mais je veux venir dire aux Québécois, d'abord, que c'est épouvantable, ce qui est arrivé à la résidence Herron, et qu'on va évidemment s'assurer non seulement à cette résidence-là, mais dans toutes les résidences, qu'on s'occupe bien de nos aînés», a-t-il déclaré l’air ébranlé.

Dans un entretien à Sputnik, Lyson Marcoux se dit absolument pas surprise par ce nouveau scandale. Selon ce professeur de psychologie du vieillissement à l’Université du Québec à Trois-Rivières, il y a un «grave problème systémique» dans la gestion des centres d’hébergements pour aînés au Québec.

«Cette histoire met en lumière toutes sortes de problématiques dans nos centres d’hébergement, qui hélas existaient déjà depuis longtemps. Ce n’est pas depuis le Covid-19 qu’on voit de l’âgisme au Québec, mais la crise fait ressortir le phénomène. [...] Je n’irais pas jusqu’à parler de réveil, mais il y a peut-être une prise de conscience par rapport au manque de ressources. [...] Ce qui s’est passé au CHSLD Herron est incroyablement déplorable», souligne Mme Marcoux à notre micro.

À la suite des révélations, les ministères de la Santé et de la Sécurité publique ont mandaté l'unité des crimes majeurs du Service de police de la ville de Montréal pour qu’elle enquête sur cette affaire. Les résidents de ce centre d’hébergement déboursent 4.000$ (2.625 euros) par mois pour y vivre, une réalité qui augmente le sentiment d’indignation au Québec.

«Un grave problème systémique»

Lyson Marcoux estime que le fonctionnement de tous les types de CHLSD (publics, privés et privés conventionnés) sont à revoir au Québec. Pour le professeur de psychologie du vieillissement, il est aussi grand temps pour le Québec de mettre en place une commission d’enquête destinée à faire la lumière sur la réalité des personnes âgées.

«L’État québécois avait pourtant fait un bon travail pour mieux réglementer les centres d’hébergements. Tout n’est pas à rejeter dans sa façon de faire. Par contre, il y a une réflexion de fond à mener sur tout le système, en particulier sur les établissements privés comme le CHSLD Herron. Est-ce qu’il serait temps que l’État encadre mieux les gestionnaires de ces entreprises privées, qui d’ailleurs ne sont presque jamais formés pour travailler avec les aînés? C’est en tout cas une question qu’a lui-même soulevée M.Legault», précise-t-elle.

Lyson Marcoux s’inquiète aussi pour la santé physique et mentale des résidents des centres pour aînés à l’ère du Covid-19. Il faut préciser que seules les personnes vivant dans des résidences pour personnes âgées sont totalement interdites de sortie depuis le début de la crise, une politique qui d’ailleurs les «infantilise», selon elle.

«La ministre de la Santé, Danielle McCann, a dit qu’il fallait éviter le roulement de personnel pour éviter la contamination. Idéalement, il faudrait éviter en tout temps que le personnel change constamment, car sinon il n’y a pas de lien affectif qui est créé entre le personnel et les résidents. [...]
Dans le contexte actuel, je crains que des aînés se laissent aller vers la dépression, une sorte de suicide inavoué. Le port des masques peut faire peur à certains et la distanciation sociale n’apporte pas de réconfort. Enfin, il ne faut pas oublier que cette clientèle peut très rapidement perdre sa masse musculaire», avertit la psychologue.

Entre le 12 mars et le 12 avril, le nombre de personnes infectées est passé de 13 à 12.846 dans la Belle Province. 328 décès liés au Covid-19 y ont été enregistrés.

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