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Montréal est maintenant l’une des villes les plus touchées au monde par le Covid-19. Une situation qui inquiète de plus en plus les Montréalais, mais aussi de nombreux autres Québécois, qui redoutent leur arrivée dans les régions à l’occasion des vacances estivales. Une nouvelle vague de «Montréalophobie»? Compte rendu.

Dans l’Ouest du Québec, l’île de Montréal est maintenant l’épicentre canadien de l’épidémie de Covid-19, et même l’une des dix villes dans le monde où le virus fait le plus de morts par habitant.

Le 13 mai dernier, le quotidien britannique The Guardian demandait dans un article relayé jusqu’au Québec «pourquoi autant de gens tombaient malades et mouraient du Covid-19» à Montréal. Une situation que la journaliste Tracey Lindeman expliquait par la pauvreté, le nombre élevé de personnes âgées et une forme «d’exclusion sociale» envers les minorités culturelles.

Montréal durement éprouvée par le Covid-19

Dans ce contexte, des citoyens hors de Montréal expriment leur crainte de voir des habitants de la métropole débarquer dans leurs régions alors que l’accès à plusieurs d’entre elles sera à nouveau autorisé. Au début de la crise, le gouvernement Legault avait annoncé la mise en place de barrages routiers visant à limiter au maximum la circulation entre les différentes régions administratives. Le 4 mai dernier, les premiers barrages ont été levés et d’autres le seront à partir du 18 mai, jusqu’au retour complet à la normale dont la date prévue est toujours inconnue.

Alors que les voyages à l’étranger sont massivement reportés, la levée des contrôles policiers sur les routes permettra aux Montréalais d’aller séjourner dans une autre région afin d’y passer leurs vacances estivales.

«Montréal est la zone rouge du Québec. Le déconfinement de Montréal entraînerait une deuxième vague monstrueuse, beaucoup plus grosse que la première, qui est d’ailleurs loin d’être terminée. Le système de santé ne sera pas capable de l’assumer avec le manque de ressources. Ce sera une catastrophe», déclare à Sputnik Simon-Pierre Blanchet, un résident de Québec détenant un baccalauréat en microbiologie.

De fait, de nombreux citoyens et acteurs de la société civile appréhendent une nouvelle période de multiplication des cas d’infection. Toutefois, l’industrie touristique connaîtrait des pertes importantes si l’inquiétude hors de la métropole devait convaincre les Montréalais de rester chez eux durant l’été.

Touristes montréalais: forte inquiétude en région

Avec ses quatre millions de personnes, la grande région de Montréal représente de loin le plus grand bassin de visiteurs potentiels pour les régions.

«Il ne faut pas stigmatiser Montréal, parce que cela représente 40 à 60% du marché touristique pour les régions, mais il faut comprendre l’inquiétude et la calmer progressivement en travaillant en partenariat avec les municipalités, le ministère du Tourisme, les chambres de commerce locales, sachant que le tourisme a un apport économique important dans chacune des régions», a déclaré sur la chaîne LCN Martin Soucy, président et directeur général de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec.

Ces derniers jours, des observateurs ont fait état dans les médias d’une véritable «haine» envers Montréal, dont l’administration est parfois accusée de vouloir «séparer» la métropole du reste du Québec. La présence accrue de la langue anglaise à Montréal accentue cette impression de rupture, de même que la forte concentration d’immigrés, souvent perçus comme réticents à apprendre le français. De nombreux acteurs nationalistes reprochent à la mairie de Montréal de se rapprocher toujours davantage du Canada anglais au détriment du caractère français de la plus grande ville du Québec.

«Les régions ont enfin trouvé un prétexte sanitaire, un exutoire à leur méfiance, devenue haine, envers la grande Montréal», écrit la célèbre journaliste Marie-France Bazzo dans les pages du magazine L’Actualité. Dans un récent reportage à Radio-Canada, la journaliste Émilie Dubreuil évoque quant à elle un sentiment de «Montréalophobie», malgré la reconnaissance hors de Montréal des bienfaits économiques du tourisme. Le rejet de la métropole s’exprimerait à travers la peur du virus mais aurait d’autres origines, faut-il en comprendre.

Anglais, immigration, Covid-19… un cocktail explosif contre Montréal?

Selon le médecin et urgentiste Mathieu Bernier, connu pour ses positions en faveur du déconfinement, l’arrivée de Montréalais dans les régions est aussi inévitable que nécessaire d’un point de vue scientifique:

«L’épidémie se terminera seulement lorsque suffisamment de gens auront développé une immunité. Éviter la contagion dans les régions est non seulement futile, mais contre-productif: on retarde la fin du virus en retardant l’immunité collective. Il faut plutôt rendre aux gens leur liberté de mouvement et de rassemblement et laisser circuler le virus, tout en donnant des conseils spécifiques aux personnes à risque», explique le docteur Bernier en entrevue.

Pratiquant dans la région de la Gaspésie, dans l’Est du Québec, Mathieu Bernier estime que les mesures de confinement ont mené à un «désastre socio-économique sans précédent», récession que la reprise du tourisme pourrait au moins contribuer à atténuer. Selon lui, il aurait plutôt fallu protéger les centres pour personnes âgées non autonomes –très durement frappés par la pandémie– et laisser les personnes en bonne santé vaquer à leurs occupations.

«Loin de vouloir fermer Montréal, j’ai hâte de voir des touristes montréalais en Gaspésie. […] Il pourrait se produire non pas une deuxième vague, mais une première vague dans les régions qui ont été artificiellement épargnées, parce que coupées du monde par des barrages routiers. L’engorgement du système de santé est improbable vu la chute libre des hospitalisations à Montréal: si les régions ont trop de cas, elles peuvent les transférer en ville», rassure-t-il.

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déconfinement, confinement, Montréal, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19, Québec, Canada
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