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Justin Trudeau, Premier ministre canadien, fera une fois de plus l’objet d’une enquête du commissaire fédéral à l’éthique. Le dirigeant libéral est soupçonné d’avoir enfreint la loi en chargeant un organisme proche de sa femme de gérer la rémunération d’étudiants dits bénévoles. Vers un troisième scandale d’ingérence pour Trudeau?

Les vacances estivales s’annoncent moins bonnes que prévu pour le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, dont la cote de popularité s’était pourtant améliorée depuis la crise du Covid-19.

Le 3 juillet dernier, le Commissariat aux conflits d’intérêts et à l’éthique a annoncé qu’il allait enquêter sur une possible infraction à la loi commise par Justin Trudeau. Cette fois, on reproche au Premier ministre fédéral d’avoir chargé –via son gouvernement– l’organisme UNIS (WE en anglais) de gérer un programme de rémunération d’étudiants bénévoles pour l’été. Le Premier ministre et sa femme, Sophie Grégoire Trudeau, sont connus pour apporter un appui symbolique à l’UNIS, auquel le gouvernement a demandé de gérer ce programme de 900 millions de dollars canadiens (590 millions d’euros). Le contrat a été octroyé directement sans appel d’offres.

​Par le passé, le couple a participé à plusieurs événements de l’UNIS. Associée à de nombreuses ONG, Sophie Grégoire Trudeau anime aussi une émission de radio (podcast) pour le compte de l’organisme en question. Mme Grégoire Trudeau est actuellement porte-parole officielle de «Fillactive» et de l’initiative «Parce que je suis une fille» de Plan International Canada.

Troisième enquête du commissaire à l’éthique sur Trudeau

Le commissaire Mario Dion devra déterminer si le Premier ministre a contrevenu aux articles 6 (1), 7 et 21 de la Loi sur les conflits d’intérêts. L’article 6 (1) interdit à tout titulaire d’une charge publique «de prendre une décision ou de participer à la prise d’une décision dans l’exercice de sa charge s’il sait ou devrait raisonnablement savoir qu’il pourrait se trouver en situation de conflit d’intérêts». L’article 7 lui interdit «d’accorder […] un traitement de faveur à une personne ou un organisme» et l’article 21 lui demande «de se récuser lorsqu’une discussion, une décision, un débat ou un vote à l’égard de toute question pourrait le placer en situation de conflit d’intérêts».

Vendredi dernier, l’organisme UNIS a annoncé quelques heures après l’annonce du commissaire qu’il abandonnait la gestion de la bourse canadienne pour le bénévolat étudiant. Dans la tourmente, Justin Trudeau est resté évasif sur l’enjeu de l’heure, alors que les journalistes l’ont talonné en conférence de presse:

«La compagnie UNIS a décidé de se retirer de ce travail avec le gouvernement et nous appuyons cette décision. […] Nous continuerons à travailler très dur et nous devons réfléchir attentivement à ce qui s’est exactement passé et sur la façon dont nous pouvons nous assurer que nous ferons un meilleur travail pour soutenir les jeunes dans les mois et les années à venir», a-t-il déclaré.

Le même jour que celui de l’annonce du Commissariat à l’éthique, l’ONG UNIS a fait l’objet d’accusations d’abus de pouvoir et de racisme de la part de 200 employés. Dans une lettre ouverte publiée sur le site Change.org, ces employés reprochent notamment à la direction de l’organisme de «ne pas s’attaquer aux causes profondes des comportements racistes et du racisme systémique» et de refuser de «s’engager dans le processus d’apprentissage approfondi requis pour construire des espaces de travail antiracistes». Des accusations qui n’ont aucun lien avec l’enquête, mais qui ajoutent à la controverse.

Proche de Trudeau, l’UNIS accusé de racisme

Les réactions n’ont pas tardé à fuser, malgré l’accalmie médiatique engendrée par l’arrivée des vacances estivales. De nombreux éditorialistes ont dénoncé ce qu’ils voient comme une tendance lourde du dirigeant de 48 ans à outrepasser ses pouvoirs.

«Ça va prendre combien de blâmes pour que les Canadiens allument et se rendent compte que Son Altesse royale, Sa Majesté, Sa Sérénissime, Son Excellence et Son Éminence messire Justin Trudeau en mène un peu trop large? Notre Premier ministre a beau croire qu’il mérite d’être sanctifié de son vivant, il ne flotte pas au-dessus des lois», tranchait le chroniqueur Richard Martineau, le 4 juillet, dans les pages du Journal de Québec et du Journal de Montréal.

En décembre 2017, le «premier rapport Trudeau» a établi que le Premier ministre avait violé une partie du Code des députés en séjournant gratuitement sur l’île privée de l’Agha Khan avec sa famille et des proches. Le commissariat a conclu que Trudeau n’aurait pas dû accepter de séjourner sur la propriété du chef spirituel des musulmans ismaéliens, qui gère une importante fondation.

Ingérence: un troisième «rapport Trudeau» en attente

En aout 2019, le «second rapport Trudeau» a conclu que le Premier ministre fédéral avait outrepassé ses pouvoirs en s’ingérant dans les affaires de l’ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould. Justin Trudeau avait tenté d’éviter un procès à la célèbre firme SNC-Lavalin, notamment accusée de corruption en Libye.

«Les gestes posés pour favoriser ces intérêts étaient inappropriés parce qu’ils étaient contraires aux principes constitutionnels de l’indépendance du poursuivant et de la primauté du droit», est-il écrit à page 62 du second rapport Trudeau. Le scandale SNC-Lavalin avait failli lui coûter sa réélection en tant que chef du Parti libéral du Canada en octobre 2019.

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ingérence, Sophie Grégoire, Canada, Justin Trudeau
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