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En raison du Covid-19, jamais rentrée scolaire n’aura autant retenu l’attention au Québec. Alors que des services comme le transport scolaire sont suspendus pour certains élèves, les mesures sanitaires ne font pas l’unanimité. Pour prendre le pouls sur le terrain, Sputnik s’est entretenu avec plusieurs parents.

Depuis fin août, les élèves des écoles primaires et secondaires de la Belle Province ont pu retrouver leurs camarades de classe dans un contexte de pandémie toujours présente, après une année scolaire écourtée par la crise sanitaire. Un véritable casse-tête pour le gouvernement, mais aussi pour les parents, qui sont nombreux à être sceptiques face aux mesures sanitaires que doivent appliquer leurs enfants. Face à eux, des parents et enseignants qui appréhendent surtout les risques de transmission du Covid-19.

Mélange de crainte et de mécontentement chez les parents

Le ministre québécois de l’Éducation, Jean-François Roberge, a déposé un plan spécial pour préparer cette rentrée.

«D’abord, ce qui est très important, on va avoir des groupes-classes qui vont rester ensemble. Ce sont les enseignants qui vont changer de groupe, même au secondaire. Les élèves vont changer de groupe beaucoup plus rarement, sauf pour les cours d’éducation physique ou les cours de sciences. […] On garde les élèves ensemble un peu comme dans une famille», précise le ministre Roberge à un journal local.

Port du masque dans les aires communes et maintien de «groupes-classes» aussi appelés «bulles-classes»: Québec veut faire tout le nécessaire afin de «s’adapter aux nouveautés».

Dans l’ensemble, si la rentrée semble bien se dérouler, certains parents dénoncent ce qu’ils estiment être les incohérences du plan spécial Covid-19. Sur les réseaux sociaux, ils sont des centaines à critiquer le gouvernement pour ses consignes jugées exagérées ou même inutiles. Pour Luc Harvey, ex-député fédéral et père de six enfants, «le principe des bulles est parfait dans un monde idéal, mais inapplicable dans la réalité»:

«Ce sont des directeurs qui doivent faire appliquer les mesures discutables du gouvernement. Mes deux garçons vont à la même école, mais ils ne sont pas attitrés à la même bulle. Ils ont des masques de couleur. Une fois sortis, les enfants sont en groupe sur le trottoir à se partager un breuvage […] Les verts avec les jaunes, les jaunes avec les rouges, etc.», explique-t-il à Sputnik.

L’interruption de certaines activités sportives a également été fortement décriée.

​Des élèves et d’autres opposants à cette mesure restrictive ont organisé des manifestations pour réclamer la reprise du sport. Devant le mécontentement, le Premier ministre québécois, François Legault, a finalement annoncé que le sport pourrait reprendre le 14 septembre «si tout se passe bien».

Des manifestations pour la reprise des activités sportives

Ayant été enseignante au secondaire pendant 18 ans, Catherine Parent, mère d’un garçon de huit ans et maintenant directrice de contenu pédagogique, à Montréal, se montre jusqu’à présent satisfaite du déroulement de la reprise. Selon elle, «cette rentrée est d’abord et avant tout un problème d’adultes et non d’enfants».

«Le problème, ce sont parfois les adultes qui vont transmettre eux-mêmes leurs difficultés d’adaptation à leurs enfants. Ils peuvent leur transmettre de l’anxiété extrême par rapport à la situation ou à l’inverse, une insouciance démesurée liée à la négation de la pandémie. […] Les enfants sont des éponges, ils absorbent tout», observe la pédagogue.

De son côté, Majda Chefaoui, mère de trois enfants dans la région de Québec, se réjouit d’assister à une «rentrée exceptionnelle du point de vue pédagogique». Sur le plan logistique, elle constate toutefois d’importantes lacunes, notamment en ce qui a trait au transport des élèves. Pour certains élèves un peu partout au Québec, le transport par autobus a été suspendu pour limiter les risques de contagion, ce qui contraint des parents à faire du covoiturage et ainsi à transporter plusieurs enfants dans leur véhicule.

«C’est bien plus dangereux. Il n’y a pas de distanciation sociale, de feux d’arrêt intégrés aux voitures, de permis de chauffeur, etc. Je ne comprends pas que ça ne fasse pas scandale», déplore en entrevue Mme Chefaoui, qui a entrepris des démarches auprès de politiciens pour tenter de régler la situation.

Experts et parents craignent les problèmes d’apprentissage que pourraient favoriser les mesures prophylactiques en modifiant la relation entre les élèves eux-mêmes et leurs enseignants.

Des mesures causant des difficultés d’apprentissage?

Pour contrer cette éventualité, le gouvernement Legault a annoncé l’octroi de ressources supplémentaires. «Plus précisément, un investissement de près de 100 millions de dollars permettra de soutenir leur retour en classe et la consolidation de leurs apprentissages», a annoncé Québec. Mère de trois enfants au primaire, Anne-Marie Paquet minimise les impacts des mesures sanitaires sur leur développement:

«Les mesures à mon école sont minimes et parfaitement adaptées à la réalité scolaire. Mes enfants restent avec leur groupe, les récrés ne sont pas toutes à la même heure, les grands portent un masque dans leur déplacement et c’est à peu près tout. Logiquement, s’il y a une éclosion, ce sera plus facile de la stopper en se concentrant sur une classe-bulle. Mes enfants sont heureux d’être de retour à l’école après six mois», confie-t-elle.

Selon Catherine Parent, malgré les incohérences observées ici et là, il était important que les élèves de tous âges retournent rapidement à l’école.

«De manière générale, les jérémiades ne font avancer personne. Évidemment, il y a des choses qui ont changé, comme l’horaire des récréations, mais on doit aussi faire preuve d’une certaine capacité d’adaptation. Il faut rester positif. […] La place de nos enfants est à l’école: c’est là qu’ils peuvent vraiment se développer», insiste-t-elle.

La rentrée scolaire survient dans un contexte où le Premier ministre Legault s’inquiète d’un «relâchement général au Québec».

Le 3 septembre, 5.767 personnes étaient décédées de complications liées au Covid-19 dans la Belle Province, pour une population de 8 millions d’individus.

Plusieurs établissements scolaires ont déjà annoncé avoir accueilli des élèves contaminés.

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