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Au Québec, les attentes sont grandes envers le gouvernement Legault pour qu’il protège davantage le français, toujours davantage concurrencé par l’anglais. Pour Frédéric Lacroix, auteur d’un livre à paraître sur ce thème, à défaut d’une réaction forte et immédiate, la langue française est vouée à disparaître au Québec. Entrevue.

Pandémie de Covid-19 ou non, le français continue de faire l’objet de vives discussions au Québec, seule province majoritairement francophone du Canada.

Au mois d’août dernier, le ministre de la Justice et responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, a publié une lettre ouverte pour annoncer qu’il souhaitait agir pour freiner le déclin du français.

«La langue française est un instrument de notre développement, de notre fierté. Défendre et promouvoir notre langue est […] une responsabilité historique du Québec. Votre gouvernement agira en ce sens», insistait-il.

Dans une entrevue accordée le 14 septembre dernier au journal Le Devoir, Simon Jolin-Barrette a réitéré son engagement, ce qui crée beaucoup d’attentes, surtout dans le milieu nationaliste.

Protection du français: de grandes attentes chez les nationalistes

En 1977, le gouvernement nationaliste du Premier ministre René Lévesque avait adopté la Charte de la langue française –communément appelée Loi 101–, qui protège le français au Québec, mais dont l’efficacité est aujourd’hui remise en question.

Le chercheur indépendant Frédéric Lacroix fait partie des déçus de la Loi 101. Auteur du livre à paraître en octobre Pourquoi la loi 101 est un échec (Éd. du Boréal), il estime que le gouvernement Legault devra en faire beaucoup plus qu’il ne l’a laissé entendre.

«La situation du français est catastrophique. Il faut vraiment agir de façon forte. […] Il faut s’attaquer aux causes et non aux conséquences du déclin du français. C’est crucial. À Montréal, l’emploi de la formule “Bonjour-Hi” dans les commerces est une conséquence. […] L’une des causes majeures de la situation est la Loi fédérale sur les langues officielles, qui place le français et l’anglais sur un pied d’égalité au Québec», explique d’abord l’auteur.

«Catastrophique», la situation? Du moins, selon les projections de Statistique Canada: entre 2011 et 2036, la proportion de francophones au Québec passera de 79% à 70% pour une population actuelle de presque 8 millions d’individus. Compte tenu de l’immigration, la proportion pourrait être encore moindre, avertit le chercheur, qui pointe aussi l’omniprésence de la culture anglo-américaine pour expliquer le phénomène:

«La numérisation de l’univers culturel: Google, Facebook, Netflix, etc., mène à une mutation très dommageable pour le français, qui s’est produite dans les dix ou quinze dernières années. La culture anglo-américaine est devenue extrêmement présente et accessible. N’importe quel parent peut le constater. Nous sommes face à une déferlante, alors que les politiques culturelles du Québec sont complètement déphasées en ce qui concerne l’univers numérique», constate-t-il.

L’une des propositions du ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, est d’étendre la Loi 101 aux entreprises sous réglementation fédérale. Ce changement obligerait les entreprises telles que les banques et les entreprises de télécommunication et du secteur maritime à maintenir des espaces de travail en français.

Le tout nouveau chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, vient d’ailleurs d’annoncer qu’il serait favorable à cette mesure, une position que refuse toujours Justin Trudeau, le Premier ministre fédéral. «Je pense que c’est une question de respect», a pourtant affirmé le chef conservateur de passage à Montréal. Dans le contexte actuel, adopter cette mesure «serait mieux que rien, mais presque rien», tranche toutefois Frédéric Lacroix.

Plus que 70% de francophones au Québec d’ici 2036, selon Statistique Canada

En plus de cette dernière mesure, certains sympathisants du mouvement nationaliste estiment qu’il faudrait étendre la Loi 101 aux établissements d’enseignement appelés Cégep (niveau préuniversitaire), lesquels offrent de plus en plus de programmes dans la langue de Shakespeare. Une mesure qui serait beaucoup plus efficace, selon notre interlocuteur:

«On aime se donner l’impression d’agir, mais au fond, on se satisfait de mesures qui ne changent rien. […] Il ne faut pas s’attendre à ce que l’extension de la Loi 101 pour les entreprises fédérales change réellement la dynamique linguistique. En revanche, imposer la Loi 101 au Cégep serait une mesure structurante réelle. Imposer une francisation obligatoire des immigrants serait aussi une mesure réelle», poursuit l’auteur.

Depuis de nombreuses années, l’immigration est également considérée comme l’une des principales causes du déclin du français au Québec. Dans la métropole de Montréal en particulier, les nouveaux arrivants adoptent souvent l’anglais au détriment du français, ce qui est vu comme un frein à leur intégration et une menace pour l’identité québécoise. En 2016, seuls 56% des immigrés utilisaient principalement le français au travail, d’après les données de l’Office québécois de la langue française.

Selon Frédéric Lacroix, dans la Belle Province, la tendance générale est de plus en plus au bilinguisme:

«Il faut aussi noter que le Premier ministre François Legault donne ses conférences de presse en français et anglais de manière presque systématique. C’est un autre symptôme qui montre que le Québec est un État bilingue. […] La Charte de la langue française est une illusion […] Elle dit que le français est la langue officielle, mais en réalité, ce n’est pas du tout le cas», conclut-il.

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