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Sous la pression, Ottawa suspend les vols en direction du Mexique et des Caraïbes pour limiter les risques de propagation du Covid-19. Selon John Gradek, expert de l’industrie aérienne à l’université McGill, le maintien des restrictions pourrait favoriser la formation de monopoles et d’un marché plus élitiste. Entrevue.

C’était devenu un sujet de préoccupation dans les médias: le 29 janvier dernier, le Premier ministre canadien a annoncé que les vols à destination du Mexique et des Caraïbes seraient interrompus jusqu’au 30 avril.

«Moins de 2% des cas de Covid-19 sont liés à des Canadiens qui reviennent au pays. [...] Toutefois, même un cas, c'est un cas de trop», s’est justifié Justin Trudeau. 

Depuis plusieurs semaines, des partis d’opposition et de nombreux éditorialistes pressaient le chef du gouvernement de mieux encadrer les voyageurs revenant des «destinations soleil». Voire, si possible, d’empêcher les séjours dans le sable. Le Premier ministre québécois, François Legault, avait lui aussi demandé à Trudeau d’interdire le départ de ces vacanciers. Toujours pour prévenir de nouvelles vagues de contaminations. 

Suspension des vols: catastrophe appréhendée au Mexique

Les Canadiens étant le deuxième plus grand groupe de voyageurs à visiter le Mexique après les Américains, la nouvelle suscite beaucoup d’inquiétude en terre aztèque. En 2019, 2,3 millions de Canadiens se sont rendus au pays de Benito Juárez, selon les données du centre de recherche et de compétitivité touristique de l’université Anahuac, à Mexico. Les Canadiens représentent ainsi environ 20% des touristes en visite au Mexique.

«Le gouvernement mexicain espère que la récente mesure annoncée par le Premier ministre Justin Trudeau pourra être retirée le plus tôt possible afin d'éviter une profonde crise économique», peut-on lire dans le communiqué du secrétariat mexicain au Tourisme. 

Selon John Gradek, expert de l’industrie aérienne et chargé d’enseignement à l’Université McGill, à Montréal, ces nouvelles restrictions pourraient être «dévastatrices» également pour l’industrie aérienne canadienne. Les mesures s’accompagnent aussi d’une quarantaine obligatoire à l’hôtel d’une valeur de plus de 2.000 dollars pour les citoyens de retour. Un «coup de massue», estime-t-il:

«Le gouvernement fédéral déconseillait vivement aux Canadiens de voyager. Le gouvernement a donc perdu patience. [...] Maintenant, il est certain que des compagnies aériennes comme Sunwing et Air Transat, dont le marché est directement affecté, n’auront plus de revenus dans les prochains mois. La question est de savoir si ces compagnies ont assez d’argent pour couvrir leurs dépenses jusqu’à nouvel ordre. Je suis très préoccupé par la situation d’Air Transat», souligne M. Gradek. 

Coordinateur du programme de gestion de l’aviation de l’université McGill, John Gradek rappelle que les Canadiens peuvent encore passer par les États-Unis pour aller faire le plein d’UV. Une situation qui ne va peut-être pas durer. Ottawa négocie avec Washington et des compagnies aériennes étrangères dans le but d’empêcher les Canadiens de passer par les États-Unis pour effectuer un voyage «non essentiel».

Compagnies en difficulté, baisse de l’offre: vers une envolée des prix?

La survie de compagnies aériennes est-elle compromise? John Gradek estime qu’il est encore trop tôt pour le dire, mais craint que la «réduction de la compétition» ne mène à la création d’un marché plus élitiste, réservé aux plus fortunés. La probable acquisition d’Air Transat par Air Canada –deux importantes compagnies aériennes au Canada– pourrait aussi réduire la concurrence, analyse l’expert.

«Quand vous réduisez la compétition, il y a moins d’offres et les prix sont plus élevés. [...] L’Union européenne a déjà exprimé le même genre de crainte que le ministère des Transports du Canada en examinant une transaction similaire [au rachat d’Air Transat par Air Canada, ndlr]. C’est une dynamique très monopolistique qui pourrait prendre forme», précise notre interlocuteur, également membre du Tribunal d'appel des transports du Canada.

Si Ottawa a annoncé que les vols en direction du Mexique et des Caraïbes pourraient reprendre le 30 avril, John Gradek prévient qu’il n’est pas impossible que les sanctions visant l’industrie aérienne continuent de s’accumuler. Cette éventualité fragiliserait encore davantage les compagnies.

«Le gouvernement canadien est beaucoup plus réactif maintenant qu’au début de la crise. Le gouvernement canadien apprend sa leçon avec le variant britannique. [...] C’est la question à six millions de dollars, mais si vous voulez mon avis, les chances sont grandes que le gouvernement suspende à nouveau l’industrie dans les régions où le virus réapparaît plus fort», conclut l’expert.

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