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Le parti du maire de Montréal, Valérie Plante, a adopté une proposition visant à désarmer des policiers de la métropole. Cette démarche soulève moult inquiétudes, car elle intervient dans un contexte d’augmentation du nombre des fusillades. Toutefois, l’expert en criminologie Jean Claude Bernheim livre une analyse rassurante au micro de Sputnik.

Utopie pour les uns, programme concret pour les autres, l’idée de désarmer des policiers de Montréal fait son chemin. Le projet vient d’être mis à l’agenda de Valérie Plante, la «mairesse» de la métropole, comme on dit au Québec.

Le 11 avril dernier, les militants du parti Projet Montréal ont adopté à huis clos une proposition allant dans ce sens. Les membres de la formation progressiste estiment que l’administration municipale doit «revoir la nécessité que tous les agents du corps policier portent une arme à feu». Le désarmement des patrouilleurs de Montréal n’est toutefois pas prévu pour cette année. Le projet est en cours d’élaboration et son application serait sans doute conditionnée à la réélection de Valérie Plante, en novembre prochain.

«Ce n’est pas demain matin qu’on va désarmer les policiers, a assuré Valérie Plante. Le projet-pilote, on le trouve intéressant, mais il faut prendre le temps de le faire correctement.»

Important syndicat de policiers de la province, la Fraternité des policiers de Montréal n’a pas tardé à réagir.

Agents désarmés: le syndicat des policiers furax

Yves Francœur, le président du syndicat, estime que cette mesure ferait courir des risques supplémentaires aux gardiens de la paix. Il ne s’explique pas que la mesure ait été adoptée dans un contexte où le nombre de fusillades s’accroît dans le nord-est de la métropole.

«Toute approche susceptible de mettre en danger ses membres ou les citoyens et citoyennes fera l’objet de la plus grande attention de la part de la Fraternité», écrit Yves Francœur dans une lettre envoyée au journal «La Presse».

Expert en criminologie bien connu, Jean Claude Bernheim ne craindrait pas pour la sécurité des policiers si le projet était adopté officiellement. M. Bernheim a été l’un des tout premiers spécialistes à promouvoir le désarmement des forces de l’ordre dans la Belle Province.

«C’est une idée qui remonte aux années 1970 et qui est un peu semblable à ce qui se fait au Royaume-Uni, où ce sont des escouades spécialisées et équipées qui sont appelées quand il y a matière à intervention. [...] De manière générale, on sait que les criminels ne souhaitent pas tirer. [...] Les données montrent que les policiers non armés ont moins tendance à susciter la confrontation», explique-t-il à notre micro.

Pourtant, selon les chiffres du service de police de la ville de Montréal, les crimes contre les personnes commis avec une arme à feu ont augmenté de 10% entre 2019 et 2020. Début février dernier, une adolescente de 15 ans a perdu la vie dans une fusillade survenue dans le quartier Saint-Léonard. L’affaire a suscité une vive indignation et ravivé le débat sur l’insécurité. Depuis, les autorités craignent que la pandémie n’ait pour effet de multiplier ce genre de crimes et observent, entre autres signes préoccupants, une hausse des fusillades perpétrées en plein jour.

Criminalité à Montréal: les avis sont partagés

Une situation que relativise Jean Claude Bernheim, qui observe plutôt une diminution de la criminalité globale depuis le début du confinement.

«Les situations où les policiers ont besoin d’être armés à Montréal restent très rares. La plupart du temps, ce ne sont pas les policiers qui sont visés: ils sont appelés à intervenir là où il y a déjà eu ou il peut y avoir de la violence. Des escouades spécialisées seraient plus efficaces», insiste-t-il.

Chargé de cours en criminologie dans diverses universités canadiennes, Jean Claude Bernheim pense qu’il est temps d’initier un «changement de mentalité» au Québec.

«Les policiers s’identifient à leur arme. Pour certains agents, les désarmer, c’est comme leur arracher le cœur. C’est un choc pour eux. [...] Actuellement, l’autorité de la police ne vient pas de l’ordre légitime que l’agent doit représenter, mais de la peur qu’il suscite», déplore notre interlocuteur.

Depuis le déchaînement du mouvement Black Lives Matter, de nombreux militants «antiracistes» ont aussi proposé de «définancer» le service de police de la ville de Montréal. Ils y voient un moyen de prévenir les actes discriminatoires envers les gens issus des minorités visibles. Au dernier congrès de leur parti, les militants de Projet Montréal ont écarté cette proposition, mais Jean Claude Bernheim estime que ce projet devra revenir sur la table, pour d’autres raisons:

«À Montréal comme un peu partout au Canada, le nombre de policiers est excessif par rapport aux besoins. Un certain nombre de tâches effectuées par les policiers ne sont pas des tâches de maintien de l’ordre. Les tâches à caractère social qu’ils effectuent devraient être effectuées par d’autres personnes, comme des psychologues et des travailleurs sociaux. En ce sens, oui, il faut prendre l’argent et le mettre ailleurs», conclut Jean Claude Bernheim.

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Tags:
police, criminalité, Valérie Plante, Montréal, Québec, violences policières
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