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Les délais sont de plus en plus longs pour immigrer au Canada, à tel point que des candidats renoncent à s’y établir. Province dotée de compétences en la matière, il est encore plus dur de s’installer au Québec. Selon Stéphane Handfield, avocat spécialisé en immigration, Ottawa et Québec utilisent la pandémie comme prétexte au blocage actuel.

Réputé pour sa grande ouverture, le Canada est-il toujours l’eldorado de l’immigration? Le gouvernement fédéral vient de reconnaître avoir sciemment ralenti le dossier des travailleurs qualifiés voulant s’établir au Québec. Ces derniers doivent maintenant patienter au moins 27 mois avant d’obtenir leur résidence permanente, deux fois plus longtemps qu’auparavant.

C’est un délai plus de quatre fois plus long qu’au Canada anglophone, où il ne faut généralement pas plus de six mois pour parachever le même processus. Depuis le début de la pandémie, le traitement des demandes d’immigration est ralenti pour l’ensemble du territoire, mais le phénomène a pris une plus grande ampleur au Québec.

Un conflit entre Ottawa et Québec sur l’immigration?

Stéphane Handfield, avocat spécialisé en immigration et auteur, parle d’une «éternité pour obtenir des décisions finales» et observe de plus en plus de frustration chez les candidats. Il dénonce pour Sputnik une «partie de ping-pong» entre Ottawa et Québec.

«Ottawa et Québec sont tous deux à blâmer. […] Oui, il y a la pandémie, mais elle ne peut pas tout expliquer à elle seule. C’est un argument facile, pour les ministères canadiens et québécois de l’Immigration, qui devient disproportionné. Les délais ont explosé», insiste-t-il.

Province francophone animée par un fort sentiment nationaliste, le Québec est doté de compétences particulières en immigration, ce qui n’est pas le cas des provinces anglophones. Il peut choisir ses immigrés économiques et laisse au fédéral la mainmise sur les programmes relatifs au regroupement familial et à l’accueil de réfugiés.

Des candidats contraints de tourner le dos au Québec

Ces pouvoirs particuliers ne font toutefois pas l’affaire de tous les candidats à l’immigration, qui sont aujourd’hui nombreux à finalement faire le choix d’une autre province. C’est notamment le cas d’infirmières étrangères, qui pensaient pourtant contribuer à réduire la pénurie dans leur secteur au Québec.

«On m’avait dit qu’il y avait des besoins énormes. Mais maintenant, je comprends pourquoi des collègues veulent partir et font des démarches dans d’autres provinces», confie au réseau Radio-Canada Virginie Verove, une infirmière française toujours en attente d’un statut définitif.

Au Québec, fin 2020, le gouvernement Legault s’était engagé à régulariser la situation des sans-papiers ayant contribué à la lutte contre le Covid-19 dans les hôpitaux. Une démarche qu’il devait conjointement réaliser avec le fédéral. Mais plusieurs mois plus tard, aucun de ces travailleurs surnommés «anges gardiens» n’a été admis officiellement dans la Belle Province. En majorité d’origine haïtienne, ces membres du personnel de la santé doivent donc continuer à œuvrer dans l’illégalité.

«Le dossier de régularisation d’un "ange gardien" pourra progresser en Ontario, alors que le même dossier sera mis en attente au Québec. Dans ce cas, on ne peut pas imputer les délais à Ottawa», souligne Me Handfield.

La gestion de l’immigration n’est pas le «point fort» du gouvernement Legault, résume notre interlocuteur. L’avocat rappelle qu’en février 2019, le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette avait jeté 18.000 dossiers à la poubelle, prétextant devoir mieux répondre aux besoins économiques du Québec.

Malgré le tollé suscité par son annonce, le gouvernement Legault a déposé son projet de loi.

«On modifie le système d’immigration dans l’intérêt public», s’était alors justifié Simon Jolin-Barrette.

Tout récemment, le Premier ministre Legault a suscité une autre controverse autour du thème migratoire, lequel n’en finit plus de faire couler de l’encre.

«À chaque fois que je rentre un immigrant qui gagne moins de 56.000 dollars canadiens [38.000 euros, ndlr], j’empire mon problème. À chaque fois que je rentre un immigrant qui gagne plus de 56.000 dollars, j’améliore ma situation», a-t-il déclaré devant le Conseil du patronat du Québec. Des chroniqueurs et députés d’opposition y ont vu une insulte envers les nouveaux arrivants.

De l’immigration linguistique à l’immigration économique

«Le gouvernement Legault veut-il seulement faire venir des gens qui vont gagner plus de 56.000 dollars?», ironise Stéphane Handfield. L’avocat ne s’explique pas que Québec ait choisi de revoir à la baisse l’importance accordée à la maîtrise du français dans sa grille de sélection. Une politique qui rompt avec des dizaines d’années d’immigration linguistique:

«C’est toujours déplorable de voir des candidats francophones à l’immigration partir pour une autre province. La connaissance du français a toujours été le principal critère pour une bonne intégration au Québec. L’intégration passe par le français et le travail. […] Mais force est de constater que la connaissance du français n’est plus un critère important pour être choisi comme immigrant au Québec. […] Le gouvernement Legault pratique un nationalisme de façade», conclut l’avocat.

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