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Joe Biden en avait fait une priorité: le nouvel oléoduc qui devait relier le Canada et les États-Unis a officiellement été abandonné. La fin de Keystone XL est une petite catastrophe économique pour le Canada. Selon Miguel Ouellette, expert du secteur énergétique, le Canada ne peut plus compter sur les seuls États-Unis pour vendre son pétrole.

La nouvelle a eu l’effet d’une bombe au Canada, surtout dans les provinces de l’Ouest. Le premier jour de son mandat à la Maison-Blanche, Joe Biden a signé un décret annulant le projet de nouvel oléoduc Keystone XL. Ce pipeline était censé transporter du pétrole depuis la province canadienne de l’Alberta jusqu’à l’État américain du Nebraska et les raffineries du Texas.

Durant sa campagne présidentielle, Joe Biden s’était engagé à bloquer ce projet vivement critiqué par des organisations écologistes comme Greenpeace. Malgré les protestations du Premier ministre canadien, Justin Trudeau, le projet vient d’être officiellement enterré. En janvier dernier, devant une telle catastrophe pour sa province, le Premier ministre albertain, Jason Kenney, en avait même appelé à l’imposition de sanctions économiques contre les États-Unis. Une demande à laquelle Ottawa n’a jamais répondu.

«Keystone XL aurait fourni d’immenses revenus au Canada»

Il est urgent pour le Canada de trouver d’autres marchés pour son pétrole, estime Miguel Ouellette, expert des questions énergétiques et économiste à l’Institut économique de Montréal.

«Keystone XL aurait fourni d’immenses revenus au Canada. C’est une immense perte pour notre pays. […] 98% des exportations de pétrole canadien vont aux États-Unis. Dans ce contexte de blocage, ce serait un très mauvais modèle économique que de garder un client unique. En Amérique du Nord, la demande de pétrole va diminuer d’environ 20% dans les prochaines années, alors qu’elle va augmenter ailleurs, comme en Inde et au Moyen-Orient. Le Canada doit se défaire de sa dépendance au marché américain», tranche l’économiste à notre micro.

Aussi, rappelle-t-il qu’un oléoduc de l’entreprise canadienne Enbridge –passant par le territoire américain– risque également la fermeture. Gretchen Whitmer, gouverneur Démocrate du Michigan, travaille d’arrache-pied pour faire fermer la «Ligne 5» d’Enbrige. Un oléoduc qui, selon elle, contrevient à l’accord permettant de traverser le détroit de Mackinac, situé sur le territoire du Michigan.

Durant la dernière campagne présidentielle, les Démocrates s’étaient engagés à ce que les États-Unis reviennent dans l’Accord de Paris sur le climat. Promesse tenue de leur part. Ils avaient aussi annoncé leur intention d’investir massivement dans les énergies renouvelables. Rappelons que c’est Donald Trump qui avait retiré son pays de cet accord environnemental en 2017.

Joe Biden influencé par «l’aile radicale» de son parti?

Selon Miguel Ouellette, bien que Joe Biden n’ait jamais semblé «opposé au développement énergétique», il devrait tout de même composer avec le «virage vert» que prônent de plus en plus d’élus Démocrates:

«Durant la dernière campagne, on a vu l’influence qu’avaient des figures montantes du Parti démocrate comme Alexandria Ocasio-Cortez et Bernie Sanders. Sur les questions énergétiques, Joe Biden semble subir la pression de l’aile radicale de son parti, mais aussi de gens plus modérés. Pour Keystone XL, Biden semble avoir voulu satisfaire les radicaux, alors que pour la Ligne 5 d’Enbridge, il ne s’est pas encore positionné», constate-t-il.

Au Canada, le ralentissement de l’économie du pétrole albertain est tel qu’il pourrait finir par ébranler l’unité canadienne. Un désir d’autonomie est de plus en plus palpable dans l’Ouest canadien, en raison des obstacles que rencontre de plus en plus souvent l’industrie des sables bitumineux. Non seulement cette industrie se heurte maintenant à l’annulation de Keystone XL par Washington, mais les Libéraux de Trudeau sont accusés de vouloir y mettre un frein, toujours pour des motifs environnementaux.

Les déboires du pétrole canadien ébranlent l’unité du pays

En Alberta, un mouvement sécessionniste à même le vent en poupe. Les partisans de l’indépendance jugent injustes la politique environnementale des Libéraux et le système de péréquation, qui transfère des revenus des provinces les plus riches aux provinces les plus pauvres. D’ailleurs, le Premier ministre albertain vient d’annoncer qu’un référendum sur la péréquation aurait lieu en octobre prochain. Le gouvernement de Jason Kenney demandera aux Albertains s’ils souhaitent que soit retiré de la Constitution le principe de péréquation.

De manière générale, Miguel Ouellette observe que les États-Unis se montrent de plus en plus protectionnistes face à leur voisin nordique, ce qui ne serait pas à l’avantage de l’économie canadienne. Washington impose notamment des tarifs sur le bois d’œuvre et l’aluminium en provenance du Canada. Des tarifs qui s’ajoutent à l’opposition grandissante aux oléoducs canadiens au pays de l’Oncle Sam:

«Le Canada et les États-Unis sont comme deux cousins en dispute. […] Quand les États-Unis sont plus protectionnistes, le Canada a aussi tendance à l’être plus. Dans certains secteurs, on dirait que nous sommes face à deux économies fermées qui ne veulent pas transiger. Le libre-échange est toujours plus payant pour les deux pays», conclut le directeur des opérations de l’Institut économique de Montréal.

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Tags:
oléoduc, oléoduc Keystone XL, Canada, Joe Biden, pétrole, guerre économique, énergie
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