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Assassinat du Président haïtien (17)
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Le Président haïtien Jovenel Moïse a été abattu à son domicile par un commando. Craignant la contagion du chaos, la République dominicaine a fermé sa frontière avec son voisin. Une situation vite appelée à dégénérer? Sputnik fait le point avec Clarens Renois, chef du parti d’opposition UNIR et Juan Del Rosario, politologue à Saint-Domingue.

«Je suis renversé, choqué. Je suis dégoûté. Même s’il est contesté, assassiner un président en exercice est la pire des choses qu’on puisse faire à un pays. C’est un acte barbare et odieux que je condamne sans réserve», confie Clarens Renois, encore sous le choc moins de vingt-quatre heures après le meurtre du président Jovenel Moïse. Chef du parti haïtien d’opposition UNIR (Union nationale pour l’intégrité et la réconciliation), M. Renois peine encore à y croire. Très tôt le 7 juillet à Port-au-Prince, un commando s’est introduit dans le domicile privé du président Moïse pour l’abattre, se faisant vraisemblablement passer pour des membres de la Drug Enforcement Administration américaine.

​La femme du chef d’État a été grièvement blessée et évacuée vers Miami pour y être soignée.

«Le Président a été assassiné chez lui par des étrangers qui parlaient l’anglais et l’espagnol. Ils ont attaqué la résidence du Président de la République. […] La situation sécuritaire est sous contrôle», a déclaré Claude Joseph, le Premier ministre sortant.

Bien que le Président d’Haïti ait été accusé dans divers scandales de corruption et malgré le déclenchement, depuis plus de deux ans, de plusieurs mouvements de contestation, rien ne laissait entrevoir son assassinat, assure Clarens Renois. Les opposants l’accusaient notamment d’avoir détourné des fonds du Petrocaribe, un prêt accordé à Haïti par le Venezuela. Une enquête de la Cour supérieure des comptes a conclu que le défunt Président avait participé à cette fraude.

Des «règlements de comptes» à prévoir

Dans la journée du 7 juillet, le calme régnait encore dans la capitale, relate Clarens Renois, qui craint toutefois une rapide flambée de la violence. «Des gens vont vouloir poser des actions pour accaparer le pouvoir», avertit-il.

«Personne n’imaginait un tel dénouement. Il y avait une bataille politique féroce et il y a eu des dizaines de manifestations contre le Président, mais jamais il n’y avait eu d’attentat contre lui. […] Maintenant, il règne une grande confusion quant au choix de son successseur: il n’y a pas de solution constitutionnelle. […] Dans les prochaines semaines, il pourrait y avoir des règlements de comptes entre différentes factions», craint le politicien depuis Port-au-Prince.

Quelques heures après la nouvelle, Saint-Domingue a annoncé qu’elle fermait sa frontière avec Haïti. En mars dernier, le président dominicain, Luis Abinader, avait d’ailleurs annoncé qu’il envisageait d’ériger un mur entre les deux nations de l’île d’Hispaniola. Professeur d’économie et de coopération internationale à l’université autonome de Saint-Domingue, Juan Del Rosario estime que la décision aura d’importantes conséquences économiques du côté haïtien:

«La fermeture de la frontière pourrait mener à une grave pénurie de nourriture en Haïti. Car si les frontières aériennes, maritimes et terrestres sont fermées, comment les gens vont-ils manger? Haïti n’est pas autosuffisant sur le plan alimentaire. Les Haïtiens paieront des prix élevés pour leurs denrées et, dans les prochains jours, il y aura beaucoup de tension à la frontière», s’inquiète le professeur à notre micro.

Dans la soirée du 7 juillet, le secrétaire d’État à la Communication d’Haïti, Frantz Exantus, a annoncé que des membres «présumés» du commando avaient été interpellés par les autorités. L'ambassadeur haïtien aux États-Unis, Bocchit Edmond, a affirmé que les tueurs étaient des mercenaires «professionnels», jugeant l’assaut «bien orchestré».

Les assassins déjà en République dominicaine?

Pour Clarens Renois, il est loin d’être impossible que des gens impliqués de près ou de loin prennent la fuite vers la République dominicaine, si ce n’est pas déjà fait:

«Chaque fois qu’il y a une crise grave en Haïti, la première réaction de la République dominicaine est de fermer ses frontières. On craint toujours de grands déplacements de population. Et, parfois, des acteurs impliqués dans la violence ou de graves méfaits passent en République dominicaine pour s’y réfugier, pour échapper à la justice ou à la police», explique notre interlocuteur.

Ce développement tragique pourrait-il mener à une nouvelle intervention étrangère sur l’île ou à un débarquement sous l’égide de la communauté internationale? En 2004, la destitution du Président Jean-Bertrand Aristide avait conduit Washington à y déployer des troupes. Le coup d’État avait aussi convaincu l’Onu d’envoyer des casques bleus sur la Perle des Antilles, dans le cadre de sa mission pour la stabilisation en Haïti. Clarens Renois estime que le scénario est «parfaitement plausible».

«Nous avons atteint le fond du chaos. Jovenel Moïse est le cinquième Président haïtien assassiné. De 1915 à 1934, à la suite de divers coups d’État, les États-Unis ont occupé Haïti en prétextant vouloir assurer sa stabilité. […] Personne ne sait ce qui peut arriver, mais il est loin d’être impossible que tout ce chaos débouche sur une action de l’ordre de ce qui s’est déjà produit dans le passé», analyse Clarens Renois.

Les États-Unis et le Mexique ont convoqué une réunion d’urgence au Conseil de sécurité de l’Onu sur la situation. La rencontre aura lieu aujourd’hui, le 8 juillet.

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