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    Oleg Nazarov, membre du Club Zinoviev

    L'histoire du camarade Staline agrandissant la Lituanie

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    Après 23 ans d'indépendance, la Lituanie n'a pas gagné en autonomie: au contraire, elle s'est transformée en colonie de l'UE.

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    Plutôt que de s'atteler aux problèmes sociaux et économiques du quotidien, l'élite lituanienne préfère intimider la population en brandissant la menace de "l'occupation soviétique", souligne le membre du Club Zinoviev Oleg Nazarov.

    Il y a 75 ans, le 10 octobre 1939, l'Union soviétique et la Lituanie signaient un accord d'assistance mutuelle, selon lequel l'URSS transférait Wilno (actuelle Vilnius) et sa région à la Lituanie. Les politiciens lituaniens sont unanimes pour passer sous silence cette conséquence de la dite "occupation soviétique". Ils ne se souviennent pas non plus du fait que pendant "l'occupation", la population de la Lituanie a augmenté — alors qu'elle diminue actuellement — et que le territoire de la république s'élargissait considérablement.

    Ce silence n'est pas accidentel. La Lituanie était une vitrine des réalisations du socialisme au sein de l'URSS. Les 23 ans d'indépendance du pays ne lui ont pas apporté de prospérité mais en ont fait une colonie de l'UE. Incapable de résoudre les problèmes socio-économiques du quotidien, l'élite lituanienne gave la population d'histoires sur "l'occupation soviétique", dont la négation est punie par la loi en Lituanie.

    Profitant de l'anniversaire ignoré par les autorités lituaniennes en cette année 2014, rappelons-nous les acquisitions de la Lituanie faites pendant la période de "l'occupation". De tels miracles ne sont jamais encore arrivés à aucun État occupé!

    L'histoire des pertes de la Lituanie avant la guerre

    Peu de temps après la fin de la Première guerre mondiale, les troupes allemandes ont quitté les territoires occupés qui font aujourd'hui partie de la Lituanie. La trace des bottes allemandes était à peine effacée que diverses forces politiques tentaient déjà de combler le vide du pouvoir. En conséquence a été formée la République socialiste soviétique lituano-biélorusse, dont la capitale était Wilno, en février 1919.

    Par la suite, les événements se sont développés avec la même vitesse spectaculaire. Le 19 avril, Wilno était déjà occupée par les troupes polonaises. Un an plus tard, en pleine guerre soviéto-polonaise, l'Armée Rouge en expulsait les envahisseurs polonais. En juillet 1920, la République socialiste fédérative soviétique de Russie reconnaissait l'indépendance de la Lituanie et lui transférait pour la première fois Wilno et sa région.

    La défaite des armées de Mikhaïl Toukhatchevski près de Varsovie a eu de graves conséquences non seulement pour la RSFSR, mais aussi pour la Lituanie. Le chef de la Deuxième République de Pologne, Jozef Pilsudski, qui a passé son enfance à Wilno, était très enthousiaste à l'idée de voir la ville et sa région intégrer la Pologne. Pour annexer Wilno, Varsovie a mené une stratégie en plusieurs étapes, qui a commencé le 8 octobre 1920 avec la "révolte" de la division sous le commandement d'un autre militaire originaire de la région de Wilno: le général Lucjan Żeligowski. Sa division a occupé Wilno sans aucune résistance de la part des autorités lituaniennes et leurs forces armées.

    Pilsudski s'est formellement distancé des actions présumées "arbitraires" de Żeligowski. Malgré tout, le 12 octobre, il déclarait aux diplomates français et britanniques qui étaient venus chez lui que "ses sentiments étaient du côté de Żeligowski". Les tentatives de résoudre le conflit par la voie diplomatique, entreprises en 1921, ont échoué. La Lituanie a rompu les relations diplomatiques avec la Pologne et la Diète provisoire de la République de Lituanie centrale a été élue le 8 janvier 1922. Le 20 février, elle a pris la décision d'annexer la région de Wilno à la Deuxième République de Pologne.

    Dmitri Koulikov, producteur, membre du Club Zinoviev de Rossiya Segodnya
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    Le 15 mars 1923, la conférence des ambassadeurs britannique, italien et japonais à Paris, sous la présidence du gouvernement français, a défini la frontière polono-lituanienne. Elle fixait l'appartenance de Wilno à la Deuxième République de Pologne. Le gouvernement soviétique a déclaré dans une note du 5 avril 1923 qu'il ne reconnaissait pas la décision de la conférence des ambassadeurs. Chacun campant donc sur ses positions, il n'y a donc rien de surprenant dans le fait que dans l'entre-deux-guerres, Varsovie entretenait de mauvaises relations non seulement avec Moscou, mais aussi avec Kaunas (la capitale lituanienne de l'époque).

    Jusqu'au début de la Seconde guerre mondiale, la région de Wilno restait la "pomme de discorde" entre la Lituanie et la Pologne. Pendant plus de 15 ans, Varsovie a cherché à rétablir les relations diplomatiques ce qui, selon les autorités polonaises, aurait signifié la reconnaissance par la Lituanie de la perte de Vilnius. Quand la patience des disciples de Pilsudski est venue à bout, ils ont organisé une autre provocation. Le 11 mars 1938, le cadavre d'un garde-frontière polonaise a éte retrouvé sur la ligne de démarcation polono-lituanienne. Pour enquêter sur l'incident, Kaunas a proposé de créer une commission mixte. Mais les Polonais ont catégoriquement refusé cette proposition, accusant de l'incident le côté lituanien sans aucune preuve. Le but de cette provocation est devenu clair le 17 mars, quand Varsovie a déposé à la Lituanie un ultimatum exigeant de rétablir les relations diplomatiques et de retirer de la constitution la mention de Wilno comme capitale de l'État lituanien. La menace de l'invasion polonaise a forcé Kaunas à accepter ces conditions.

    Un an après, la Lituanie a dû faire face à une nouvelle menace. En mars 1939, l'Allemagne nazie a exigé des autorités lituaniennes de lui céder Klaipėda et sa région (le territoire de Memel). Cette fois non plus, les Lituaniens n'ont pas eu la force de résister…

    L'histoire des acquisitions de la Lituanie

    Vladimir Lepekhine, Directeur général de l'Institut de la Communauté économique eurasiatique (CEEA), membre du Club Zinoviev.
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    Depuis des années, les plus grandes injures des politiciens et journalistes lituaniens portent sur le Traité de non-agression entre l'Allemagne et l'Union soviétique du 23 août 1939. Cependant, les Lituaniens ont moins de raisons d'entretenir une telle attitude que d'autres. Juste après que le 28 septembre 1939, la Deuxième République de Pologne a disparu de la carte politique de l'Europe, la Lituanie a obtenu la chance de reprendre la région de Wilno.

    Les unités de l'Armée Rouge sont entrées à Vilnius le 19 septembre. Une partie importante de la région de Wilno a été incluse dans la République socialiste soviétique biélorusse. Cette décision qui aujourd'hui peut paraître étrange, ne l'était pas à l'époque. Certains politiciens biélorusses avaient exprimé leur revendications sur Wilno encore en 1919. Et surtout, la population de la région, tant en 1919 que vingt ans plus tard, n'était pas du tout lituanienne par sa composition.

    Le 10 octobre 1939, a été signé l'accord soviéto-lituanien d'assistance mutuelle. L'URSS a alors reçu le droit de créer des bases militaires sur le territoire de la république et a transféré à la Lituanie Wilno et sa région. La ville a été rebaptisée Vilnius et déclarée capitale de la Lituanie. Il faut noter que cette décision ne plaisait pas aux dirigeants de la Biélorussie soviétique de l'époque, qui avaient également des vues sur Wilno. Or, le "Guide des peuples" n'a pas fait son choix en leur faveur.

    Timofeï Sergueïtsev, membre du Club Zinoviev de Rossiya Segodnya
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    Le 27 octobre, les troupes lituaniennes sont entrées à Vilnius. Le lendemain, la cérémonie de bienvenue était organisée officiellement. Les Polonais adressaient des regards hostiles et sombres aux Lituaniens jubilatoires. L'historien lituanien Česlovas Laurinavicius écrit: "Si les Lituaniens s'attendaient à ce que les Polonais, en tant que partie qui avait perdu son État, se soumettent humblement à leur domination, les Polonais, au contraire, espéraient que les Lituaniens allaient volontairement céder l'initiative aux Polonais — et pas seulement parce qu'ils se croyaient une nation plus civilisée".

    Laurinavicius constate également que "tous les auteurs qui étudient le gouvernement lituanien à Vilnius le caractérisent comme nationaliste et assez sévère…La lituanisation de la région de Wilno a été imposée, avant tout, par les forces de police, notamment, on veillait à ce que les gens ne parlent pas le polonais dans les rues de Vilius. Ceux qui ne maîtrisaient pas le lituanien ont été licenciés de leur travail. La cruauté du gouvernement s'est manifestée également par l'expulsion de la région non seulement des réfugiés de guerre, mais aussi les soi-disant "nouveaux arrivés", c'est-à-dire ceux qui, selon les Lituaniens, n'étaient pas indigènes. Ils étaient expulsés vers d'autres régions de la Lituanie mais aussi en Allemagne et en URSS, en accord avec celles-ci… Par conséquent, non seulement les réfugiés de guerre ont perdu leur citoyenneté, mais aussi beaucoup de personnes qui vivaient dans cette région sous le gouvernement polonais".

    Le Département de la sécurité nationale du Ministère lituanien de l'Intérieur et la Gestapo ont conclu un accord secret, selon lequel les services de renseignement lituaniens pouvaient faire passer dans les mains de leurs homologues allemands les militants clandestins polonais et les Polonais dont les autorités lituaniennes voulaient se débarrasser. On peut bien s'imaginer, quel "accueil chaleureux" attendait les Polonais dans le Troisième Reich hitlérien…

    Une fois de plus, les Lituaniens ont perdu la possibilité d'être maîtres de leur propre capitale le deuxième jour de la Grande guerre patriotique, quand les Nazis sont entrés à Vilnius. Trois ans plus tard, le 13 juillet 1944, la ville était libérée des envahisseurs. Pour les écoliers et les étudiants lituaniens, je signale que cela n'a pas été fait par les "frères de la forêt", mais par l'Armée Rouge.

    Nul autre que Joseph Staline, maudit par les autorités lituaniennes et les nationalistes lituaniens, a rendu à la Lituanie sa capitale pour la troisième fois après l'expulsion des nazis allemands et leurs collaborateurs.

    Dmitri Koulikov,  membre du Club Zinoviev de Rossiya Segodnya
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    Il a également transmis à la Lituanie Klaipėda et sa région. Il aurait pu ne pas le faire. La ville fondée en 1252 par les chevaliers allemands a appartenu à la Prusse pendant des siècles et s'appelait Memel. Elle n'est devenue une partie de la Lituanie qu'en 1923. Et 16 ans plus tard, le chancelier du Troisième Reich, en accord avec le gouvernement lituanien, a remis Memel à l'Allemagne. Donc quand après la fin de la guerre, la Prussie orientale a été transmise à l'URSS, Staline aurait bien pu garder Klaipėda et sa région en tant que partie de la République socialiste fédérative soviétique de Russie. Mais il l'a remise à la RSS de Lituanie.
    Parmi les autres cadeaux de Staline figure aussi la station balnéaire Druskinikai. En octobre 1940, Staline transéférait à la Lituanie Druskieniki, qui faisait auparavant partie de la République socialiste soviétique de Biélorussie. Le même sort a été réservé à Švenčionys et à la station de chemin de fer Godoutichki (Adutiškis) avec les villages environnants qui faisaient également partie de la RSS de Biélorussie.
    PS. L'étude des raisons de la générosité vraiment phénoménale du camarade Staline à l'égard de la Lituanie représente un problème scientifique important. Il est grand temps pour les collègues lituaniens de se fixer cet objectif et de découvrir enfin la vérité. Sinon, l'image des conséquences de "l'occupation soviétique" ne serait pas complète…


    Oleg Nazarov, docteur en histoire, membre du Club Zinoviev de Rossiya Segodnya

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