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    Tatline et Rodtchenko: reconstruire les mondes

    Tatline et Rodtchenko: reconstruire les mondes

    Photo: RIA Novosti
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    La Galerie Tretiakov de Moscou a réuni dans un seul et même espace d’exposition deux figures emblématiques de l’avant-garde russe pour présenter au public les nouvelles reconstructions de leurs célèbres réalisations.

    Les oeuvres d'Alexandre Rodtchenko et Vladimir Tatline sont exposées à la Galérie Tretiakov.

    Dans les années 20, ces deux artistes ont fait équipe pour créer un nouveau mouvement esthétique, qui devait déterminer dans une grande mesure l’évolution de l’art mondial. Au nom de Tatline, ce fondateur du constructivisme et inventeur des formes nouvelles, sont associées les expériences les plus hardies et fantastiques du siècle. C’est grâce à lui que la peinture, plate jusqu’ici, est devenue tridimensionnelle. Quant à Rodtchenko, on l’appelle à juste titre le fondateur du design et de la publicité en Union Soviétique. Le maître avait, par exemple, brillamment incarné ses principes dans le projet du «Club ouvrier» conçu en 1925 pour le pavillon russe à l’Exposition des arts décoratifs et industriels à Paris. Son projet était révolutionnaire pour son temps, estime Tatiana Goriatcheva, commissaire de l’exposition déployée en Galerie Tretiakov.

    Un design simple et fonctionnel

    "Le pavillon russe était construit sur les plans de l’éminent architetecte constructiviste Konstantin Melnikov, alors que Rodtchenko était chargé de réaliser les intérieurs du «Club ouvrier», établissement très populaire dans les années 1920", raconte Tatiana Goriatcheva. "Il fallait, d’une part, montrer la nouvelle esthétique constructiviste de l’art soviétique, et d’autre part, faire valoir la nouvelle idéologie du quotidien de l’ouvrier soviétique. L'intérieur du club était conçu pour s’adapter à n’importe quel local et devait être fonctionnel avant tout. C’était d’ailleurs le principe sur lequel était bâtie l’esthétique nouvelle qui privilégiait les objets simples, fonctionnels et facilement transformables. Tout le mobilier du «Club ouvrier» s’inspire justement de ce principe".

    "Le bureau transformable, des rayons de bibliothèque pourvus d’un tambour à huit faces que le visiteur faisait tourner pour s’informer, la tribune d’orateur pliable équipée d’écran pour projection de diafilms, la table d’échecs avec une planche pivotable sont autant d’objets qui impressionnaient beaucoup les gens il y a cent ans! Ils sont si familiers aujourd’hui qu’on ne les remarque même plus", note Goriatcheva.

    Qu’on le veuille ou non, mais l’esthétique du constructivisme avait dans une grande mesure déterminée notre perception du monde. Tout ce qui nous semble aujourd’hui simple, pratique, fonctionnel, qui meuble notre quotidien, plonge ses racines dans le constructivisme.

    «Le Club ouvrier» exposé à la Galerie Tretiakov est une reconstruction du projet d’Alexandre Rodtchenko pour lequel il a reçu la médaille d’argent à l’Exposition universelle de Paris. D’ailleurs, le club a été assemblé par des maîtres français au départ des plans et croquis en aquarelle fournis par l’auteur. Après l’exposition, l'intérieur du cub a été offert en cadeau au Parti communiste français (PCF). La reconstitution actuelle a été réalisée en 2008 par des spécialistes allemands pour l’exposition à Baden-Baden et offerte à la Galerie Tretiakov en signe de reconnaissance de sa grande contribution à l’organisation des expositions de l’art de l’avant-garde russe dans les plus grands musées européens.

    Les travaux de Tatline au service de la révolution communiste

    L’œuvre de Vladimir Tatline, compagnon d’idées de Rodtchenko et auteur du projet fantastique et jamais réalisé des «Tours de la IIIème Internationale», se décline également en un foisonnement des reconstitutions. Il s’agit d’un édifice grandiose, véritable monument de la révolution communiste qui ressemble à la Tour de Babel au moment de sa destruction et symbolise l’idée du renouveau universel.

    L’exposition à la Galerie Tretiakov présente surtout les reconstructions des contre-reliefs, sorte d’image tridimensionnelle inventée par Tatline. Il ne reste plus que deux «tableaux» authentiques de ce genre et les reconstructions ont été réalisées sous la direction de Dmitri Dimakov qui regrette que si peu de choses de l’héritage artistique de Tatline se soient préservées jusqu’à nos jours.

    "Tatline est aujourd’hui perçu comme un classique de l’avant-garde russe", raconte Dmitri Dimakov, "Comme une figure charismatique qui générait de grandes idées qui étaient souvent rejetées parce qu'elles étaient très en avance sur leur temps".

    Dans ces contre-reliefs, Tatline mettait côte à côte le métal, le bois et des matériaux de fortune. Les spécialistes affirment que par ces travaux l’artiste a préfiguré les principes du biodesign qui tiennent compte des lois de la nature vivante. Prenons aussi les objets de la vie de tous les jours et les vêtements dessinés par Tatline qu’on voit à l’expostion. Ils frappent par leur simplicité et leur caractère fonctionnel et surprennent par leur modernité, comme ce complet blanc pour homme ou le pardessus avec un col fourré amovible... Les modèles proposés par Tatline pour la production industrielle au début du vingtième siècle semblent renaître à la vie dans la récente collection présentée comme travail de diplôme par une étudiante de l’Ecole des arts et métiers de Moscou qui a créé une gamme entière de vêtements pour les jeunes s’inspirant des modèles de l’artiste.

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