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    C’est Viktiouk, il peut tout…

    C’est Viktiouk, il peut tout…

    Photo: RIA Novosti
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    «Je suis pessimiste au quotidien mais j’ai des convictions d’optimiste», c’est en ces termes que se définit Roman Viktiouk, metteur en scène russe connu à l'international, qui a fêté ses 75 ans le 28 octobre.

    «Je suis pessimiste au quotidien mais j’ai des convictions d’optimiste», c’est en ces termes que se définit Roman Viktiouk, metteur en scène russe connu à l'international, qui a fêté ses 75 ans le 28 octobre.

    Une gitane lui avait prédit dans l’enfance qu’il deviendrait un chef d’ochestre. «La prédiction s’est réalisée mais pas à la lettre parce qu’elle devait s’interpréter comme l’accomplissement d’une "musique de la vie"», raconte Roman Viktiouk.

    «Je crois que tout est prédéterminé dans la vie. L’homme a beau vouloir tout faire à sa façon parce que les pouvoirs supérieurs connaissent à l’avance toutes les voies, tous les obstacles, toutes les envolées et les chutes».

    «L'image canonique» de Roman Viktiouk allie lunettes noires et tenue fantaisiste dans un style ethnographique indéterminé à un discours enflammé émaillé d’expressions ampoulées, d’aphorismes et ... de langage grossier. Personne ne s’en étonne parce que tout le monde sait qui est Viktiouk et qu'il peut se le permettre. Mieux encore, il se donnait cette liberté à l’époque où la censure soviétique emprisonnait tout le monde dans son carcan idéologique. Le jeune Roman Viktiouk faisait alors partie des metteurs en scène réprimés mais arrivait toujours à mettre en scène les spectacles qu'il voulait. C’est le cas de ses «Servantes» de 1988, une adaptation de la pièce de l’auteur français d’avant-garde Jean Jeunet qui connaît toujours un grand succès mondial. C’est une sorte de «rituel théâtral» racontant le conflit entre la liberté individuelle et la société qui réglemente tous les aspects de la vie humaine. Une audace inimaginable à l’époque soviétique surtout quand on sait que tous les rôles féminins étaient confiés à des hommes! Son spectacle «Mme Butterfly» par lequel Viktiouk a inauguré son propre théâtre à Moscou, est devenu non seulement l’évènement théâtral le plus scandaleux des années 1990 mais encore un symbole de la nouvelle époque rendant à l’artiste la liberté de création. «D’ailleurs, on ne sait pas trop ce qui, de l’interdit ou de la liberté, stimule le mieux la création», affirme Roman Viktiouk et dit en méditant sur notre temps, que la censure idéologique a définitivement basculé dans le passé.

    «La liberté totale existe parallèlement à une absence totale de liberté. Nous vivons une époque où l’art est réduit à son aspect primitif, il faut amuser le public après un bon repas. C’est tellement corrosif que le talent se volatilise immédiatement. Ceux qui s’efforcent de ranimer l’intérêt du public avec toutes sortes d’artifices ne se rendent pas compte que ce sont des bulles de savon qui éclatent et que tout s’arrête là. L’art est un chant vibrant fait pour glorifier l’amour! Aujourd’hui, alors que l'amour agonise, alors qu'il est devenu une fleur rare, le théâtre est l’unique endroit qui porte son message».

    C’est pour cette raison que Roman Viktiouk a monté pour son anniversaire le spectacle d’après la pièce de Schiller «Intrigue et Amour». En 1969 déjà il mettait en scène pour la première fois ce grand drame et son spectacle était pénétré d’une compassion fervente pour les jeunes héros luttant pour leur amour. Sa nouvelle version du sujet schillérien a pris la forme d’un procès. Le metteur en scène a l’intention de faire réfléchir le public à l’absurdité de l’existence en marge de l’amour et peut-être aussi à ce qui fait le bonheur de l’homme...

    «Le bonheur n’est qu’un intermède entre deux malheurs», estime Roman Viktiouk. «Il faut toujours se rappeler que le bonheur ne se gagne pas de haute lutte et que l’existence égale la transparence».

    «Les rêves ne se réalisent pas tous seuls», ajoute le metteur en scène. «Il n’y a que le destin qui peut s’accomplir».

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