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    « Une dynamique imprimée dans l’argile. Au commencement était l’argile … »

    « Une dynamique imprimée dans l’argile. Au commencement était l’argile … »

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    Au commencement était l’argile, puis l’argile se fit animal, puis l’animal, dans sa grâce débridée, étreignit les savanes africaines. Enfin, les deux énergies fusionnèrent. Derrière cette dialectique enchanteresse on devine un démiurge au talent aussi simple qu’infini.

    Au commencement était l’argile, puis l’argile se fit animal, puis l’animal, dans sa grâce débridée, étreignit les savanes africaines. Enfin, les deux énergies fusionnèrent. Derrière cette dialectique enchanteresse on devine un démiurge au talent aussi simple qu’infini. Simple comme une poignée de terre desséchée sous d’implacables soleils. Infini comme la terre en soi. Le soleil. Je vous présente M. Gambino, sculpteur animalier ferré de tous ses doigts, imagination sans frontière trempée dans un esprit aussi peu conformiste qu’européocentriste et… anthropocentriste. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas au cœur des frontières de notre bonne vieille Europe que ce roi de l’argile va chercher son inspiration, mais en Afrique. Ce n’est pas l’homme, dans une certaine mesure défini, achevé, parachevé, voire plat, qu’il reproduit à sa façon, mais les animaux. Surtout et avant tout les animaux sauvages dont la démesure si naturelle ne se plie pas aux exigences restrictives du temps, de l’évolution. J’ai toujours admiré les gens qui avec littéralement rien se faisaient forts de faire tout. Leur exemple vient contrer le vieil axiome grec clamant que quelque chose ne saurait procéder de rien. Or, voici qu’avec un peu de terre, un four, une spatule et une paire de mains, on arrive à un résultat magique. Qui d’entre nous en ferait autant ? Une minorité infime.

    Mr. Gambino nous a gentiment accordé un entretien, expliquant, dans un style laconique et précis, son attirance pour le naturel primitif et la complexité subtile du mouvement animal.

    La Voix de la Russie : M. Gambino, vous êtes l’un des représentants de ce qu’on appelle l’art animalier. Pourquoi cet intérêt particulier pour les animaux, notamment les animaux d’Afrique ?

    M. Gambino : Ce que je représente dans ma sculpture, c’est l’instinct. Ce qui m’attire chez les animaux, c’est donc leur côté instinctif, leur force … plus que chez l’homme. Bien sûr, c’est beaucoup moins objectif. (…).

    La Voix de la Russie : Vous avez commencé à vous initier à l’art en partant de la musique. Est-ce que ce démarrage musical a influencé votre conception de la sculpture, la spontanéité de vos réalisations ?

    M. Gambino : Oui, bien sûr ! D’abord par rapport au sentiment de continuité que donne la musique ! Ensuite, quand il est question d’exprimer une certaine sinuosité, une certaine mélodie, surtout sur les dernières pièces, j’essaye de faire quelque chose d’assez rapide, comme un chef d’orchestre avec une baguette … seulement moi je travaille avec une spatule.

    La Voix de la Russie : Qu ’est-ce qui vous a poussé à abandonner la musique au profit de la peinture ?

    M. Gambino. Je crois que j’ai toujours eu envie de faire de la sculpture. Déjà, lorsque j’étais petit, j’aimais toucher la terre. Et puis la musique m’offre moins de liberté. C’est en premier lieu une interprétation de ce qui a déjà été fait, tandis que la sculpture, c’est de la création propre.

    La Voix de la Russie : Parmi les œuvres que vous avez crées, quelle est (ou quelles sont, éventuellement) celle (s) que vous préférez ? Celle (s) que vous mettriez dans votre salon pour les contempler sans jamais vous en lasser ?

    M. Gambino. C’est avant tout « Sous le soleil » qui représente un couple de lions, un lion et une lionne et c’est aussi ma dernière pièce, ce puma, là-bas, qui ouvre vers autre chose, vers un autre horizon … une chose beaucoup plus aérienne.

    La Voix de la Russie. Quelles sont vos impressions de la Russie ? C’est votre premier voyage dans ce pays ?

    M. Gambino : Oui, c’est mon premier voyage, je suis là depuis trois jours. La première impression qui ressort de l’ensemble, c’est celle de l’énergie. Notamment dans la capitale.

    La Voix de la Russie : C ’est-à-dire ?

    M. Gambino : Une sensation d’énergie, dirais-je, créative. Une énergie qui ressemble en beaucoup à ce que je fais. Quelque chose d’assez spontané. On essaye de prendre un peu de tout ce qui vient de l’extérieur et puis essayer de retranscrire selon l’âme russe (italique de l’auteur). On sent une force (…)

    La Voix de la Russie : Est-ce que vos impressions de la Russie coïncident avec vos attentes ?

    M. Gambino : Oui, ça correspond plus ou moins à l’idée que l’on se fait de la Russie. Et puis j’avais déjà vu quelques russes sur Paris … ça donne une idée assez nette (…).

    La Voix de la Russie. Est-ce qu’il y a quelque chose que vous aimeriez essayer dans la sculpture que vous n’avez jamais encore essayé.

    M. Gambino : Oui, probablement au niveau des matériaux. Par exemple, la résine transparente.

    La Voix de la Russie : Qu ’est-ce que ça donne comme effet ?

    M. Gambino : Un effet de transparence avec des incrustations à l’intérieur. Par contre, ce ne serait pas sur des félins, ceux-ci étant tout de même des animaux fétiches. Ce serait plutôt sur les poissons (…).

    Les œuvres de M. Gambino m’ont laissées pensive. Cette soif insatiable d’instinct dont parle chaque millimètre de ses fougueuses créations, chaque fissure dans la pierre, chaque coup de spatule assené au museau d’un félin respirant la rébellion, cette soif renvoie à celle de l’originel toujours vivant dans l’inconscient ancestral. Or, cet héritage dont nous nous éloignons si souvent et qui pourtant est une constante irremplaçable dans un monde en pleine ébullition est justement et heureusement entretenu par des créateurs tels que M. Gambino. Outre cela, raisonnant en termes philosophiques, ses chefs-d’œuvre dévoilent une synergie pétillante qui est celle du tout et du rien, du primitif et du sophistiqué dans les détails. Bonne continuation, M. Gambino ! /L

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