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    Léopold Tchape Sidjui, soliste du groupe Maroussia, sur la place Rouge

    Aller à l'Eurovision en tant que candidat russe? Une bonne chose, mais...

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    Eurovision 2017 (57)
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    Léopold Tchape Sidjui ne nourrit pas d'illusions quant au parcours de son groupe Maroussia. Ils vont s'essayer dans de nouveaux genres, tout en poursuivant leur principale tâche de rendre la musique un champ d'unité pour les nations mais l'Eurovision, qui crée de plus en plus de scissions entre les pays, ne fait plutôt pas partie de leurs projets.

    Le groupe folklorique Maroussia est connu pour ses interprétations des chansons traditionnelles russes, une idée appréciée par ses fans de plus en plus nombreux. Mais d'où est venue cette idée?

    Les origines de Maroussia

    Le parcours du groupe a démarré avec la chanson "Ой, мороз, мороз"(Oh, le gel, le gel). A l'époque, Léopold qui est actuellement soliste du groupe a dû la chanter lors du concert de fin d'année à la faculté des metteurs en scène. Sa manière de l'interpréter a eu du succès, et ainsi a fait naître l'idée de créer un groupe.

    "J'ai trouvé des participants pour le groupe, nous avons commencé à faire des répétitions", raconte Léopold, toujours inspiré. "Moi particulièrement, j'étais très impliqué parce que je suis un homme de culture. Pour moi, c'était comme un crédo. Et j'ai pris la peine d'influencer positivement les autres participants".

    "Une complicité dans la culture russe et la culture africaine"

    Certes, il n'était pas facile de se plonger tout à coup dans une culture tout à fait nouvelle, d'arriver sur un territoire où tout te semble nouveau. Curieusement, les chansons traditionnelles russes ont aidé Léopold à mieux comprendre le pays.

    "Quand tout te semble nouveau, tu as besoin de t'accrocher à un certain nombre de choses pour ne pas t'égarer. Et quand j'ai commencé à chanter la musique russe, j'ai essayé de lire la traduction de ces textes, j'ai compris qu'il y avait une certaine complicité dans la culture russe et la culture africaine: une complicité sur le plan historique.

    Parce que la culture des cosaques, c'est la culture, si je ne me trompe pas, des soldats qui sont prêts à se sacrifier pour libérer le peuple. Et si on remonte un peu dans l'histoire, lors de la colonisation des pays africains, c'était les nationalistes en Afrique qui étaient prêts à sacrifier leur vie pour sauver les peuples", souligne-t-il.

    Lorsqu'on quitte son pays et rencontre une autre culture, différente, mais qui ne s'éloigne pourtant pas de la sienne, pourquoi ne pas essayer de comprendre mieux le fonctionnement de cette culture?, s'interroge-t-il.

    "On ne doit pas vivre dans un pays en retrait", poursuit-il. "Il y a un célèbre écrivain qui a dit: si tu veux vivre avec un peuple, il faut connaître sa culture. J'ai essayé de connaître sa culture".

    Léopold Tchape Sidjui, soliste du groupe Maroussia devant la cathédrale Saint-Basil sur la place Rouge
    © Sputnik . Ekaterina Yanson
    Léopold Tchape Sidjui, soliste du groupe Maroussia devant la cathédrale Saint-Basil sur la place Rouge à Moscou

    Maroussia dans l'avenir

    Aujourd'hui, étant déjà à peu près expert en culture russe, Léopold est fier de partager les projets de son groupe qui n'entend pas se limiter uniquement au niveau de la musique folklorique. Ainsi, ils projettent d'étendre son champ d'action, d'écrire des chansons personnelles.

    On n'essaie pas de faire de la musique commerciale, mais de faire de la musique qui va vivre à travers le temps, un projet ambitieux mais honorable.

    "Ce sont des musiques qui portent à se poser des questions sur le sens de la vie, sur le sens de l'amitié, sur le sens du demain", explique Léopold.

    Il faut créer de la musique dont le monde a besoin, est-il persuadé. Et c'est la musique non vaine mais qui transmet un message: l'amour entre les peuples.

    "L'amour entre les peuples parce que tout le monde est au courant de ce qui se passe dans le monde aujourd'hui: la politique qui essaie de diviser les peuples, la religion qui essaie de mettre des barrières entre les différentes nations".

    On n'a pas besoin de parler français ou anglais ou bien chinois pour écouter de la bonne musique, on l'écoute parce qu'elle fait vibrer le cœur, met-il en valeur. Ainsi, il faut passer le message que la culture doit être le facteur de l'union de tous les peuples.

    "Certaines personnes peuvent ne pas regarder les événements politiques qui se passent aujourd'hui, et en écoutant cette chanson, elles peuvent oublier leurs intérêts personnels et essayer de tendre la main à d'autres personnes, essayer de prêter main forte à qui que ce soit. Donc, notre message particulier dans le groupe Maroussia, c'est unir les peuples à travers la culture".

    Léopold Tchape Sidjui, soliste du groupe Maroussia sur la place Rouge
    © Sputnik . Ekaterina Yanson
    Léopold Tchape Sidjui, soliste du groupe Maroussia sur la place Rouge

    Eurovision

    Participer à l'Eurovision en tant que candidat russe? Léopold n'hésite pas en répondant que ce serait une bonne chose mais… une illusion à la fois.

    "Ce serait une bonne chose, que le gouvernement russe ou les artistes de la communauté artistique russe jettent un coup de regard sur notre mouvement culturel et qu'ils essaient de juger en bonne foi ce que nous faisons, qu'ils n'essaient pas de nous taper les mains dessus, qu'ils essaient de juger s'il y a des choses que nous ne faisons pas dans un bon sens, qu'on essaie de nous dire comment cela doit se faire parce que notre activité, on ne fait pas cela pour blesser qui que ce soit, on ne fait pas cela pour se moquer de la culture", estime le soliste de Maroussia.

    Or, on fait souvent de la culture en souhaitant que ce soit un pain quotidien, que ça rapporte quelque chose dans notre poche. Mais la mission de Maroussia n'est pas là.

    "Nous essayerons toujours de nous battre pour l'unité des peuples, pour l'unité de la culture, la culture doit être un champ d'unité pour les nations. Donc aller à l'Eurovision? Je pense que ce serait une bonne chose. Mais pour moi personnellement, j'essaye d'être réaliste, c'est une illusion. Mais une illusion peut devenir réalité, qui sait", résume Léopold.

    Léopold Tchape Sidjui, soliste du groupe Maroussia
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    Léopold Tchape Sidjui, soliste du groupe Maroussia
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