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    Une fantasy steampunk sur le dernier Tsar: pourquoi faut-il aller voir «Matilda»

    Une fantasy steampunk sur le dernier Tsar: pourquoi faut-il aller voir «Matilda»

    © Photo. Rock Films (2017)
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    Dimitri Boschmann
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    Matilda a fait salle comble à Paris, en ouvrant le festival Regards de Russie. Le film d’Alexeï Outchitel sur les amours du futur Nicolas II et d’une ballerine polonaise doit en partie sa notoriété à la polémique qui a entouré sa sortie. C’est sans doute la dernière raison d’aller voir un film aussi peu historique que merveilleusement beau.

    43 requêtes auprès du parquet général, pas moins! Voilà qui démontre l'opposition de Natalia Poklonskaïa, une députée criméenne, à Matilda. Le dernier film d'Alexeï Outchitel, qui narre l'histoire d'amour entre le jeune tsarévitch (futur Nicolas II) et la ballerine polonaise Matilda Kschessinska, doit une bonne partie de sa notoriété en France à sa mauvaise réputation chez les ultra-orthodoxes russes.

    Natalia Poklonskaïa estime en effet que de parler des coucheries du dernier tsar est un blasphème.

    De fait, la famille de Nicolas II a effectivement été canonisée par l'Église orthodoxe russe comme «nouveaux martyrs», en raison de leur assassinat brutal en 1918 et le nom de Nicolas II est devenu presque sacro-saint chez certains monarchistes religieux.

    Certains ont même voulu faire «justice» eux-mêmes. Ainsi, un individu a-t-il même essayé de brûler un cinéma à Ekaterinbourg (la ville où Nicolas II a été assassiné). Une série d'incidents similaires a conduit à l'arrestation de plusieurs membres de l'organisation extrémiste dénommée «État chrétien».

    Pourtant, ceux qui à force d'avoir trop lu la presse comptent y trouver une tribune anti-tsariste seront déçus. Il s'agit d'un conte merveilleux, presque disneyen (eh oui, chez Disney, on adore aussi les Romanov). S'il est basé sur la vraie histoire d'amour entre le prince héritier et une danseuse du théâtre Mariinsky, il n'y a pas plus de souci d'exactitude historique dans Matilda que dans Les Trois mousquetaires. Ainsi, contrairement à ce que l'on voit dans le film, la maîtresse de Nicolas II n'a-t-elle pas perturbé son sacre et le jeune Tsar ne s'est-il pas rendu sur le terrain de la tragédie de Khodynka, cette horrible bousculade qui a fait plus de 1.300 morts le jour de son sacre.

    Il y a en fait au moins trois raisons d'aller voir le film:

    La beauté

    © Photo. Rock Films (2017)

    Si le film se permet certaines inexactitudes historiques, il reste extrêmement précis dans son côté visuel. Profitons des intérieurs impériaux de quatre palais: les Palais Catherine, Alexandre, Elaguine et Ioussoupov de la Moïka. La scène du Mariinsky, les robes et les uniformes, tout cela concourt aussi à l'enchantement de l'œil. Le sacre de Nicolas II a l'air incroyablement authentique notamment grâce à… l'atelier des frères Lumière. Ce sont trois opérateurs de l'atelier qui ont réalisé le tournage du couronnement de Nicolas en 1896. Ce premier film dans l'histoire du cinéma russe a été récemment restauré, ce qui a permis à l'équipe de Matilda de recréer jusque dans ses plus petits détails l'ambiance de la cérémonie.

    Le classement «16 ans et plus» a permis au film de retrouver la même légère touche d'érotisme qui contribue au succès des séries de la chaîne américaine HBO. Pourtant, Matilda a encore mieux relevé le défi que Game of Thrones, car les seins de la ballerine jouent un rôle important dans le sujet.

    Une fantasy steampunk

    Outchitel ne montre pas seulement la Belle époque russe, il l'exagère presque. Le rétrofuturisme de Matilda frise le genre fantasy. On n'y voit presque pas la vieille Russie agricole: bien au contraire, le réalisateur montre la crème de la crème de la technologie de l'époque: Montgolfières, motos, mécanismes sophistiqués et machines à vapeur. Outre ces appareils impressionnants, mais réels, on y retrouve des éléments purement fantastiques: un énorme bassin en verre où le diabolique Dr Fischer torture un prisonnier ou encore une image holographique de Matilda, que le docteur montre à la future tsarine, son adversaire.

    Un casting international impressionnant

    Les deux principaux personnages sont interprétés par des acteurs étrangers: la Polonaise Michalina Olszańska joue Matilda Kschessinska (elle aussi d'origine polonaise), alors que le rôle du tsarévitch est confié à Lars Eidinger membre de la fameuse troupe berlinoise de la Schaubühne. L'actrice Luise Wolfram, qui joue la future tsarine, une princesse allemande, est elle-même allemande (collègue d'Eidinger à la Schaubühne). Finalement, la Française Sarah Stern joue la principale concurrente artistique de Matilda, Pierina Legnani. De tous ces étrangers seule la voix de la Française n'a pas été doublée au montage et elle est très fière pour son russe!

    Où le voir en France?

    Malgré le franc succès de la première parisienne, les grands distributeurs français n'ont pas encore acheté le film. Ainsi, Kira Saksaganskaya, la productrice du film qui l'a présenté à Paris, n'a pas pu répondre à Sputnik sur le nombre de salles prévues en Europe. Pourtant, elle a reconnu que les négociations étaient en cours et qu'elle restait optimiste à ce sujet.

    Voici le programme du festival Regards de Russie.

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    Tags:
    cinéma, Mathilde (film), Regards de Russie 2017, Église orthodoxe russe, Luise Wolfram, Pierina Legnani, Sarah Stern, Lars Eidinger, Michalina Olszańska, Mathilde Kschessinska, Natalia Poklonskaïa, Alexeï Outchitel, Nicolas II (empereur russe), Paris, France, Russie
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