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    L’amour du patrimoine, trait d’union entre ces bénévoles français et russes

    © Sputnik . Evgenia Novozhenina
    Culture
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    Oxana Bobrovitch
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    C’est la deuxième année de suite que des chantiers de restauration en France et en Russie accueillent des équipes mixtes de bénévoles. Ainsi, les associations REMPART et VOOPiK collaborent-elles via le projet Mission Patrimoine France-Russie. Sputnik France a rencontré des volontaires des deux pays pour comprendre leurs motivations.

    L'Union REMPART, contrairement à ce que laisse entendre son acronyme, n'est aucunement un obstacle, mais une porte grande ouverte. Et depuis plusieurs années, REMPART (Réhabilitation et Entretien des Monuments et du Patrimoine ARTistique), s'est associée avec la Société russe pour la protection des monuments historiques et culturels (VOOPiK) dans l'accueil de bénévoles sur des chantiers de restauration ouverts à tous, sans condition de diplôme ni d'expérience.

    La saison 2018 est particulièrement riche en accueils «croisés» entre la Russie et la France: dix-neuf Français ont travaillé sur cinq chantiers de restauration à Moscou et dans d'autres villes russes, près de Riazan et de Saint-Pétersbourg, et plus d‘une vingtaine de Russes ont mis la main à la pâte sur une dizaine d'ouvrages en France.

    Sputnik est allé à la rencontre de ces bénévoles sur les chantiers à Berzy-le-Sec, un village de 400 âmes à quelques kilomètres de Soissons, dans les Hauts-de-France. Berzy-le-Sec, qui doit son nom à l'absence de ruisseaux et de sources aux alentours, est surtout connu pour son église romane du XIIe siècle, avec ses fresques datant environ de la même époque, et les ruines d'un château du XII-XIVe. Depuis plus d'une vingtaine d'années, ce château fait l'objet d'une restauration scientifique. Particularité de ce chantier: des dizaines de bénévoles gonflent chaque été des équipes, sous la direction pédagogique de professionnels.

    Bruno Lestrat, le chef de chantier, joue depuis 1998 les grands seigneurs du château désaffecté de Berzy-le-Sec. Il a toute légitimité à le faire, puisque Bruno a grandi avec le château… et que le château grandit maintenant avec lui, en se relevant de ses ruines grâce au travail acharné de l'Association de la Sauvegarde du Patrimoine de l'Aisne Méridionale (ASPAM), fondée par Bruno. L'association s'occupe de l'animation et de la sauvegarde du patrimoine historique en milieu rural soissonnais. Ce qui veut dire qu'elle s'occupe non seulement du gros-œuvre, où il ne faut pas avoir peur de salir ses mains, mais également des fêtes médiévales, en utilisant le château en toile de fond.

    L'année 2001 a marqué une nouvelle étape pour l'ASPAM: l'association s'est alliée à l'union REMPART. Depuis, ses chantiers deviennent internationaux, on y entend parler des langues étrangères. Cette année, deux bénévoles russes- Alevtina Akimova et Marina Agafonova- se sont jointes à la restauration du Château et de l'église de Berzy-le-Sec, ainsi que de la petite église de Noyant.

    «On travaille sur l'ensemble des corps d'état liés à la restauration du patrimoine: taille de pierre, maçonnerie, charpente, vitrail, couverture, détaille Bruno Lestrat. Chaque atelier est encadré par des professionnels qui apprennent aux bénévoles comment travailler les matériaux, mais ils appliquent également leurs connaissances pour mettre en œuvre les travaux que nécessite la restauration.»

    Comme il s'agit de travailler sur un monument classé, avec un cahier des charges strict, les bénévoles ne sont pas laissés sans surveillance, et seuls ceux qui acquièrent une maîtrise suffisante obtiennent le droit de s'attaquer à la restauration des pièces précieuses du château.

    «Il y a un soin à apporter sur la qualité et la transmission du savoir-faire pour que les bénévoles qui ne sont pas du métier sachent faire les travaux qu'on leur demande,» précise Bruno Lestrat.

    Les deux bénévoles russes de cette année affirment d'une seule voix que leur motivation était de découvrir la France d'une manière active, en lien fusionnel avec les personnes partageant leur attirance envers la culture et le désir de connaître d'autres horizons.

    C'est un cas plutôt typique sur le chantier, même s'il y a autant de parcours que de personnes accueillies. On y croise ceux qui sont là pour découvrir la France et perfectionner leur français, d'autres viennent passer des vacances utiles ou apprendre un métier lié au patrimoine; pour quelques-uns, cette découverte les orientera dans leur choix professionnel.

    «Sur un espace de temps très réduit, vous pouvez voir tous les corps de métier d'art qui permettent de restaurer notre patrimoine, dit Bruni, on peut avoir une vue d'ensemble du métier de restaurateur.»

    En effet, une palette complète de métiers est servie sur un plateau au sein d'un seul et unique chantier! On retrouve un atelier de vitraux dans l'église, en bonne compagnie avec l'atelier de moulage, qui fait des copies d'éléments de sculpture afin de les restituer un jour. Les maçons restaurent complètement le parapet du chemin de ronde dans son dernier état connu, ainsi qu'une fenêtre —une baie à croisées à meneaux.

    «Nous privilégions les "circuits courts", précise Bruno Lestrat. Nous utilisons au maximum les matériaux locaux: on réalise les tuiles, on les cuit sur place. La quincaillerie, la menuiserie et le reste sont également fabriqués sur place.»

    Malgré son approche très «localiste», l'association compte sur des injections financières extérieures: le budget des chantiers est financé à 50% par les bénévoles qui payent leur participation, le reste provient de subventions des communes, du département, de la région, de l'État et de la Fondation du patrimoine. Il faut sans cesse jongler avec ces différents acteurs pour assurer la continuité des travaux. Mais le flot des bénévoles ne tarit pas: l'an dernier, ils étaient 513, de 16 ans à 75 ans, répartis sur 65 sessions.

    Lentement, mais sûrement, le Château de Berzy-le-Sec retrouve ses lignes d'antan: la chapelle, avec son toit en tuile et son sol vernissé, la charpente et ses poutres saines, la façade aux pierres intactes…. Mais il y a encore du travail pour les années à venir:

    «C'est un travail dont je ne verrais pas la fin, dit joyeusement Bruno Lestrat, mais notre idée directrice est de transmettre notre patrimoine au moins dans l'état actuel aux générations futures.»

    À Moscou, deux chantiers ont accueilli les bénévoles français en juillet et août 2018: au monastère Donskoï, fondé en XVIe siècle et connu également pour sa nécropole, et à la maison Palibine, l'un des rares témoignages de l'architecture individuelle en bois du début du XIXe siècle. L'année prochaine promet d'être encore plus riche: le campus au monastère Donskoï risque de grandir considérablement et d'accueillir jusqu'à 50 Français. Les dirigeants de VOOPiK ont mis en place plusieurs chantiers en dehors de Moscou, négocient avec Monastère Saint-Joseph de Volokolamsk, et prévoient même un campus à Iasnaïa Poliana, dans le domaine de Léon Tolstoï… De quoi ravir les admirateurs de la littérature russe.

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    Tags:
    patrimoine culturel, restauration, art, France, Russie
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