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    Nurbek Batulla, dans une danse « L'appel du commencement, Alif»

    «L'appel du commencement, Alif», une danse-réflexion sur la culture tatare

    © Photo. Ambassade Russie
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    Oxana Bobrovitch
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    L'ambassade de la Russie à Paris a accueilli pour une représentation unique le spectacle de danse «L'appel du commencement, Alif», lauréat du prix prestigieux russe «Le masque d'or». Sputnik est allé parler aux artistes.

    «Alif» est une performance-réflexion sur le destin de l'écriture tatare. On voit sur scène une expérience corporelle, laconique et profonde, sur la langue tatare, que beaucoup considèrent aujourd'hui comme éteinte.

    Au rythme méditatif du tambour ethnique daf, un danseur incarne par son corps les lettres arabes de l'alphabet tatar; l'une des chanteuses crie à haute voix leurs noms du fond de la scène. On entre au fur et à mesure dans une spirale envoûtante, qui nous mène vers les origines de la méditation. Le danseur s'accroupit, tombe à plat, se penche doucement dans différentes directions, debout et sautant, présente les courbes douces du cou et des bras.

    Dans l'interprétation plastique de Nurbek Batulla, les lettres arabes ne sont pas un arrêt sur image d'une posture inhabituelle, mais un mouvement coulant et en perpétuelle évolution. Le flot est ponctué par les nanosecondes d'immobilité du danseur: la lettre alif ressemble à un bâton vertical ordinaire. Alif, la première lettre de l'alphabet, symbolise l'origine mystérieuse de l'existence.

    Le spectacle comporte trois parties: dans la première, le danseur égrène les lettres tartares en écriture arabe, dans la seconde, la danse fusionne avec un poème classique de Ğabdulla Tuqay, un poète tatar, accompagné de musiciens et de chanteurs. Dans la troisième partie, la musique du compositeur contemporain Elmir Nizamov, spécialement écrite pour la pièce, s'ajoute à la lecture du poème «Tugan Tel» («La langue maternelle», en tatar).

    «La calligraphie arabe dansée, inventé par le chorégraphe Marcel Nuriev, ressemble à une lente danse rituelle. Le sable sous les pieds du danseur forme instantanément des nuages de poussière autour de lui —créant l'illusion que la danse de Nurbek est ancienne, vient du plus profond des siècles,» écrit la critique Anna Gordieeva.

    Avant la révolution 1917, la population tatare de la province de Kazan apprenait à lire et à écrire à partir du Coran, rédigé en caractères arabes. En 1927, quelqu'un eut l'idée d'imposer l'alphabet latin et, du jour au lendemain, toute la population devint «analphabète». Cet alphabet fut maintenu jusqu'en 1939, le temps qu'une génération acquière le niveau d'études secondaires. Là, on est passé au cyrillique.

    La langue, simplifiée à l'époque, a perdu sept lettres. Mais aussi la possibilité pour la population de visiter en toute simplicité son patrimoine culturel en écriture ancienne.
    Le metteur en scène Tufan Imamutdinov et le chorégraphe Marcel Nuriev ont lancé le pari de renouer le fil du temps déchiré par la volonté politique.

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    multiculturalisme, multiconfessionnel, chorégraphie, écriture, spectacle, culture, langue, danse, Tatars, Marcel Nuriev, Tufan Imamutdinov, Nurbek Batulla, Tatarstan, Paris
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