Ecoutez Radio Sputnik
    «Une jeunesse russe», un long-métrage d'Alexandre Zolotoukhine. Image du film

    «Une jeunesse russe», une vision émouvante de la Première Guerre mondiale

    © Photo. Image du film. Presse Studios "LENFILM"
    Culture
    URL courte
    Oxana Bobrovitch
    1230

    Pour présenter un instantané du cinéma russe, le festival du film «Quand les Russes s'enflamment» a récemment proposé à Paris une sélection de cinq films de jeunes réalisateurs, très récents et inédits en France. Sputnik France a parlé avec l'un d'eux, Alexandre Zolotoukhine, de son long-métrage, «Une jeunesse russe».

    «La Grande Guerre a été l'élément déclencheur de beaucoup d'évènements au XXe siècle», soulignait Alexandre Zolotoukhine dans son discours lors de la Berlinale l'année dernière. À l'occasion de l'anniversaire de la fin de cette catastrophe humaine qui a marqué l'Europe, plusieurs réalisateurs se sont penchés sur le destin de la génération qui l'a traversée. Le documentaire «They shall not grow old», de Peter Jackson, a été l'un des plus forts dans son désespoir…

    «Une jeunesse russe» Le réalisateur Alexandre Zolotoukhine lors du tournage.
    © Photo. Evgueni Taran. Studios "LENFILM"
    «Une jeunesse russe» Le réalisateur Alexandre Zolotoukhine (au centre) lors du tournage.

    Mais, paraît-il, jamais avant «Une jeunesse russe» n'avait-on regardé avec autant d'attention au fond des yeux d'un soldat russe se battant dans cette guerre «oubliée» pendant des décennies en Russie. C'est l'une des œuvres marquantes présentées lors du 5e festival du film russe, «Quand les Russes s'enflamment», du 11 au 19 mars à Paris.
    Aleksey, joué par Vladimir Korolev, est le personnage principal du film, un jeune paysan chétif et souriant, qui s'enrôle volontairement dans l'armée. Mais dès la première bataille, il est victime d'une attaque au gaz allemande et devient aveugle. Refusant d'être démobilisé, Alexey est versé dans une division antiaérienne, dans laquelle ce soldat aveugle a pour tâche «d'écouter le ciel» à l'aide d'un «radar sonore» et d'avertir les artilleurs antiaériens de l'arrivée imminente d'avions ennemis.

    • «Une jeunesse russe», un long-métrage d'Alexandre Zolotoukhine. Image du film
      «Une jeunesse russe», un long-métrage d'Alexandre Zolotoukhine. Image du film
      © Photo. Presse Studios "LENFILM"
    • «Une jeunesse russe», un long-métrage d'Alexandre Zolotoukhine. Image du film
      «Une jeunesse russe», un long-métrage d'Alexandre Zolotoukhine. Image du film
      © Photo. Presse Studios "LENFILM"
    • «Une jeunesse russe», un long-métrage d'Alexandre Zolotoukhine. Image du film
      «Une jeunesse russe», un long-métrage d'Alexandre Zolotoukhine. Image du film
      © Photo. Presse Studio "LENFILM"
    1 / 3
    © Photo. Presse Studios "LENFILM"
    «Une jeunesse russe», un long-métrage d'Alexandre Zolotoukhine. Image du film

    L'idée du réalisateur trentenaire Alexandre Zolotoukhine a mûri pendant presque une dizaine d'années.

    «Quand j'étais en troisième année, mon maître, Alexandre Sokourov, nous a conseillé d'établir une liste d'idées de films à réaliser durant notre vie, raconte le jeune réalisateur, à l'époque, j'ai listé plusieurs thèmes transversaux: "l'homme à la guerre", où les circonstances tragiques révèlent la vraie personnalité de l'homme, aussi bien son côté négatif que celui de l'amour, de la tendresse et de la compassion, puis "la vie en Russie au quotidien du début du XXe".»

    How do you DAU, vieux monde soviétique?
    © Sputnik . Oxana Bobrovitch
    Au moment où le réalisateur tombe par hasard sur des images de «détecteurs acoustiques» qui étaient utilisés lors de la Première Guerre mondiale, ses deux thèmes de prédilection, qui, à la première vue, n'avaient rien en commun, se croisent en un seul scénario celui d'«Une jeunesse russe» («Maltchik russkij», en russe). Tourné dans un esthétisme raffiné, rappelant les films documentaires en sépia ou les images d'archives, le ton choisi par le réalisateur est très sobre:

    «Le seul ton juste à adopter dans un récit sur la guerre, c'est le respect et la compassion», confie Alexandre Zolotoukhine à Sputnik.

    DAU, le dahu de l’Art contemporain?
    © Sputnik . Oxana Bobrovitch
    Mais le film surprend et heurte aussi le spectateur par un autre aspect, sonore cette fois-ci. La bande-son originale est issue d'une répétition d'orchestre interprétant le troisième concerto pour piano de Sergei Rachmaninov, composée cinq ans avant la guerre, une sorte de prophétie musicale, ressentie dans la musique. «Le son et son absence jouent un rôle important dans le film. Ce qui, bien sûr, semble logique: après tout, le héros est aveugle, écrit le critique Georges Nivat, mais dans le cas présent, le monde lui-même est construit par le son, bien qu'il s'agisse de cinéma. Ce film est comme les énormes oreilles de "l'écouteur", qui visent le ciel, dans lequel un seul oiseau vole.»

    «Le film est très finement stylisé, confie à Sputnik le critique Kirill Razlogov. La particularité principale de ce film est le montage parallèle d'images de la Première guerre mondiale avec une bande-son de la répétition d'orchestre, créant un contrepoint dans un style eisensteinien.»

    «D'une part, la musique de Rachmaninov est très puissante et émouvante», confirme le réalisateur. D'autre part, elle est douce et mélodique, elle correspond à l'histoire de notre héros, physiquement faible, mais fort d'esprit, qui doit faire face à de difficiles épreuves.»
    Alexandre Zolotoukhine avoue que le sujet historique est particulièrement compliqué à traiter pour un débutant, mais l'époque éloignée de 100 ans du spectateur est traitée à travers le prisme de l'image et non celui de la reconstruction historique. Pour ce fils d'aviateur militaire, s'inspirer de la peinture du début du XXe, des tableaux de peintres ambulants pour «reconstituer», «recomposer» le visage de cette guerre lointaine était plus important encore.

    «Nous étions moins intéressés par la partie historique que par les strates émotionnelles des destins. Mes souvenirs et impressions d'enfance de la vie dans les garnisons militaires ont influencé ma vision. Mon expérience personnelle a nourri le tableau d'ensemble.»

    Les détails ne se perdent pourtant pas dans ce tableau d'ensemble, puisque dans u souci de crédibilité, pour jouer les soldats allemands, le réalisateur a choisi de jeunes Allemands qui étudiaient en Russie. Pour le critique Kirill Razlogov, après le Festival de Berlin, où il a été remarqué, le film entame son ascension internationale. On peut espérer maintenant son succès en France.

    «On voit la jeunesse du réalisateur à travers les émotions du héros, précise M. Razlogov. On parle d'une manière attendrissante de l'univers cruel de la guerre, ça ne provoquera pas de réactions négatives.»

    Lire aussi:

    «Nous allons envoyer ces navires US au fond de la mer avec des armes secrètes», promet un général iranien
    La photo de l’homme à l’origine de l’explosion à Lyon publiée
    L'acte 28 se poursuit place de la République à Paris avec des gaz lacrymogènes
    Tags:
    documentaire, génération, cinéma russe, cinéma, Berlinale, Première Guerre mondiale, Kirill Razlogov, Sergueï Rachmaninov, Georges Nivat, Alexandre Sokourov, Peter Jackson, Alexandre Zolotoukhine, Russie, France
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik