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La première mondiale du drame psychologique «In deep sleep» («Dans un sommeil profond»), de la réalisatrice russe Maria Ignatenko, s’est tenue au Festival international du film de Berlin. Sputnik a essayé de percer le mystère du film, qui fait partie de la sélection parallèle, le «Forum», de la Berlinale.

«L’année 2020 est une année de changement, lit-on dans un communiqué de presse du festival, en même temps, les traditions seront d’une grande importance, car cette section célèbre son 50e anniversaire... Nombre des 35 films sélectionnés (dont 28 sont des premières mondiales), se distinguent par la façon de chercher leur chemin entre l’ancien et le nouveau». Cette année, le programme comprend des films des États-Unis, d’Espagne, de France, de Roumanie... La Russie est représentée par le film «Dans un sommeil profond» (le titre français de «In deep sleep» n’a pas encore été officiellement déterminé), de Maria Ignatenko, un drame qui raconte l’histoire d’un homme survivant à la mort de sa femme.

«Le sujet du film est universel, précise la réalisatrice. Le héros perd un être cher, son monde intérieur se mobilise pour surmonter ce manque. L’image d’une ville endormie est une image de son chagrin et de son vide intérieur.»

Lors du tournage du film Nous d'Hamlet Dulyan
© Photo / Anna Ponomareva__Nemesis Films_Bolchoie kino
À bord d’un chalutier, Victor, la trentaine, reçoit un message lui annonçant la mort de sa femme. Au début, il n’y croit pas. Mais à son retour, il se rend à l’hôpital, où le médecin lui confirme la tragique nouvelle: dans la tête de Victor, la réalité bascule alors. Il n’est pas surpris de découvrir que tous les habitants de la ville dorment: le personnel de l’hôpital, le chauffeur de bus, les serveuses du café, les visiteurs, aussi... Ainsi, Victor se lance-t-il dans un voyage existentiel à travers la ville portuaire endormie, à la recherche de son «soi». Immergée dans le temps, ou plutôt dans l’intemporalité, une ville provinciale au visage effacé rappelle les films russes des années 2000-2010.

«L’histoire se passe sans doute en Russie, raconte à Sputnik Maria Ignatenko. Pour moi, c’était très important de créer dans ce film un archétype, un lieu russe par excellence. Je trouve que j’y suis arrivé à travers la distribution, les dialogues, la poésie que l’on entend à l’écran, les images des villes du Nord russe.»

Maria Ignatenko, professeur à l’École du nouveau cinéma, dirige un drame dans lequel la mort se déconstruit dans des limbes oniriques. On reconnaît facilement le style de l’école: acteurs non professionnels, montage dépourvu de logique (ou plutôt qui suit sa propre logique), la caméra qui capte les détails des visages des acteurs en plan très serré.

«J’aime travailler avec des comédiens non-professionnels. Pour moi, c’est une source d’inspiration: si tu choisis un personnage juste, il apporte en plus son monde, sa personnalité, pour en remplir le film,» développe Maria Ignatenko.

Il n’y a qu’un comédien professionnel dans le film, Dimitri Koubassov, qui a déjà joué dans un court-métrage de Maria Ignatenko. Les autres personnages sont joués par des marins, des chauffeurs et par Vadim Korolev, poète et musicien, le leader du groupe indie-rock OQJAV. Son personnage se fond totalement dans le paysage endormi, il marche seul dans la rue, il est silencieux, il dort, il prend sa douche, il regarde ostensiblement la mer. Et le personnage de Victor n’a que deux monologues dans tout le film.

«J’ai choisi Vadim Korolev parce qu’il est un artiste extraordinaire, avec une grande force d’incarnation du personnage, raconte la réalisatrice. Possédant une grande profondeur d’âme, il a apporté sa personnalité au film. L’un de ses monologues est une vraie performance artistique réussie».

On se souvient du cas de Nikolaï Komiaguine, leader du groupe de musique «Shortparis», qui tenait le rôle principal dans le court-métrage «Une proposition subordonnée complexe», présenté l’an dernier à Cannes. Dans ce film d’Olessia Yakovleva, non seulement est-il devenu l’interprète parfait de son personnage non conformiste, mais il a également influencé le scénario.

Pourtant, d’après Maria Ignatenko, «la mode est en train de tourner. Les réalisateurs qui ont travaillé avec des comédiens non-professionnels dans les années 2000 sont en train d’abandonner cette pratique», sachant qu’ils abandonnent également une part de richesse et de spontanéité.

«Ce sont juste des approches différentes du travail avec le comédien, développe Maria Ignatenko. Les réalisateurs y cherchent une plus grande connexion avec le réalisme, ils essayent ainsi de trouver une plus grande “plénitude” de leur monde cinématographique à travers l’ajout du monde intérieur d’un non-professionnel».

La réalisatrice considère que son film «correspond totalement au programme du “Forum” de la Berlinale, avec ses films expérimentaux et l’art house». La productrice du film, Katerina Mikhailova, de «Vega Film», qui a présenté à Cannes 2019 le thriller «Elle a un autre nom» compte également sur le bel avenir de «In deep sleep» sur les écrans européens.

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Tags:
Thriller, festival, Berlinale, cinéma russe, cinéma
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