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Face au Covid-19 la majorité écrasante des concerts en public ont été annulés, plongeant l’industrie dans une crise inédite. Lors d’un entretien accordé à Sputnik Nicolas Celoro, compositeur et pianiste venu début mars en Russie pour une tournée et qui y est depuis resté, raconte comment sa vie en a été transformée.

La pandémie n’épargne ni l’économie mondiale ni la sphère culturelle, causant l'annulation de nombreux concerts et tournées. C’est notamment le cas de Nicolas Celoro, compositeur et pianiste de musique classique qui partage dans un entretien avec Sputnik l’expérience de cette année riche en événements.

Arrivé début mars en Russie dans le cadre de ses tournées, il a eu le temps de donner un concert au Théâtre dramatique de Vladimir le 10 mars, puis un autre à la philharmonie de Mourmansk le 13 mars, son dernier.

«Après celui de Mourmansk, les autres concerts ont malheureusement dû être annulés», déplore-t-il.

Cependant, il n’a pas regretté de ne pas revenir en France «car la situation y était beaucoup plus difficile à vivre qu'en Russie, à tous points de vue. Du reste, aujourd'hui encore, il semble qu'en France la situation y soit encore bien pire qu'elle ne l'était déjà en mars-avril», trouve-t-il.

Plusieurs projets en Russie

En outre, il a réussi à réaliser dès le 25 mars divers projets, par exemple une série de concerts «online» avec le Musée de Vladimir-Souzdal, mais aussi des concerts et des «conférences concerts» sous forme de dialogues avec le public pendant les mois d'été dans le cadre du projet «Vyezdnaia philarmonia» dans de petites villes des régions de Vladimir, de Ryazan et de Smolensk.

Tout comme de nombreux musiciens et chanteurs du monde entier, Nicolas Celoro a dû apprendre à maintenir un lien avec son public sous un nouveau format lié à un certain nombre d’inconvénients.

«La relation au public est primordiale. Car la musique est une expression vivante, elle change non seulement à chaque fois qu'on la joue, mais aussi en fonction de qui l'écoute, car c'est une expression pour autrui. Souvent, l'expérience d'écoute d'autrui  suscite une inspiration toute spéciale, que l'on aurait peut-être pas si l'on jouait seul», explique-t-il.

Des sources d’inspiration

Selon le compositeur, il existe différentes sources d’inspiration, par exemple l’improvisation c’est-à-dire la recherche d’«un motif, une idée musicale qui vous semble bonne».

«En musique, l'essentiel est d'abord de trouver un "personnage", c'est à dire une première idée suffisamment belle, capable d'engendrer un dialogue avec d'autres idées musicales, capable d'engendrer un beau "scénario" musical, pour construire ensuite toute l’œuvre».

Il note que l'inspiration provient également d'une thématique choisie «qui donne une direction de pensée et de sentiment» ou encore d'une lecture, d'une peinture.

«En ce qui me concerne, beaucoup de mes compositions sont un peu comme des icônes musicales», explique-t-il en ajoutant qu’il est possible d’«illustrer musicalement l'expression d'un sujet vivant et d'une thématique précise» à l’instar d’une icône, par exemple celle de la Résurrection du Christ.

Cependant Nicolas Celoro souligne qu’il n'est pas indispensable de lever le voile de la thématique pour l'auditeur, puisque «la beauté de la musique suffira simplement, sans autres explications».

«Mais pour le compositeur, c'est très important, car c'est cela qui va constituer la trame même de toute l’œuvre, et qui va le guider dans son inspiration».

Une œuvre inspirée par la Russie

Pour Nicolas Celoro, la Russie est également devenue une source d’inspiration lors de son séjour prolongé. Ainsi, il a composé une œuvre appelé «le Chant de Valaam» après avoir été visité à plusieurs reprises cette île à l’invitation de son ami archimandrite.

La pièce «s'est beaucoup développée autour du dialogue» entre deux idées: «la voix d'un ange, qui essayait doucement, mais avec insistance, de nous appeler à lui, d'appeler à considérer les réalités célestes» et «la voix de l'homme, qui lui répondait, mais qui était emprunte de passion et de trouble, et qui ne savait pas comment trouver le bonheur».

«Cette pièce pour piano dure environ 18 minutes. Je l'ai appelé "le Chant de Valaam", car cette île sur le lac Lagoda, avec ses 17 monastères et ermitages, est vraiment un lieu de rencontre entre les voix célestes et le monde des Hommes... C'est en tout cas la vocation profonde et la raison d'être de ce lieu, depuis tant de siècles, jusqu'à aujourd'hui encore», indique-t-il.

«L'américanisation totale de l'espace sonore en Russie»

En outre, ces quelques dix mois passés en Russie ont été marqués par «une grande évolution très positive» dans sa vie: mariage, nouvelles connaissances, achat d’une maison agréable à la campagne, en lisière de forêt, et d’un petit «pied-à-terre» à Souzdal, «une ville particulièrement belle, qui respire l'atmosphère un peu mystérieuse et mystique de la Russie ancienne».

Notant la beauté du centre-ville de la grande majorité des villes russes «avec de belles églises où l'on peut ressentir encore les vibrations toujours vivantes de l'éternelle "Sainte Russie"», Nicolas Celoro déplore pourtant «l'américanisation totale de l'espace sonore en Russie».

«Il me semble complètement invraisemblable que l'espace sonore en Russie soit si complètement colonisé par la musique américaine! Savez-vous qu'à Paris, Piotr Tchaïkovski résonne souvent dans le grand hall de la gare Montparnasse! Alors pourquoi sa musique ne résonnerait-elle pas aussi sur les terrasses des restaurants de la place rouge à Moscou?», s’indigne-t-il.

À cet occasion, Nicolas Celoro rappelle les propos écrits par Platon dans son livre «La République» selon lesquels «le moyen le plus puissant pour changer la civilisation humaine, en bien comme en mal, est la musique». Il en déduit finalement que «tout dépend de notre culture musicale, et de ce que l'on écoute».

«Ce serait merveilleux si en Russie, les Russes retrouvaient un plus grand enthousiasme pour leur si bel héritage musical! Serait-ce un rêve impossible? Peut-être ne le savez-vous pas, mais je crois au miracle!», conclut-il.

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