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La nouvelle édition du Petit Larousse a accueilli 170 nouveaux mots, souvent liés à la crise sanitaire. Contacté par Sputnik, Bernard Cerquiglini, linguiste et conseiller scientifique du Petit Larousse, décrypte le phénomène.

Deux mois après le lancement du Dictionnaire des francophones, appelé de ses vœux par Emmanuel Macron, la langue française est de nouveau à l’honneur avec la parution du Petit Larousse 2022.

Une édition enrichie de 170 nouvelles occurrences, qui porte les stigmates de l’épidémie de Covid-19. Des mots comme «cluster», «réa» et «télétravailler» y font notamment leur apparition. Des entrées qui témoignent d’un «mouvement stupéfiant» de la langue, les Français s’étant en quelque sorte réappropriés leur idiome durant la pandémie, comme l’explique à Sputnik Bernard Cerquiglini, conseiller scientifique du Petit Larousse.

«Cela s’est fait rapidement, en quelques semaines sous nos yeux. Il y a eu une appropriation collective de la langue. Les gens ont compris qu’il fallait réagir tous ensemble à la pandémie. Ils ont réagi par ce qui nous unit: la langue. D’où des mots nouveaux, des sens nouveaux, des fabrications. Sans mauvais jeux de mots, on a vu la "santé" de la langue française», déclare le professeur de linguistique à l'université de Paris.

La pandémie a également réveillé d’autres mots, déjà présents dans le Petit Larousse, mais qui «dormaient», ajoute Bernard Cerquiglini. Le mot «écouvillon» a par exemple connu une seconde jeunesse, lui qui désignait au Moyen Âge un balai de boulanger.

D’autres termes ont aussi vu leur sens s’élargir pendant la pandémie, note le spécialiste. Le mot «jauge», qui qualifiait d’ordinaire un outil mesurant des liquides, le carburant notamment, sert aujourd’hui à quantifier les personnes. Roselyne Bachelot s’est ainsi récemment prononcé en faveur d’une «jauge maximale de 5.000 spectateurs» pour la reprise des festivals.

Pas un tsunami d’anglicisme

La pandémie a aussi amené dans l’usage courant des termes de médecine jusque-là peu usités, tels «asymptomatique» ou «hydroalcoolique». Mais le retour en force de ce vocabulaire médical n’a pas engendré un flot d’anglicismes, comme on aurait pu le craindre, souligne encore Bernard Cerquiglini.

Si «cluster» a bien été consacré par le Petit Larousse, le linguiste se félicite que les Français aient souvent pu trouver des équivalents aux termes anglo-saxons, comme «tracking» devenu «traçage» dans bien des bouches. Une victoire du français quelque peu sous-estimée, selon Bernard Cerquiglini.

«L’appropriation collective de la langue est aussi marquée par un refus des anglicismes. Un exemple: "confinement". L’Italien et l’Allemand disent "lock-down". Il n’y a pas un seul usage de ce terme en Français. On s’obsède sur l’usage d’anglicisme, mais on ne voit pas leur absence, leur disparition ou leur remplacement», explique-t-il à Sputnik.

S’il existe, l’équivalent français est d’ailleurs toujours indiqué par le Petit Larousse, à la suite de l’anglicisme. Comme «cliquer-retirer», recommandé à la place du nouveau «click and collect».

Des mots issus de la francophonie

Le Petit Larousse 2022 fait également la part belle aux mots issus de la francophonie. Le dictionnaire contient déjà plus de 2.000 occurrences de cette nature, rappelle Bernard Cerquiglini. Cette année font ainsi leur apparition les termes «nounounerie» et «s’enjaillier», tirés respectivement du québécois et du nouchi, une nouvelle variété de français parlé en Côte d’Ivoire.

Une façon de perpétuer l’héritage de Pierre Larousse, qui fut le premier à «ouvrir son dictionnaire aux régionaux, familiers» en ne s’en tenant pas à la «bonne langue parisienne», souligne Bernard Cerquiglini. «Il a ouvert le français à tout l’Hexagone. Nous l’ouvrons au monde», conclut le linguiste.

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Tags:
anglicismes, francophonie, langue, Covid-19, langue française, Larousse, dictionnaire
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