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    Un Zil-130 transportant un drone nord-coréen basé sur le modèle américain MQM-107D

    Séoul doit-il avoir peur des drones nord-coréens ?

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    Les drones nord-coréens sont de plus en plus nombreux à pénétrer en Corée du Sud. Selon toute apparence, Pyongyang poursuit la réalisation de son programme de drones, un secret bien gardé depuis 25 ans…

    Pyongyang a de nouveau suscité l'émoi la semaine dernière en envoyant un drone survoler la Corée du Sud. Malgré les tentatives de Séoul d'abattre le drone, l'engin a regagné le territoire nord-coréen. Point positif pour les militaires sud-coréens: ils ont réussi à repérer l'appareil, l'empêchant ainsi d'accomplir sa mission de reconnaissance. 

    Les drones nord-coréens n'ont attiré l'attention des médias que très récemment. Pourtant, l'Armée populaire de Corée du Nord est équipée d'appareils sans pilotes depuis près de 25 ans.

    Selon l'analyste américain Joseph Bermudez, la Corée du Nord a acheté ses premiers drones à la fin des années 1980 en Chine. Il s'agit des drones de reconnaissance tactique D-4RD/Xi'an ASN-104 propulsés par un moteur à piston. 

    Fin 1993, Pyongyang a lancé la production d'une version nationale de l'ASN-104 avant de construire une copie du D-5 (ASN-105). Ces appareils, capables d'emporter une charge de combat de 20 ou 25 kg et d'atteindre l'altitude de 3.000 m, constitueraient la base de la flotte de drones nord-coréenne. Selon les experts, Pyongyang a aussi entamé des travaux de conception de drones d'assaut capables de porter des armes nucléaires ou biologiques.

    Drone russe Tu-143 Reis
    Drone russe Tu-143 Reis

    Selon M.Bermudez, la Corée du Nord s'est procuré des informations techniques sur les drones de l'armée syrienne dès 1994, y compris sur les appareils à turboréacteurs de production soviétique Tu-143 Reis (DR-3/VR-3). Le Tu-143 Reis peut atteindre 5.000 m d'altitude, sa vitesse maximale est de 950 km/h et son rayon d'action est de 180 km. D'après certaines données, Pyongyang aurait même acheté plusieurs drones à la Syrie.

    Par ailleurs, la Corée du Nord a acquis en 1994 dix drones russes Ptchela-1T (ou plutôt sa version exportée Chmel-1). Le Chmel-1 a un rayon d'action de 280 km, peut atteindre 3.000 m d'altitude et voler à 180 km/h. Les Nord-Coréens ont demandé à Moscou de leur livrer un lot supplémentaire de Ptchela-1 lors d'une visite du dirigeant Kim Jong-il dans la capitale russe en 2001.

    En 2005, les services de renseignement sud-coréens ont mis la main sur un plan d'actions de Pyongyang en cas de guerre. Selon le texte, les autorités nord-coréennes ont l'intention de diriger les opérations militaires depuis un bunker souterrain sur la base d'informations recueillies par des satellites-espions et des drones. Les Sud-Coréens ont dû reconnaître que leur voisin du Nord menait des travaux dans ce domaine. D'ailleurs, ils se sont montrés sceptiques quant à la présence d'un grand nombre de drones de fabrication nationale en Corée du Nord.

    En 2010, le ministère sud-coréen de la Défense a annoncé avoir repéré un drone inconnu près de la frontière en mer Jaune. D'après le ministère, le drone aurait eu pour mission de contrôler les résultats des tirs de l'artillerie nord-coréenne et la réaction des unités sud-coréennes déployées sur des îles voisines. Les militaires sud-coréens ont supposé qu'il s'agissait d'un drone Tu-143.

    En février 2012, l'agence Yonhap a rapporté, se référant à une source militaire, que Pyongyang était en train de procéder à la fabrication d'un drone de frappe propulsé par un moteur à réaction supposé pouvoir évoluer à une vitesse maximale de 925 km/h. Selon l'agence, la conception du drone serait basée sur l'appareil américain MQM-107D Streaker que l'US Air Force utilise comme cible lors d'essais de missiles. Yonhap suppose que Pyongyang a acheté un MQM-107D dans un pays du Proche-Orient, probablement en Syrie ou en Egypte. 

    L'armée nord-coréenne a dévoilé sa version du MQM-107D à l'occasion d’une parade qui s’est tenue dans la capitale du pays en avril 2012. Selon les médias, cet appareil aurait une vitesse maximale de 400 km/h (contre 925 km/h pour le MQM-107D) et pourrait atteindre une altitude de 2,5 km (contre 12 km pour le drone US). En mars 2013, la Corée a diffusé une vidéo de ces drones en action sur laquelle on voit trois de ces engins détruire des cibles aériennes après avoir été lancés depuis un véhicule. Les drones de ce type ont participé à un second défilé militaire organisé en juillet 2013 à Pyongyang.

    Le programme nord-coréen de drones a suscité l'inquiétude de Séoul en avril 2014 suite à la découverte de trois petits drones nord-coréens près de la frontière. Les trois engins avaient pris des centaines de photos de sites stratégiques sud-coréens, y compris des photos de bâtiments de l'administration présidentielle à Séoul. On devait plus tard apprendre que la mission des drones était de prendre des images de lieux précis d'après des coordonnées GPS. Les engins n'auraient pas eu assez de carburant pour regagner leur pays. Une enquête a établi que les drones nord-coréens représentaient une version modifiée des drones civils chinois Sky-09 et UV10 (charge utile d'un kilogramme, rayon d'action de 100-200 km, altitude maximale se situant entre 1 et 1,5 km). 

    Il s'est avéré que des éléments de ces drones de reconnaissance figuraient sur des photos consacrées à un déplacement de Kim Jong-un dans une unité aérienne en mars 2013. On peut donc supposer que ces drones ont effectué de nombreuses missions d'espionnage en Corée du Sud sans être détectés.

    Suite à cet incident, la Corée du Sud a mis en service un radar destiné à détecter des engins volant à une basse altitude. Ce radar pourrait la protéger contre les drones et les avions-espions An-2. Mais ce système a aussi des failles. En 2015, un drone nord-coréen a pénétré de plusieurs centaines de mètres dans le territoire sud-coréen et a pris des photos de plusieurs postes de contrôle. Il a échappé aux chasseurs et hélicoptères lancés à sa poursuite et a regagné la Corée du Nord.

    Les drones nord-coréens, sont-ils capables de frapper n'importe quel site dans le sud de la péninsule de Corée? D'après les militaires sud-coréens, seuls les drones d'assaut créés sur le modèle des MQM-107D présentent une menace, alors que les petits drones pareils à ceux découverts à la frontière ont un rayon d'action limité et leur charge de combat ne peut pas dépasser les 3 ou 4 kg. C'est trop peu pour inquiéter Séoul. 

    Selon le ministère sud-coréen de la Défense, la flotte nord-coréenne des drones comprend 300 appareils de reconnaissance, une dizaine de drones d'assaut basés sur MQM-107D, ainsi qu'une dizaine de Chmel de fabrication russe. Séoul ne précise pas le nombre de petits drones qui équiperaient l'armée de Pyongyang. 

    D'après les militaires, la Corée du Nord conçoit en outre des drones polyvalents Turumi (Grue) capables de réaliser des missions de reconnaissance et d'assaut dans un rayon de 350 km. Ces drones n'ont pas encore été dévoilés et on peut juger de son apparence selon une vidéo diffusée par la chaîne de télévision MBC: 

    Le monde est loin de connaître tous les détails du programme de drones nord-coréen et Pyongyang pourrait avoir d'autres atouts dans sa manche.

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    reconnaissance, drone, Turumi (drone), MQM-107D Streaker (drone), UV10 (drone), Sky-09, Ptchela-1T, Tu-143 Reis, ASN-105, ASN-104, Corée du Sud, Corée du Nord
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