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    C-130J Hercules

    Les transports de l’Europe de la Défense

    © Flickr / US Air Force
    Défense
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    Gaëlle Nicolle
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    L’Allemagne et la France vont créer une flotte d’avions de transport militaire à disposition de Berlin et Paris, mais aussi d’autres pays européens. Simple effort de coopération interarmées, avancée de l’Europe de la Défense ou réponse à la pression étasunienne pour que l’Europe finance plus sa Défense ? Analyse.

    Est-ce le signe que l'Europe de la Défense prend son envol? Selon des sources proches du ministère de la Défense à Berlin et cité par Reuters, l'Allemagne doit présenter cette semaine un projet qui vise à créer une flotte d'avions de transport militaire commune avec la France. Elle sera composée de C-130J Hercules et doit intégrer une flotte européenne de tankers Airbus A330, dont le commandement est exercé depuis les Pays-Bas (et non par les Pays-Bas, comme on a pu le lire dans la presse). Quelles seraient les modalités d'un tel projet? Jean-Vincent Brisset, Général de brigade aérienne (e.r.) et directeur de recherche à l'IRIS, nous explique:

    Il y a une organisation, qui s'appelle l'EATC, qui répartit les moyens des flottes logistiques européennes en fonction des besoins et qui est géré par un État-major qui est situé aux Pays-Bas, ce qui est extrêmement différent. Ensuite, la création d'une flotte commune, il semblerait que ce soit pour l'instant une proposition de l'Allemagne de mettre en commun des moyens logistiques, en particulier les moyens d'entretiens et autres, pour les C-130J français et allemands, et éventuellement les A330 qui vont être achetés.

    L'Europe manque cruellement de capacités en matière de transport tactique. Même si elle s'est dotée d'un instrument militaire, le « Commandement européen du transport aérien » (en anglais European Air Transport Command, abrégé EATC), qui lui permet d'agir sur des terrains extérieurs, les difficultés de mise en commun persistent. Les avions achetés par l'Allemagne rejoindront ce commandement au sein duquel sept autres pays européens membres de l'Otan se partagent une flotte de 220 appareils.

    L'Europe manque terriblement de capacité de transport aérien, comme à peu près tous les pays du monde. Mais l'Europe a d'énormes problèmes de transport aérien, elle a mis en commun, au travers de cet État-major situé aux Pays-Bas, une gestion de manière à ce que quand quelqu'un en a besoin, il puisse demander à d'autres qui auraient des disponibilités à ce moment-là de fournir une aide. Sachant qu'il y a une réciprocité, que les besoins sont variés, et qu'en général, tout le monde en a besoin en même temps. C'est compliqué, et il y a une vraie sous-capacité européenne en matière de transport aérien ».

    Si ce projet franco-allemand constitue une avancée logistique, pour le Général Brisset, il reste des obstacles d'ordre politique, que des moyens militaires supplémentaires ne peuvent résoudre. On peut échanger ses capacités, mais encore faut-il que les politiques puissent suivre! L'Allemagne, par exemple, a longtemps considéré l'Afrique Subsaharienne comme une zone d'influence française. Le Sahel est devenu un énorme enjeu pour l'Europe, tant du point de vue de l'émigration que de l'aide au développement. Si, comme annoncé, l'Allemagne s'implique davantage au Mali, cette « flotte » pourrait être mise à profit:

    Si on a un coup de feu, un besoin brutal pour la France ou l'Allemagne, à ce moment-là, il y aurait une capacité d'échange. Si l'Allemagne avait des besoins particuliers, ou si l'Allemagne avait décidé de s'impliquer un peu plus, je pense au Mali, au Sahel, effectivement cela pourrait s'appliquer un peu plus avec des moyens qui sont les mêmes que les moyens français sur le plan technique. Mais c'est un problème de volonté politique beaucoup plus que d'implication ou d'échange.

    En juin dernier, la Direction générale de l'armement (DGA) a confirmé l'achat de quatre Hercules C-130J neufs. Une acquisition qui « permettra de renforcer nos capacités de transport aérien tactique, qui sont excessivement sollicitées », avait expliqué Jean-Yves Le Drian à l'Assemblée nationale (1). Certains aspects de la défense, notamment les capacités militaires, ne peuvent pas toujours être pris en charge au niveau national. Mais ce projet européen répond également à la pression croissante des États-Unis, et cela bien avant Trump, de faire davantage en sorte que les Européens assurent leur propre défense. L'Allemagne et la France sont les pays qui œuvrent le plus, efficacement ou non, cela reste à discuter, à cette idée issue du traité de Maastricht, d'« Europe de la défense »:

    C'est amusant, puisque depuis l'élection de Trump, on a pas ressorti le terme de « Burden-sharing », le « partage du fardeau », qui était très largement employé par les administrations américaines depuis des décennies et demande aux Européens de se prendre en charge de manière autonome et que ce ne soit pas les États-Unis qui soient obligés de faire les pompiers à chaque fois qu'il y a un problème. Cela date même d'avant le Kosovo. Donc, on se retrouve dans une situation où les États-Unis, au lieu de leur demander des moyens, il faut que les Européens soient un peu plus responsables vis-à-vis d'eux même, sachant que la France et la Grande-Bretagne sont considérées comme des pays qui font à peu près le nécessaire. Mais l'Allemagne, avec 1,1 % de son PNB consacré à la défense est considérée comme un pays qui ne fait pas le nécessaire, comme beaucoup d'autres pays européens.

    Ni remise à plat des rapports à l'Otan, ni embryon d'Europe de la défense, ce projet vise à développer une coopération déjà existante en Europe en matière de défense. Il sera examiné lors d'une réunion des ministres de la Défense de l'Otan à Bruxelles.

    « Une annonce qui est relativement minime sur le plan de son importance », poursuit le Général Brisset, pour qui « Le problème de l'Europe de la défense est très difficile à concilier avec l'appartenance à l'OTAN ou pas l'appartenance à l'OTAN […] On n'avance pas, depuis des années et des années, sur l'Europe de la défense. Parce qu'on n'est pas capables de savoir de ce qu'on fait du positionnement de l'Europe de la défense par rapport à l'OTAN.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    défense, Airbus A330, Lockheed C-130 Hercules, OTAN, Jean-Vincent Brisset, Jean-Yves Le Drian, Pays-Bas, Europe, France, Allemagne, États-Unis
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