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    Char russe T-72

    Un argument d'acier: la Russie organise ses plus grands exercices de chars depuis l'URSS

    © Sputnik . Alexander Kondratiuk
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    Des milliers de litres de carburant, des centaines d'obus tirés sur des cibles et un polygone complètement retourné par les chenilles: les plus importants exercices de chars de combat depuis 30 ans viennent de s'achever dans la région de Tcheliabinsk.

    3.000 hommes et plus de 800 véhicules ont participé à ces manœuvres, dont 250 chars russes les plus répandus — les T-72. Les soldats et les officiers ont travaillé pendant une semaine des manœuvres d'attaque et de contournement en offensive, des nouvelles tactiques, et se sont entraînés au tir au canon.

    Le nombre de véhicules blindés participant à ces exercices indique que le commandement de l'armée russe n'exclut pas l'éventualité d'affrontements de blindés à grande échelle contre un ennemi potentiel — menace qui semblait avoir disparu avec la fin de la Guerre froide et l'effondrement de l'URSS. Comment cette expérience pourrait être utile à terme?

    Un ennemi de force égale

    Lors des manœuvres, les rôles principaux ont été joués par deux régiments blindés de la 90e division blindée de garde, décorée deux fois de l'ordre du Drapeau rouge et rétablie récemment (le 1er décembre 2016). Ces exercices ont constitué une sorte de première «session d'examen» pour la nouvelle unité du District militaire central. Le lieutenant-colonel Iaroslav Rochtchoupkine, assistant du commandant des troupes du district, explique que les régiments agissaient l'un contre l'autre, séparés en «rouges» et «bleus». Les deux camps étaient assistés par l'artillerie, la reconnaissance et les drones. Les deux commandants des régiments disposaient de réserves, d'un grand espace de manœuvre et ne souhaitaient certainement pas quitter le champ de bataille dans le rôle du perdant. Ainsi, deux forces égales en matière de capacités opérationnelles, d'effectifs et de matériel se sont affrontées pendant les manœuvres. L'aviation, considérée par de nombreux experts militaires comme la principale puissance d'attaque de toute armée moderne, n'était pas impliquée. Tout s'est passé «à l'ancienne»: chars contre chars.

    «L'absence d'importantes batailles de blindés depuis longtemps ne signifie pas que ce type d'activité militaire est obsolète, explique l'expert militaire Viktor Mourakhovski, colonel de réserve qui a servi dans les forces blindées. La dernière fois que des armadas de blindés se sont affrontées massivement remonte à la guerre Iran-Irak dans les années 1980: des milliers de chars y participaient de chaque côté, et des centaines de blindés pouvaient participer à une bataille. Il n'y a pas eu d'affrontement de cette envergure depuis. Les conflits militaires actuels pourraient être répartis en deux catégories: la lutte contre les groupes armés illégaux, les terroristes, la guérilla, ou entre des États ayant un niveau de développement technologique différent. Mais cela fait longtemps qu'il n'y a pas eu de bataille d'égal à égal.»

    Au cas où

    D'après Viktor Mourakhovski, la guerre en Syrie se rattache au premier type de conflits: l'armée syrienne et les terroristes de Daech utilisent les chars de manière très limitée, principalement en tant qu'appui-feu de l'infanterie, ainsi qu'au sein de groupes de manœuvre réduits. Par contre, l'opération Tempête du désert, pendant laquelle une grande partie du matériel blindé de Saddam Hussein a été anéantie par les frappes des avions américains, fait partie de la deuxième catégorie. Tout comme les bombardements en Yougoslavie avant cela.

    «Les Serbes camouflaient très habilement leur matériel blindé et le projetaient rapidement d'une position à une autre, explique Viktor Mourakhovski. C'est pourquoi les frappes aériennes et de missiles de l'Otan ne détruisaient pas l'armée yougoslave, mais l'infrastructure du pays: les centrales électriques, les centres de télévision, les ponts, les bâtiments publics, etc. Les unités serbes se trouvant sur le territoire du Kosovo ont subi des pertes minimes. Seulement quelques blindés ont été détruits. Je me souviens qu'à l'époque, l'Otan n'avait pas pu se décider à lancer une opération terrestre. L'Alliance aurait dû affronter un ennemi plus faible mais encore redoutable ayant conservé pratiquement toute sa puissance blindée. Les militaires et les politiciens occidentaux n'ont pas voulu prendre un tel risque.»

    En Russie le dernier exemple d'usage massif de blindés en conditions de guerre a été l'opération d'imposition de la paix en Géorgie en août 2008. Plusieurs dizaines de chars ont participé de chaque côté à la bataille de Tskhinval. Il ne fait aucun doute que l'expérience de ce conflit armé a été utilisée lors des exercices qui viennent de s'achever dans l'Oural.

    «En cas d'agression massive contre la Russie par des États qui le jugeraient réalisable, d'importantes batailles de blindés auraient forcément lieu, estime l'expert. C'est pourquoi des manœuvres sont organisées en permanence, et c'est aussi pour cela que nous avons créé la 1ère armée blindée de garde, qu'a été recréée la 90e division blindée, et que nous fournissons en matériel l'unité Kantemirovskaïa (4e division blindée de garde) dans la région de Moscou. Il faut être prêt à toutes les situations.»

    Le renouvellement du parc

    Hormis la formation de nouvelles unités blindées, le ministère de la Défense investit beaucoup d'argent dans la modernisation et le renouvellement du parc matériel. Il a été annoncé en mai que, dans le cadre du Programme public d'armement pour 2018-2025, l'armée de terre et les troupes aéroportées recevraient jusqu'à 25% du budget prévu pour le prochain Programme public. Plusieurs médias ont rapporté que le budget total de ce nouveau programme avoisinerait les 17.000 milliards de roubles (près de 250 milliards d'euros). Si ces chiffres sont exacts, les forces polyvalentes recevraient donc un budget record de 4.250 milliards de roubles (environ 66 milliards d'euros). Une importante partie de cette somme devrait servir à renouveler et à moderniser les blindés.

    Premièrement, il a été rapporté plusieurs fois que d'ici 2025 l'armée recevrait activement des chars de nouvelle génération T-14 sur le châssis Armata. A l'heure actuelle, ces véhicules effectuent des essais militaires. Deuxièmement, les versions antérieures du T-72, moralement obsolète, seront modernisées jusqu'à la version T-72B3, et les T-80 à turbine à gaz jusqu'à la version T-80BVM. Ces mesures permettront de prolonger leur durée d'exploitation jusqu'à ce qu'ils soient remplacés par les nouveaux blindés. Troisièmement, le char de série russe le plus moderne, le T-90A, sera amélioré jusqu'à la version T-90M. Il sera doté d'un canon 2A82-1M (comme le T-14), d'un système de conduite de tir Kalina, ainsi que d'une défense active et réactive Afganit et Malakhit.

    Le matériel blindé léger «apprendra» également à combattre les chars d'égal à égal. En particulier, début septembre, le directeur général du groupe Usines de tracteur Albert Bakov a annoncé aux journalistes qu'en 2018 déjà il était prévu de lancer la production en série de l'automoteur de débarquement modernisé Sprout-SD — Sprout-SDM1. Il s'agit en fait d'un char léger avec un canon de T-90. Il pèse seulement 18 tonnes et peut être projeté avec des hommes à son bord par l'aviation de transport militaire.

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    Tags:
    T-72, char, T-14 Armata, T-90, Russie
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