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    Missile Sarmat à silo

    Plongée dans les essais du futur missile nucléaire russe Sarmat

    © Sputnik . Sergei Kazak
    Défense
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    Ce missile russe, sommet de la pensée d'ingénierie, représente l'avenir du bouclier nucléaire de l’État russe.

    Avec sa masse au décollage de 110 tonnes, sa portée de plus de 11.000 km et une charge active de 10 à 15 ogives à guidage individuel de 750 kt de puissance chacune, les experts et les médias occidentaux l'ont déjà baptisé Satan-2. Le vice-ministre russe de la Défense Iouri Borissov a annoncé que les essais de lancement du futur missile intercontinental Sarmat commenceraient d'ici la fin de l'année. Le complexe stratégique d'attaque à silo passera alors toute une série d'examens jusqu'à sa mise en service, prévue pour 2020.

    Les premiers essais

    Les essais d'un missile sur un polygone sont précédés d'une longue étape de travaux de développement. Pour le Sarmat, ces derniers ont commencé en 2011. A l'étape actuelle, des milliers de spécialistes de différents bureaux d'étude sont en plein brainstorming: il faut tout calculer dans les moindres détails pour que le missile vole correctement, puis projeter, fabriquer, mettre au point et tester chacun des systèmes et équipements — moteurs, système d'alimentation en carburant, dispositif de séparation des étages, système de contrôle, ogive, carcasse du missile ou encore système de lancement. Pour les missiles modernes et futurs sont spécialement conçus des systèmes de franchissement de la défense antimissile, des dispositifs de guerre électronique, des lanceurs de leurres et d'autres équipements de haute technologie.

    Un  lance-missile d'une fusée. Image d'illustration
    © Sputnik . Vladimir Fedorenko
    D'après certains médias, les essais d'allumage des moteurs à combustible liquide du premier étage du Sarmat se sont achevés avec succès en 2016. A présent leur exploitation est simulée dans les conditions réelles, c'est-à-dire de guerre: les ingénieurs testent le fonctionnement des chambres à combustion, le couplage turbine-pompe, les générateurs à gaz et d'autres éléments. Pour ce faire, le moteur est fixé sur un stand spécial équipé d'un conduit pour l'échappement de la flamme et des gaz, on y branche le carburant et le comburant, puis on le lance. Si tous les systèmes fonctionnent correctement, les essais sont considérés comme réussis. Prochaine étape: les essais de lancement.

    «Les essais de lancement sont une expérience durant laquelle on teste le départ du missile, sa sortie sans incidents du silo et l'étape initiale du fonctionnement du moteur, explique le général à la retraite Vladimir Dvorkine, ancien commandant du 4e Institut central de recherche du ministère de la Défense, structure chargée de nombreuses tâches en matière d'assistance scientifique à la mise au point des Troupes des missiles stratégiques russes (RVSN) et au développement des missiles stratégiques. Une maquette avec un moteur réel du premier étage et un substitut du reste du missile est propulsée du silo. La maquette équivaut au produit fini en termes de gabarits et de masse. La réserve de carburant est réduite — suffisante pour quelques secondes de vol.»

    Les missiles modernes décollent selon le principe de mortier: ils sont propulsés hors du silo par un générateur à combustion de poudre — une sorte de charge de dépotage. Cette technologie est maîtrisée depuis longtemps en URSS et en Russie. C'est ainsi que décolle, par exemple, le «prédécesseur idéologique» du Sarmat — le missile intercontinental lourd à deux étages R-36M Voevoda surnommé Satan en Occident.

    Examen de maturité

    Avant la mise en service, tout missile intercontinental doit aussi impérativement passer les essais de vol. A ce moment, certains éléments de l'engin sont déjà prêts ou pratiquement prêts. Il est donc temps de tester le missile assemblé: premièrement, pour s'assurer définitivement que toutes les pièces de l'arme assemblée sont parfaitement ajustées et qu'il n'est pas nécessaire d'apporter de modifications au projet; deuxièmement, pour s'assurer que la portée réelle des ogives et leur précision correspondent au cahier des charges. Au lieu d'une ogive, le missile embarque une charge neutre de même poids. Au moment des essais de vol, l'usine du fabricant doit déjà avoir préparé un lot de missiles intercontinentaux équipés.

    «A cette étape, on procède au lancement du missile entièrement équipé selon une trajectoire définie pour une distance donnée, explique Vladimir Dvorkine. En règle générale, le missile est tiré sur le polygone de Koura au Kamtchatka. Les travaux de développement peuvent être combinés avec les essais publics pendant lesquels il est décidé de mettre en service l'arme. D'après la pratique, cela demande entre 15 et 20 lancements réussis. Mais il faut savoir que des incidents peuvent se produire pendant les essais. Dans ce cas des lancements supplémentaires sont nécessaires pour s'assurer que les défauts ont été corrigés.»

    Par exemple, le missile intercontinental à combustible solide R-30 Boulava conçu pour les sous-marins nucléaires stratégiques du projet 955 Boreï a mis du temps à franchir l'étape des essais de vol. 27 lancements d'essai ont été réalisés au total. Deux ont été reconnus partiellement réussis, sept ont échoué. Selon certaines informations, les échecs étaient dus à des pannes des systèmes de contrôle des moteurs. En 2009, le vice-premier ministre Sergueï Ivanov a expliqué ces problèmes par un travail insuffisant au sol. De son côté, le constructeur en chef des sous-marins du projet 941 Akoula Sergueï Korolev a expliqué ces lacunes par l'absence de stands nécessaires.

    Le missile intercontinental à combustible solide R-39 installé sur les Akoula a échoué à plus de la moitié des 17 premiers lancements. Avec le temps il a été mis au point, tout comme Boulava. Le matériel balistique est très complexe et capricieux pour que tout réussisse du premier coup. En fin de compte, chaque arme souffre dans un premier temps de «maladies infantiles». Mais le Sarmat a toutes les chances de «mûrir» rapidement — l'OPK (Compagnie unifiée de construction d'instruments de précision) a accumulé une grande expérience de construction et d'exploitation de missiles lourds à silo. Néanmoins, ces 2-3 prochaines années, les développeurs du futur missile intercontinental devront faire des efforts et travailler sans erreurs — un seul échec mineur est susceptible de reporter la date de sortie de plusieurs années. Ce qui serait extrêmement inopportun pour la Russie compte tenu de la situation géopolitique mondiale.

    A terme, les Sarmat, Iars et Topol doivent constituer la principale puissance d'attaque des RVSN. Le nouveau missile devrait entièrement remplacer le Voevoda, puissant mais obsolète. Selon une source de l'OPK, il est prévu de doter sept régiments de missiles en Sarmat.

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    Tags:
    lancement, missiles, essais, Voevoda (missile lourd), Topol, RS-28 Sarmat (missile lourd), Vladimir Dvorkine, Iouri Borissov, Russie
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