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    Les nouveaux navires coûteux de l'Otan ne sont pas prêts au combat

    Les nouveaux navires coûteux de l'Otan ne sont pas prêts au combat

    CC BY-SA 4.0 / Ein Dahmer / Not yet commissioned frigate Baden-Württemberg at the deperming range in Wilhelmshaven.
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    L'électronique n'est pas au point, les logiciels rencontrent des bogues, la construction est surchargée et le bâtiment est incliné en permanence sur la droite: le tout nouveau navire Baden-Württemberg de la marine allemande a lamentablement échoué aux essais et a dû revenir au chantier naval pour remédier aux nombreux problèmes qu'il rencontrait.

    Les observateurs des médias occidentaux ont déjà qualifié le projet de frégate F125, qui a coûté 3 milliards d'euros, de «plus grand fiasco de l'industrie militaire allemande». Pour la première fois de l'histoire du pays, la commission militaire a refusé un navire déjà construit. Selon les experts allemands, la mise au point du navire demandera encore des années.

    C'est loin d'être le premier projet naval ambitieux et coûteux lancé par les puissances occidentales à être menacé d'échec à cause d'une réalisation médiocre et des exigences insurmontables des commanditaires, ou au moins d'une augmentation des coûts.

    Un navire allemand tordu

    Quatre frégates ultramodernes du projet F125 doivent remplacer les navires obsolètes de classe Bremen dans la marine allemande. Ces frégates se distinguent par leur haut niveau d'automatisation: l'équipage du F222 Baden-Württemberg ne compte que 120 hommes, ce qui est très peu pour un navire de 150 mètres avec un déplacement d'eau de 7.000 tonnes. Cette performance a été rendue possible grâce à la mise en place d'un centre de commandement complexe embarqué doté de logiciels spéciaux et capable, avec une participation minimale de l'homme, de contrôler tous les systèmes du navire — du moteur aux armements.

    Mais les essais ont révélé que le cerveau électronique du navire rencontrait de nombreux bogues. Il est notamment indiqué que les ingénieurs n'avaient finalement pas réussi à stabiliser le travail du radar de bord sans lequel le navire de combat moderne devient aveugle et vulnérable même face à un adversaire bien plus faible. Et si les problèmes de logiciel peuvent encore être réglés plus ou moins rapidement, on ignore quoi faire avec un autre traumatisme de naissance de la frégate: elle est en effet tordue et s'incline constamment sur la droite. Selon les experts, cette lacune résulte d'une erreur dans la conception du bâtiment. Une reconstruction totale de la frégate pourrait être nécessaire pour y remédier. Sur ce fond, les autres problèmes mis en évidence — la sécurité anti-incendie des compartiments de carburant par exemple — paraissent mineurs.

    «Même si le navire était réparé, on ignore s'il pourrait se défendre contre les groupes terroristes dotés de missiles antinavires, écrit le quotidien américain The Wall Street Journal. De plus, il lui sera difficile de faire face aux sous-marins russes en mer Baltique parce qu'il n'est pas prévu d'installer un sonar et des torpilles sur la frégate. Tout cela indique que le commandement militaire allemand n'a pas réussi à formuler clairement ses propres exigences pour le nouveau navire.»

    Le WSJ souligne que l'Allemagne n'avait pas construit depuis longtemps de grands navires, et a pris du retard dans ce domaine. Toute une génération d'ingénieurs et de constructeurs militaires allemands n'avait jamais eu à plancher sur de grands projets de défense et manquait donc d'expérience. Selon le WSJ, la frégate Baden-Württemberg est «trop complexe, ambitieuse et brouillonne». Et on ignore comment le fiasco de la première frégate impactera le destin des trois suivantes déjà en cours de construction.

    Un porte-avions sans escorte

    En fin d'année dernière, la marine britannique a également été confrontée à de sérieux problèmes. Comme le rapporte The Times, le tout nouveau destroyer HMS Diamond — l'un des navires du projet Daring valant un milliard de livres chacun — est tombé en panne en novembre dans le Golfe. Selon la publication, le moteur du Diamond est tombé en panne et les marins n'ont pas réussi à le réparer. Le bâtiment a donc été remorqué. Aujourd'hui, aucun destroyer de la flotte britannique n'est opérationnel. Les cinq autres navires sont stationnés à la base de Portsmouth à cause d'une maintenance planifiée, du manque de marins et de problèmes de moteurs — qui fonctionnent mal dans un climat chaud.

    Ainsi, l'ancienne puissance dominatrice des mers est incapable de réunir un groupe de protection pour son propre et unique porte-avions, le HMS Queen Elizabeth remis à la marine le 7 décembre 2017. Comme l'a annoncé la semaine dernière le membre du parlement britannique de l'île de Wight Robert Seely, en cas de guerre d'envergure l'aérodrome flottant ne pourrait pas sortir en mer à moins que les Américains n'envoient des destroyers et des croiseurs.

    En outre, le Queen Elizabeth n'est pas protégé par des systèmes de défense antiaérienne, à l'exception de quelques canons antiaériens — ce qui ajoutera des soucis au convoi. Et cerise sur le gâteau: le 19 décembre, le porte-avions redoutable d'une valeur de plus de 3 milliards de livres a subi une fuite directement à quai. Les réparations prendront quelques semaines. Ce n'est pas fatal mais laissera certainement un arrière-goût amer.

    Un sous-marin «en or»

    Même les Américains, qui disposent des plus grandes forces navales au monde et du plus grand budget militaire, sont de plus en plus sceptiques quant aux projets trop chers et ambitieux. Les destroyers «furtifs» Zumwalt en sont un parfait exemple: le Pentagone comptait recevoir 32 navires de cette classe pour 40 milliards de dollars mais leur coût est monté en flèche. La commande a été réduite à 24 destroyers, puis à 7. Au final la marine a décidé de se limiter à seulement 3 navires pour un montant de 4,4 milliards de dollars chacun.

    Le premier destroyer de la série DDG-1000 a été mis à l'eau le 16 octobre 2016 et a déjà réussi à tomber en panne dans le canal de Panama. En décembre 2017, pendant les essais de navigation, c'est son frère cadet le DDG-1001 qui est tombé en panne. De plus, le Pentagone n'a toujours pas proposé d'alternative aux munitions onéreuses LRLAP de 155 mm (800.000 dollars pièce) censées être tirées par le canon d'artillerie du Zumwalt.

    Les tourments avec ce navire cher, technologiquement avancé mais pas du tout pratique ont mis en péril le programme de sous-marins nucléaires avancés de classe Columbia. Ces sous-marins stratégiques sont appelés à remplacer les croiseurs de classe Ohio en tant que vecteurs de missiles mer-sol. Au total, le Pentagone compte construire 12 sous-marins dont le premier devrait entrer en service en 2028 — à condition que de l'argent soit alloué pour le programme.

    Début janvier, les auditeurs de la Chambre des comptes des USA ont annoncé que le Pentagone avait sous-estimé les risques liés aux tout nouveaux sous-marins. Ils ont remis en question les caractéristiques techniques des navires, ainsi que le coût de production et les délais de leur mise en service. En particulier, les spécialistes ne sont pas convaincus que le nouveau projet réponde aux normes de progrès en ce qui concerne la recherche et développement. On comprend que les auditeurs soient sceptiques: selon les estimations les plus modestes, le premier croiseur devrait coûter au moins 10 milliards de dollars au Trésor américain.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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    Tags:
    navires, OTAN
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