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    K-278 Komsomolets, sous-marin nucléaire d'attaque de classe Mike

    La mort du monstre: il y a 30 ans coulait le sous-marin nucléaire soviétique Komsomolets

    CC0 / Le K-278 Komsomolets
    Défense
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    Le 7 avril 1989, le sous-marin nucléaire soviétique Komsomolets, qui détient jusqu'à aujourd'hui encore le record de profondeur de plongée pour un submersible d'attaque, a coulé en mer de Norvège, provoquant la mort de 42 de ses membres d'équipage. Sputnik raconte l'histoire du légendaire engin et de ses tout derniers moments.

    Avec près de 120 mètres de long et plus de 11 mètres de haut, équipé de deux réacteurs nucléaires, le submersible K-278 Komsomolets (désignation Otan Mike) devait devenir le premier d'une longue série de sous-marins nucléaires d'attaque. Or, aucun autre engin construit sur le même plan ne verra jamais le jour, alors que l'unique appareil de la série a connu un sort tragique deux ans avant l'effondrement de l'Union soviétique.

    Record de plongée

    Incorporé à la Flotte du Nord en 1984, le Komsomolets avait une autonomie de 180 jours et était équipé de missiles de croisière S-10 Granat, surnommés par certains observateurs «Tomahawks soviétiques», et de torpilles VA-111 Chkval, capables d'atteindre une vitesse de 500 km/h.

    K-278 Komsomolets, sous-marin nucléaire d'attaque de classe Mike
    K-278 Komsomolets, sous-marin nucléaire d'attaque de classe Mike

    Le sous-marin était conçu pour atteindre des profondeurs auxquelles il serait indétectable pour les systèmes hydroacoustiques de l'ennemi. Le 4 août 1985, le Komsomolets est descendu à 1.027 mètres sous la surface de la mer, établissant ainsi un record du monde pour un sous-marin d'attaque qui n'a toujours pas été battu.

    Naufrage

    Le 28 février 1989, l'appareil a entamé sa troisième mission de combat, vouée à devenir sa dernière. 39 jours après le départ de son port d'attache, un incendie s'est déclaré dans le compartiment 7 de l'engin, probablement à cause d'une petite quantité d'huile se déversant sur une surface brûlante.

    Les mesures prises par le commandement n'ont pas permis d'éteindre le feu, qui a commencé à se répandre dans les compartiments voisins. Le déclenchement du système d'alarme a provoqué l'arrêt des réacteurs du sous-marin. Le commandement a alors ordonné la remontée du bâtiment par vidange des ballasts.

    Arrivé en surface à 11h16, le sous-marin a envoyé un SOS au quartier général de la Flotte du Nord, alors que le feu continuait à dévorer les compartiments. Plusieurs membres d'équipage ont sombré dans l'inconscience, intoxiqués au dioxyde de carbone.

    Trois heures et demie après, un quadrimoteur Ilouchine Il 38 a décollé pour porter assistance au sous-marin. Un peu plus tard, un bateau usine et un chalutier russes, se trouvant à une cinquantaine de milles de distance, se sont déroutés vers le lieu de la catastrophe. Or, les navires se déplacent à trop petite vitesse et l'attente s'annonce longue pour les survivants du submersible, dont les citernes de ballast et la coque commencent à se remplir d'une eau glaciale.

    Inspection de l'épave du Komsomolets en mer de Norvège
    © Sputnik .
    Inspection de l'épave du Komsomolets en mer de Norvège

    «Le sous-marin a coulé très vite, de nombreux membres de l'équipage n'ont pas eu le temps de mettre leurs gilets de sauvetage», raconte Andrei Stepanov, survivant de la catastrophe. «On a déployé des radeaux de survie, mais on n'en a attrapé qu'un, qui a fini par se renverser».

    Le commandant du compartiment réacteurs Andreï Makhota a été parmi les derniers à quitter le submersible. «Lorsque j'ai atteint la surface, le sous-marin se dressait déjà verticalement. Je me suis grimpé sur le radeau, mais juste à mi-corps, car j'avais des crampes aux mains et aux jambes».

    Vers 17h00, le bâtiment sombrait définitivement. Ni les radeaux de survie, ni le canot mis à l'eau par l'Il-38 n'ont pu sauver l'intégralité de l'équipage. Lorsque l'usine flottante Alexeï Khlobistov arrive sur place à 18h20, elle ne remonte à son bord que 27 survivants et 5 morts. Au total, le naufrage a fait 42 victimes.

    Craintes d'un nouveau Tchernobyl

    Survenu trois ans après la tragédie de Tchernobyl, le naufrage du submersible nucléaire, qui avait à son bord des torpilles contenant près de 6 kilos de plutonium, a naturellement suscité les craintes d'une pollution radioactive en mer.

    Des missions sur l'épave du Komsomolets ont été effectuées en 1991, 1992 et 1993 pour établir les effets d'une éventuelle pollution. Or, l'analyse des échantillons prélevés en 1993 a démontré notamment que le césium 137 issu des réacteurs n'avait provoqué qu'une pollution minime.

    Le projet de 1994, prévoyant de remonter le sous-marin à la surface, n'a pas abouti faute de crédits et à cause d'insurmontables difficultés techniques. Des travaux d'étanchéité ont ainsi été entrepris pour éviter la corrosion des obus nucléaires contenant du plutonium et empêcher le transfert de particules par les migrations du plancton.

    Avec ses brèches couvertes par un anneau en titane épais de 2 mètres, le Komsomolets gît par 1.650 mètres de fond, tel un monstre marin qui s'est déjà saisi de sa proie. Le 7 avril est désormais célébré en Russie comme le jour où l'on honore la mémoire de tous les sous-mariniers morts en service.

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    Tags:
    naufrage, radioactivité, pollution, armes nucléaires, torpille, sous-marin, Tchernobyl (centrale nucléaire), Tomahawk, K-278 Komsomolets, Flotte russe du Nord, URSS, mer de Norvège, Russie
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