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    Décès de Jean Morel, vétéran du Jour-J: chez les commandos marine, «l’esprit demeure!»

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    Émotion dans la Marine nationale: Jean Morel, ancien membre du commando Kieffer qui a débarqué en 1944 en Normandie, vient de disparaître. Pour Marius, figure contemporaine de cette unité d’élite, l’acte de bravoure du 6 juin a laissé des traces.

    Ils étaient 177 Français à débarquer en Normandie le 6 juin 1944, ils ne sont plus que deux. Jean Morel, l’un des trois derniers membres du commando Kieffer, est décédé le 23 novembre, à 97 ans. Ses frères d’arme Léon Gautier et Hubert Faure lui survivent. Marius, figure des forces spéciales aux yeux du grand public, a rencontré le vétéran deux fois: «chez nous, c’est très important les Anciens. On ne coupe jamais le lien», nous explique-t-il, avant de regretter que l’on ne fasse pas assez «vivre l’Histoire». Car selon lui, «il y a des faits, de belles choses à raconter… Dans les manuels scolaires, on ne vous parle pas des 177 Français qui ont débarqué. La jeunesse qui jouit de grandes libertés ne sait pas à qui ils la doivent».

    «Ci-gît un tel, décédé à l’entraînement»

    ​Et elle la doit en partie à Jean Morel. Quand la guerre éclate en 1939, celui-ci se trouvait à l’école des mousses de la Marine nationale. Né en 1922 et donc à peine majeur, il refuse la défaite et embarque le 2 juillet 1940 pour l’Angleterre. «Je suis parti pour combattre les Allemands qui occupaient la France, je voulais libérer mon pays et ma famille», racontait-il en juin dernier à Cols-Bleus, la revue de la Marine nationale française. Formé comme opérateur radio, il rencontre fortuitement le colonel Kieffer à Portsmouth, qui met alors sur pied un commando français et s’intéresse aux compétences techniques du jeune Morel. Et l’intérêt est réciproque: «[Kieffer] cherchait des hommes pour créer un corps franc, c’est ainsi que je me suis engagé», se souvenait-il. Morel passe alors le redoutable stage de formation des commandos à Achnacarry en Écosse. C’est là que s’est érigé le mythe commando marine, un rite initiatique impitoyable comme nous le rapporte Marius:

    «En 1944, ils tiraient à balles réelles pendant les phases d’entraînement en Écosse! D’ailleurs quand vous entriez dans l’école de formation, il y avait des tombes factices à l’entrée: “ci-gît un tel, décédé à l’entraînement”, pour marquer la détermination.»
    © Wikipedia /
    Parcours commando à Achnacarry en Écosse, en 1943.

    Le Jour J, Morel participera à l’assaut de la première vague devant Colleville-sur-Orne. Projeté par une explosion, il chutera dans l’eau, lourdement équipé, et manquera de se noyer, mais traversa la plage sous le feu adverse avant de libérer Ouistreham. Il sera blessé grièvement au ventre et à la jambe un mois plus tard dans les combats à Bavent, le 18 juillet 1944. Seuls 24 commandos terminèrent la campagne de Normandie indemnes. Démineur et électricien après la guerre, Jean Morel a longtemps gardé le silence sur son passé de commando. Il ne retourna en Normandie qu’en 1983 pour participer aux commémorations du Jour-J. Un silence que semble d’ailleurs comprendre Marius: «Nous sommes très respectueux de la parole des anciens. Ils nous racontent ce qu’ils ont envie de nous raconter», nous dit-il.

    Excellence rustique

    En 2014, Morel recevait les insignes d’officier dans l’ordre de la Légion d’honneur. Une leçon contemporaine pour Marius, qui voudrait y puiser «un peu de patriotisme»: «le débarquement, ce ne sont pas que les Américains. Il y a cette histoire de jeunes Français qui venaient du sud, de Normandie ou de Bretagne». Et une histoire devenue tradition chez les commandos:

    «Depuis cette époque, rien n’a changé dans la rusticité, les parcours et les tests de sélection que l’on conserve encore aujourd’hui à l’école des fusiliers à Lorient. Ça n’a pas changé sur le “fight spirit”! Le socle de base n’a pas changé, notamment les quinze premiers jours, où vous êtes testés physiquement sur les mêmes parcours que ceux de la Seconde Guerre mondiale. Ce qui a évolué [au sein des forces spéciales, ndlr], c’est la technique… mais rien ne remplace l’homme et la rusticité: vous pouvez avoir tous les moyens techniques de la terre, si vous n’êtes pas prêts psychologiquement, ça ne peut pas fonctionner.»

    Les commandos marine ont d’ailleurs conservé une particularité vis-à-vis des autres unités non conventionnelles. Et ce, malgré la création d’un état-major commun aux forces spéciales en 1992, le Commandement des Opérations Spéciales (COS). Si les bérets verts ont naturellement partagé leur savoir-faire, ils ont toutefois maintenu leur formation vieille de 70 ans: «Nous sommes les seuls à ne pas avoir été rattachés à des Centres Nationaux d’Entraînement Commando (CNEC). C’est la marine qui forme ses commandos, et ça restera comme ça: les neuf semaines de stage, et à chaque étape de votre carrière, vous refaites un stage commando avec un niveau différent: niveau chef d’équipe, chef d’escouade, chef de mission.»

    © Photo. Nimrod éditions
    Marius, 22 ans dans les commandos marine. Surnommé ainsi pour ses origines méridionales, il a publié son autobiographie, "Parcours commando" (Nimrod, 2013)

    Peu d’élus passent le stage élémentaire, et Marius l’a passé trois fois. Une excellence hors norme qui rappelle que les commandos marine sont toujours, depuis 1944 et leur assaut sur Ouistreham, en pointe. Le décès des maîtres Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, tombés au Burkina Faso en mai 2019 pour libérer quatre otages, l’a rappelé. Un sacrifice qui confirme la conclusion de Marius: «l’esprit demeure».

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    Tags:
    Normandie, commémoration, forces spéciales
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