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Nouvelle victoire au tableau de l’armée française au Mali, dans la nuit du 20 au 21 décembre. 40 djihadistes ont été neutralisés par les commandos et par les nouveaux missiles qui équipent les drones Reaper. Mais ces succès suffisent-ils?

Les militaires appellent ça une «action d’opportunité». C’est non loin de la frontière mauritanienne que la force Barkhane a mené son dernier combat d’ampleur. Plusieurs groupes terroristes auraient été, selon les renseignements, rassemblés dans une zone densément boisée, à 150 km au nord-ouest de la ville malienne de Mopti, réputée être le territoire de la Katiba Macina, un groupe lié à Al Qaïda*. Dans la nuit du 20 au 21 décembre, des dizaines de commandos héliportés, appuyés par des hélicoptères Tigre, ont été engagés dans un assaut nocturne.

«Contact!»

Alors qu’ils procédaient à la fouille du campement ciblé, les commandos ont été pris à partie par un groupe de terroristes infiltrés à moto, à couvert dans des bois difficilement pénétrables. Les combats ont duré jusqu’aux première lueurs du jour.

Le lendemain, un drone Reaper a poursuivi l’action au sol des commandos et frappé des cibles au sol. Une grande première: l’armée française avait tout juste annoncé avoir achevé trois jours auparavant les tests des bombes de 250 kg qui équipent désormais trois aéronefs basés à Niamey au Niger. Sept terroristes supplémentaires ont été neutralisés ainsi. En tout, 40 ennemis au tapis. 33 terroristes ont pu être éliminés lors de l’engagement nocturne, et sept lors de la frappe du drone. Quatre pick-up, dont un équipé d’un canon anti-aérien, des motos et de l’armement lourd ont par ailleurs été saisis, et deux gendarmes maliens détenus en otage ont pu être libérés.

Un drone Reaper armé avec deux bombes GBU-12 bombs sur la base militaire Barkhane's à Niamey.
© AFP 2020 DAPHNE BENOIT
Un drone Reaper armé avec deux bombes GBU-12 bombs sur la base militaire Barkhane à Niamey.

Une victoire qui tombait à pic pour l’Élysée: en tournée en Afrique alors que les populations contestent de plus en plus la présence française, Emmanuel Macron était en Côte d’Ivoire.

«Ce succès considérable, c’est l’engagement de nos forces, c’est le soutien que nous apportons au Mali, à la région et à notre propre sécurité. Nous avons eu des pertes, nous avons aussi des victoires ce matin grâce à l’engagement de nos soldats et de l’opération Barkhane», a déclaré le Président français.

Une guerre ingrate

Le général Lecointre, chef d’État-major des armées, était lui aussi au Sahel la semaine précédente. En «inspection de théâtre», comme on dit. Peut-être d’abord pour souligner l’ingratitude de cette guerre, en réponse à la pression médiatique depuis la mort des 13 soldats français fin novembre: «Il n'y aura pas de grand soir, de grande bataille définitive avec défilé triomphal sur les Champs-Élysées. Nous sommes là pour endiguer la crise», a-t-il déclaré sur France Info. Toute guerre asymétrique se révèle par définition une guerre d’usure, malgré les réussites foudroyantes de l’année 2012.

Pour le haut commandement militaire, pas de doute donc, il s’agit d’assurer la sécurité française «pour les 30 ans qui viennent». Sans Barkhane, l’effondrement de la région, «provoquera une pression migratoire sur l'Europe, avec tous les risques populistes que cela entraînera».

2020 sera donc l’année de tous les risques selon Lecointre: «C'est maintenant, dans l'année qui vient, que se joue l'avenir du Sahel. C'est pour ça que nous nous engageons en avant-garde et que nous allons passer à la vitesse supérieure. Si nous loupons ce moment charnière, je suis assez pessimiste.»

Mais la victoire est-elle militairement possible? Le défi le plus immédiat est celui de Liptako-Gourma, la zone des trois frontières entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, une zone refuge des groupes terroristes qui vivent de pillages et de trafics. Militairement pourtant, le défi est constant. Dans le désert, la guerre asymétrique ressemble à une course-poursuite sans fin, comme nous l’a expliqué un officier d’infanterie récemment déployé au Sahel:

«La technique de l’évitement est privilégiée par les djihadistes: dès qu’il y avait l’armée française dans le coin, ils fuyaient. Ils s’attaquent aux forces plus faibles de la Mission des Nations unies (Minusma) ou des Forces armées maliennes (FAMA), ils ne s’attaquaient pas à Barkhane car ils savaient qu’il y avait du répondant.»

Les troupes maliennes souffrent à n’en pas douter bien davantage. Le sommet du G5 Sahel, qui devait se tenir le 16 décembre dernier à Pau, a été décalé après une attaque ayant causé la mort de 70 soldats nigériens. Début novembre, une autre offensive contre un camp militaire avait causé 53 morts dans les rangs de l’armée malienne. Des désastres qui reflètent le besoin de la présence française.

Même les cuistots ont défendu le camp

Cependant, les terroristes ne semblent pas avoir totalement pris l’ascendant. Les attaques directes contre les Français sont plus rares donc. Elles adviennent quand les terroristes se sentent acculés. Évoquant une offensive directe contre un camp français, l’officier d’infanterie constate: «Nous étions vraiment chez eux, dans la région des trois frontières. Sinon, c’est la technique de l’évitement qui prédomine.»

Autre fait d’armes: en avril 2018, le camp français de Tombouctou était attaqué par trois véhicules piégés, repeints aux couleurs de l’ONU. Explosant à l’entrée et soufflant plusieurs tentes, ils devaient ouvrir la voie à une vingtaine de djihadistes, alors que la majeure partie de la garnison est en mission à plusieurs centaines de kilomètres. Une quinzaine de légionnaires et de hussards, cuisiniers compris, étaient parvenus à repousser l’offensive. L’un des légionnaires manœuvra son VAB pour bloquer une entrée avant de monter à la tourelle pour mitrailler à la 12,7mm les assaillants.

Mais comment vaincre l’ennemi qui évite la confrontation, qui plus est sur un territoire grand comme l’Europe? Notre interlocuteur réfléchit, admet ne pas avoir «de réponse toute faite», avant d’ajouter: «peut-être faudrait-il une méthode d’engagement différente…», et de préciser sa pensée en riant: «qui se rapprocherait de la technique russe!». Derrière la boutade, un souhait de disposer d’une force de frappe accrue, ou d’user de la force de manière moins complexée. Un problème que l’armée en partie réglé avec les drones Reaper nouvellement armés.

Côté mobilité, le blindé Griffon devrait être déployé avec le 3e Régiment d’infanterie de Marine (3e RIMa) dans quelques semaines, mais ne saurait se révéler plus souple que les véhicules blindés légers (VBL) déjà en service. Il faut dire que de manière générale, les troupes ne semblent manquer de rien, ou presque. «Il y avait des soucis de chaussures dans les débuts, ça s’est amélioré: personne ne se plaint du matériel qu’on a, et puis on arrive toujours à trouver le petit système D à la française», nous rapporte l’officier d’infanterie.

Barkhane est sans conteste la priorité de l’armée française, le reflet de sa capacité militaire, les moyens semblent optimaux donc: les 4.500 soldats de l’opération semblent bien équipés et font au mieux au vu des circonstances… et en attendant les évolutions politiques. À commencer par un soutien plus explicite des États africains, mais aussi des alliés européens. L’opération «Tacouba», voulue par la France, rassemblerait des forces spéciales européennes. Pour l’instant, huit pays de l’UE auraient donné leur accord.

*Organisation terroriste interdite en Russie.

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Tags:
guerre, Mali, opération Barkhane
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