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Espérée ou fantasmée au début de la pandémie, l’intervention de l’armée française est devenue une réalité. Une semaine après l’annonce de l’opération «Résilience» par Emmanuel Macron, comment l’armée est-elle entrée en guerre contre le coronavirus? Revue de détail.

Le site de l’entreprise Kolmi-Hopennon est désormais jugé sensible. Il faut dire que la demande des masques FFP2 et chirurgicaux qu’elle produit est devenue pressante, et la voici qui fonctionne désormais 24h/24 et 7 j/7. Alors, une section du 27e Bataillon de chasseurs alpins d’Annecy patrouille désormais devant le hangar et les semi-remorques. Voilà une semaine qu’ils montent la garde, fusil d’assaut en bandoulière, dans cette zone industrielle non loin d’Angers (49). Présents dès le lendemain de l’annonce de l’opération Résilience par Emmanuel Macron, ils seront relevés par le 6e Régiment du génie.

© AFP 2020 JOEL SAGET
Chasseurs alpins de Sentinelle aux premiers jours du confinement. Désormais, ils sont mobilisés dans l"opération Résilience. Ils mènent des actions de soutien et de protection de la population (désinfection de lieux publics, soutien logistique aux pompiers), mais aussi de prise en charge médicale et de transport logistique. La mise à disposition de bâtiments militaires est aussi prévue.

Les autorités semblent vouloir éviter l’effet anxiogène

La presse locale s’est fait l’écho des nouveaux déploiements à travers l’Hexagone. Souvent, les militaires ne peuvent en dire davantage sur leur rôle ou leur unité. Un certain secret entoure leurs missions exactes. Il faut dire que le sujet de l’intervention militaire est sensible: dès les premiers jours de la pandémie, avant même l’annonce du confinement, des photos ou des vidéos de transports militaires avaient circulé sur les réseaux sociaux. Mais leurs déplacements, remarqués par la population en région parisienne, n’avaient rien à voir avec la lutte contre le coronavirus. Deux semaines plus tard, la donne a changé. À Limoges par exemple, c’est le 92e Régiment d’infanterie qui est présent, mais à La Rochelle, la presse n’en saura pas plus: seuls les bérets rouges vissés sur la tête des militaires indiquent que des parachutistes sont mobilisés.

© Photo / ECPAD
Opération Résilience: hélicoptère Caïman du 1e Régiment d"Hélicoptères de Combat.

Malgré ces quelques mystères, le déploiement semble s’être fait de manière naturelle: devant les hôpitaux ou aux abords des centres commerciaux, c’est un dispositif qui ressemble à s’y méprendre à l’opération Sentinelle qui s’est mis en place. L’ancien préfet Michel Aubouin, quelques heures avant l’annonce de l’opération, le disait à Sputnik France: l’intervention de l’armée apparaît dramatique, mais elle déjà devenue chose courante face à la menace terroriste. La menace sanitaire est un nouveau cas d’exception.

À bien des égards, seul le nom a changé: «Résilience». Pour le neuropsychiatre Boris Cyrulnik qui a écrit sur le sujet, la résilience est «la reprise du développement après un traumatisme». Après un tel vécu, soit les victimes ne s’en remettent pas et «subissent alors un syndrome psychotraumatique», soit elles s’appuient sur «plusieurs facteurs» qui lui permettent de dépasser la blessure. Une manière de dire que l’armée, institution respectée par la population, ne peut manquer d’être l’un de ces facteurs en ces temps difficiles.

Le Président de la République avait évoqué le soutien à la population dans les domaines «sanitaires, logistiques, et de la protection.» Alors que certains réclament une intervention dans les zones sensibles, où le confinement donne lieu à des confrontations avec les forces de l’ordre, l’armée s’est engagée en soutien aux autorités civiles. Non en remplacement: les militaires ne pourront pas jouer les pervenches et établir de contravention.

Résilience: une opération bien réelle, mais encore limitée

Les moyens logistiques sont déjà d’une grande utilité: les Airbus 330 «Phénix» de l’Armée de Terre ont, dès les premiers jours de l’opération, participé à l'évacuation des patients de l’Alsace vers les hôpitaux militaires de Marseille et Toulon. Le 7e Régiment de matériel de Lyon et le Régiment médical de Valbonne ont déployé sept porteurs pour répondre à la demande et livrer des masques de protection aux douze départements de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Dans l’Ain, opération identique: le préfet a réquisitionné le 68e Régiment d’Artillerie d’Afrique, lui aussi de Valbonne, pour livrer les quatre sous-préfectures du département.

© Photo / ECPAD
Airbus 330 «Phénix» de l"armée de l"air. Ils sont équipés du module de réanimation «Morphée» pour les malades, et sont accompagnés d"une équipe médicale complète.

Les hélicoptères Cougar du 5e Régiment d’Hélicoptères de Combat (RHC) de Pau-Uzein ont mené mardi dernier leurs vols d’essai pour transporter les malades et soulager les hôpitaux les plus saturés. Ils sont à leur tour entrés dans la danse, rejoignant des hélicoptères Caïman du 1er RHC de Phalsbourg, qui évacuent des patients de l’Est de la France à un rythme régulier de 6 par jour, avec en moyenne 3 à 4 heures de vol pour chacun d’entre eux.

À Mulhouse, dans le Haut-Rhin, un hôpital de campagne a été installé avec 30 lits. Cette «guerre» voit des schémas tactiques bouleversés: c’est cette fois le régiment médical, rompu aux scénarios nucléaire, biologique et chimique (NBC), qui est appelé en première ligne. Depuis mercredi, 25 militaires de ce dernier ont été accueillis au QG de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). Interventions au domicile des malades ou transports des patients vers les hôpitaux: avec 500 sorties quotidiennes liées au Covid-19 pour les seuls pompiers, la bataille est intense. Pourtant, seuls 15 militaires ont été affectés en Seine-Saint-Denis, «département où les sollicitations sont les plus fortes», a précisé au Parisien le lieutenant-colonel Claire Boët.

«On vit un enfer dans les hôpitaux en Seine-Saint-Denis, il faut l’armée dans les rues», avait déclaré il y a une semaine le docteur Stéphane Gaudry, médecin en réanimation l’hôpital Avicenne (Bobigny). Des propos alarmants, contredits par ceux du préfet du 93, selon lequel le confinement y serait «globalement bien respecté.» Ce n’est donc pas demain la veille que les chasseurs alpins patrouilleront à Saint-Denis.

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armée de terre, Covid-19
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