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Dans une tribune rédigée en anglais et publiée la veille des élections américaines, la ministre de la Défense plaide pour le renforcement des liens transatlantiques, tant en matière de Défense que d’économie. Le tout au nom de l’unité de l’Occident et de la promotion de ses valeurs à travers le globe. Un désaveu cinglant pour Paris.

Douche froide pour tous ceux qui, en France, croyaient encore à une coopération européenne en matière de Défense afin de se démarquer des États-Unis. Le 2 novembre, soit la veille du scrutin présidentiel américain, Annegret Kramp-Karrenbauer, ministre de la Défense allemande, a publié une tribune sur le site d’information washingtonien Politico.

Dans cette ode à la coopération transatlantique, les propos de celle qui est pressentie pour succéder à Angela Merkel à la tête de l’Allemagne sont sans ambiguïté: aux États-Unis, quel que soit le verdict des urnes, le futur Président devra entreprendre un rapprochement significatif avec Bruxelles. Quant aux Européens, ceux-ci doivent rester sous le «parapluie» de l’Amérique, «pays de l’espoir et […] de la liberté», afin de mieux défendre les valeurs occidentales face à «la concurrence mondiale» qui fait aujourd’hui rage.

«Dans un monde marqué par une concurrence accrue pour le pouvoir, l’Occident ne pourra rester ferme et réussir à défendre ses intérêts que tant qu’il restera uni. L’Europe reste dépendante de la protection militaire américaine, tant nucléaire que conventionnelle, mais les États-Unis ne seront pas en mesure de porter seuls la bannière des valeurs occidentales.»

Ce renforcement de l’axe Washington–Bruxelles doit, aux yeux de Kramp-Karrenbauer, s’effectuer tant en matière de Défense que commerciale. Une démarche notamment nécessaire aux yeux de la responsable allemande pour envoyer un «message clair» à Pékin. Elle estime surtout que cet alignement devrait offrir aux Européens les moyens financiers de leurs ambitions militaires et ainsi «montrer plus de muscles», notamment «dans la baltique, la mer du nord, en Europe centrale et de l’Est, dans les Balkans, au Moyen-Orient en Méditerranée et au Sahel.»

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Pour celle qui succède à Ursula von der Leyen au ministère de la Défense, il est donc à ce titre impératif que les «deux plus importants espaces économiques» du globe s’unissent commercialement et «éliminent toutes les barrières tarifaires et commerciales» entre eux. Pour la dirigeante de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), il ne doit ainsi y avoir aucune réserve à l’adoption d’un traité de libre-échange entre les deux rives de l’Atlantique, tel que le TAFTA.

«Nous devons également réaliser que nous devons dépenser et faire beaucoup plus pour maintenir la paix, défendre la liberté, renforcer nos valeurs et renforcer les règles qui, selon nous, devraient être en vigueur dans le monde entier», insiste Annegret Kramp-Karrenbauer.

Cette dernière entend ainsi, pour l’Allemagne, maintenir l’augmentation des dépenses militaires, un cap budgétaire «très difficile» du fait de la pandémie de Covid-19. «L’Allemagne, pour sa part, doit prendre d’urgence la décision de rester dans le cadre du programme de partage nucléaire de l’Otan et rapidement affecter les moyens budgétaires et militaires nécessaires pour rester un partenaire nucléaire fiable», souligne-t-elle.

Un clin d’œil d’autant plus complice qu’en avril, Berlin décidait d’acquérir 45 avions multirôles F-18 «afin de remplacer les Tornado pour transporter les bombes nucléaires», selon le site Opex360. Cette commande colossale à Boeing, signée par Annegret Kramp-Karrenbauer, a d’ailleurs valu à l’Allemagne les félicitations du secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg.

Dans une tribune publiée mi-mai dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, le chef de l’Otan rappelait que le coronavirus ne pas faisait pas disparaître les menaces auxquelles le monde était confronté: le terrorisme et les «régimes autoritaires qui défient les démocraties libérales», au premier chef la Russie et ses «actions agressives», mais surtout ses capacités nucléaires, auxquelles doit s’opposer le partage de la dissuasion nucléaire au sein de l’Otan afin de «préserver la paix et la liberté» de ses membres.

Défense européenne: une illusion française?

Cette position de l’Allemagne, principal pilier de l’Otan en Europe, n’est guère surprenante. Qu’en est-il en revanche de la lucidité de la France, qui multiplie les partenariats en matière de Défense avec son voisin outre-Rhin? Le site d’information militaire Opex360 souligne ainsi la contradiction entre cet alignement allemand sur Washington et la volonté française de chercher à développer avec ses partenaires européens –tout particulièrement l’Allemagne– une industrie de Défense qui permettrait de réduire la dépendance du vieux continent vis-à-vis des États-Unis. La France plaide notamment pour la création d’un Fonds européen de défense (FEDEF), dont les fonds furent finalement divisés par deux en juillet, souligne la même source.

Du côté de La Tribune, on s’interroge également, rappelant fin avril la «sensibilité» de nombreux pays européens aux «appels américains». Le journal économique et financier souligne toutefois les propos du patron de Dassault concernant le choix allemand d’appareils tels que les F-18 (et non le moderne F-35), qui laisserait présager que Berlin opterait à terme pour le Système de combat aérien du futur (SCAF) sur lequel travaillent conjointement la France et l’Allemagne.

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États-Unis, Allemagne, Annegret Kramp-Karrenbauer
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