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Le champ des prétendants au futur escadron de chasse croate se réduit. L’annonce du choix de Zagreb a été de nouveau reportée, mais on sait d’ores et déjà que les deux finalistes sont le F-16 et le Rafale. Derrière le duel économique et technologique, les enjeux diplomatiques affleurent. Analyse.

Qui du F-16 ou du Rafale l’emportera en Croatie? Zagreb ne statuera finalement sur le modèle du remplaçant de ses Mig-21 qu’en avril, selon le quotidien Večernji list. Pour l’instant, on sait que deux modèles restent en lice. Il s’agit du F-16 Block 70/72 de Lockheed Martin et du Rafale F3-R de Dassault Aviation. Une bonne nouvelle pour l’avionneur tricolore, qui entrevoit la possibilité d’un second succès en Europe après le contrat passé par la Grèce fin janvier 2021.

Rafale
© REUTERS / U.S. Air Force/Senior Airman Tyler Woodward
Les deux autres concurrents, le F-16D Barak israélien et le JAS Gripen C/D du suédois Saab, ont été recalés. Du moins pour l’instant, car selon la presse croate Stockholm n’entendrait pas en rester là. Estimant que l’appel d’offre aurait été truqué, les Scandinaves ne s’avouent pas battus et compteraient revenir dans le jeu avec une offre revue à la baisse: 900 millions d’euros pour le «package» (appareils, armement et formation), avec des conditions de financement avantageuses et auxquelles s’ajoutent les promesses de Saab d’investir dans l’économie croate.

Cela suffirait-il pour faire de l’ombre à l’industriel français qui, quant à lui, propose des appareils d’occasion qui seraient prélevés dans l’inventaire des forces armées françaises? Un choix qui ne serait pas sans conséquences sur la capacité opérationnelle de l’armée de l’air, en cas de victoire de l’offre de Dassault.

Comme en Grèce, Dassault propose des Rafale d’occasion

De son côté, l’échec israélien n’apparaît pas comme une surprise, dans la mesure où il est la raison de ce nouvel appel d’offres. En mars 2018, le gouvernement croate puis le Parlement validait le choix de 12 F-16 améliorés israéliens pour 500 millions de dollars, avant que l’Administration américaine n’oppose son véto, exigeant la suppression des mises à niveau de l’appareil effectuées par les Israéliens. Or c’est cette amélioration qui avait alors motivé la commande de Zagreb! Tel Aviv s’était confondu en excuses, avant de soumettre une nouvelle proposition, mais sans trop y croire.

Autre point noir de l’offre de l’État hébreu: l’âge des machines, qui affichent quarante ans de service. Un profil qui ne correspondait pas spécialement à ce que recherchent les Croates pour remplacer des appareils récupérés auprès des ex-forces aériennes yougoslaves ou achetés à des pays de l’ex-bloc soviétique.

Près de trois ans et un nouvel appel d’offres plus tard, cette «saga» de l’avion de combat croate est loin d’être terminée. Profitant de la nouvelle donne provoquée par le veto de l’Administration Trump sur les F-16 israéliens, Dassault propose des appareils moins chers que des F-16 neufs. 930 millions d’euros pour les Rafale contre 1,6 milliard côté américain. Cependant, la facture resterait lourde pour les finances croates. Et pas uniquement à cause du contexte de crise provoquée par la pandémie du Covid-19.

Des contrats industriels à fort accent géopolitique

Fin décembre, ce pays aux confins des Alpes et des Dinarides était frappé par deux tremblements de terre. Le coût de la reconstruction ainsi que de l’aide d’urgence aux sinistrées des régions du centre, les plus touchées, devrait se situer entre 11 et 12 milliards d’euros. Si Zagreb assure pouvoir faire face à cette dépense colossale pour son économie (environs 20% de son PIB), l’achat d’avions de combat n’est plus la priorité du gouvernement.

Mais au-delà du prix ou de la qualité du matériel, l’argument déterminant des deux industriels reste le poids des États derrière eux. Un point sur lequel s’accordent les différents titres de la presse croate. Le choix du futur avion de combat multirôle sera avant tout politique. D’un côté, l’hyperpuissance américaine. De l’autre, un appareil produit dans la première puissance militaire de l’Union européenne. Le tout, à l’heure où Zagreb recherche un «ancrage politique fort» au sein de l’UE, comme le résume le quotidien Večernji list. Union européenne que la Croatie a rejointe il y a moins d’une décennie, à l’été 2013, quelques années après son entrée dans l’OTAN.

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Croatie, Rafale
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