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Les Français ne renoncent pas à vendre leurs frégates à la Grèce! Face à l’offre agressive des Américains, donnée gagnante par la presse hellénique, Naval Group, appuyé par le ministère des Armées, muscle sa proposition. Outre un rabais sur les vaisseaux neufs, Paris est prêt à inclure gracieusement dans le deal deux navires anciens.

Les frégates Jean-Bart et Latouche-Tréville battront-elles bientôt pavillon grec? Selon les informations de La Tribune, les deux navires, l’un récemment désarmé, l’autre en passe de l’être, ont été proposés gratuitement à Athènes dans le cadre du contrat de renouvellement de sa flotte. Bousculés par l’offre américaine, Naval Group et le gouvernement français ont revu leur copie ces derniers mois.

Athènes a longtemps paru séduite par une proposition de Naval Group portant sur deux frégates de défense et d’intervention (FDI) équipées de missiles Scalp. Un marché à 2,5 milliards d'euros. En octobre 2019, lors d’une visite à Paris, Nikólaos Panayotópoulos, ministre grec de la Défense, avait même signé avec son homologue français, Florence Parly, une lettre d’intention concernant l’acquisition de ces «frégates numériques».

Deux semaines plus tard, le chef d’État-Major de la Marine grecque assistait à la découpe de la première tôle à Lorient aux côtés de Florence Parly. Pour la presse grecque, l’affaire était pliée. Toutefois, la presse spécialisée française se gardait alors de tout triomphalisme. Une prudence bienvenue puisque, un an plus tard, les médias grecs finissaient par sous-entendre que les Américains étaient en passe de coiffer les Français au poteau.

Face à Washington, Paris ne désarme pas

En effet, Lockheed Martin avait entre-temps formulé une proposition ultra agressive: quatre frégates de type Multi-Mission Surface Combatant (MMSC) pour deux milliards d’euros. Ces bâtiments ont beau être dérivés de la classe Freedom, dont la réputation a été tellement entachée outre-Atlantique par les défaillances que Washington a mis prématurément au rebut tous les vaisseaux de cette famille, l’offre est là: quatre frégates américaines pour un prix inférieur aux deux françaises. Cerise sur le gâteau, Lockheed Martin s’engageait à construire trois de ces navires en Grèce!

Rafale
© REUTERS / U.S. Air Force/Senior Airman Tyler Woodward
Le numéro un mondial de l’armement a pu également compter sur un soutien local de poids : l’ambassadeur des États-Unis. Ce diplomate ne ménage pas ses efforts dès lors qu’il s’agit de défendre un contrat d’armement entre «alliés de l’Otan». À Paris, on misait sur un renvoi d’ascenseur de la part Athènes après les prises de position d’Emmanuel Macron en Méditerranée orientale face à Ankara. Des espoirs douchés par la tournure des événements…

Cependant, les Français ne s’avouent pas vaincus. En décembre, peu avant que le Parlement grec ne rehausse significativement le budget de la Défense du pays, La Tribune ébruitait qu’une nouvelle offre avait été présentée par la France.

Mais, de leur côté, confortés par la concurrence acharnée entre Naval Group et Lockheed Martin, les Grecs ont revu leurs exigences à la hausse. En plus de quatre frégates neuves construites sur place, ils réclament désormais deux navires d’occasion «prêts» et «en bon état, éventuellement mis à niveau» afin de tenir tête à la Turquie durant les huit années nécessaires à la livraison de toutes les frégates, relate le journal économique.

La Marine nationale amputée?

Comme si cela ne suffisait pas, révèle encore La Tribune, Naval Group aurait été prié de ronger son frein afin de ne pas «parasiter» les négociations portant sur les dix-huit Rafale commandés par l’aviation grecque. Toujours selon l’hebdomadaire économique, il serait désormais question de céder quatre FDI plus deux frégates furtives de type La Fayette. Problème, ces vaisseaux sont toujours en service dans la Marine nationale et leur remplacement par n’est pas prévu avant 2023.

L’évolution des différentes versions du Rafale porte essentiellement sur l’avionique et l’armement. La version F3-R optimise ses capacités de «supériorité aérienne, la frappe tous temps dans la profondeur, l’appui aux troupes au sol ou encore le traitement d’objectifs d’opportunité», selon le ministère des Armées.
© AP Photo / French Army Communications Audiovisual office (ECPAD)
Sacrifier une partie de sa présence maritime pour honorer un contrat inter-gouvernemental présente des risques pour la France. Elle qui possède le deuxième plus grand empire maritime au monde aligne bien moins de moyens militaires que les autres puissances. Cette crainte du déficit capacitaire avait d’ailleurs surgi dans le cadre du contrat Rafale où Paris a déshabillé son aviation pour habiller l’allié grec. Les avions prélevés à la suite de ce marchandage seront remplacés grâce à une commande passée auprès de Dassault… Mais à l’horizon 2025!

Ce type d’opération n’est pas nouveau. Début 2015, dans la foulée d’une visite au Caire de François Hollande, Paris avait cédé une frégate multi-mission prélevée sur sa flotte afin de satisfaire l’impatience du maréchal Al-Sissi.

Aujourd’hui, l’enjeu semble moins spectaculaire puisque l’offre «promotionnelle» porte dorénavant sur deux bâtiments dont l’un est retiré du service et l’autre est en passe de l’être. Devant être désarmée en 2022, la frégate Latouche-Tréville est sur… la touche pour plusieurs mois après avoir subi de gros dégâts lors d’une tempête.

La marine grecque aurait été «plutôt agréablement surprise» par l’état général des frégates, vieilles d’une trentaine d’années, relate encore La Tribune. Néanmoins, l’armée française devra une nouvelle fois faire preuve de patience, Paris proposant, outre une baisse de prix de 15 à 20% par bâtiment, de livrer une frégate de défense et d’intervention en construction à Lorient, initialement prévue pour la Marine nationale. Celle-ci pourra ainsi être livrée rapidement tout en constituant la seule frégate que Naval Group ne fera pas fabriquer sur place.

Reste à savoir si cela permettra de couler l’offre américaine.

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Naval group, Florence Parly, Grèce
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