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Les Sud-Coréens ont présenté leur futur chasseur multirôle, le KF-21. Développé conjointement avec l’Indonésie sous le patronage des Américains, l’appareil devrait voler dès l’année prochaine et entrer en service en 2026. Grâce à une industrie coréenne capable de casser les prix, il risque de faire de l’ombre au Rafale.

Voilà bien une chose dont se serait passé Dassault Aviation: l’arrivée d’un nouvel acteur dans le club très restreint des concepteurs de chasseurs de génération 4+. Début avril, Korean Aerospace Industries (KAI) a présenté en grande pompe son dernier né : le KF-21 (pour Korean Fighter, 21th Century), lors d’une cérémonie en présence du Président sud-coréen Moon Jae-in.

Surnommé Boramae («jeune faucon» en coréen), ce chasseur développé depuis 2011 en partenariat avec l’Indonésie et avec le concours de Lockheed-Martin permet à l’industrie aéronautique du pays du Matin calme de s’inviter dans la cour des grands. «On passe vraiment à la catégorie supérieure», insiste Jean-Vincent Brisset auprès de Sputnik. Le général (2S) de brigade aérienne compare le KF-21 au T-50 Golden Eagle, le précédent et tout premier aéronef supersonique développé par la Corée dans les années 1990.

Un concurrent sérieux pour le Rafale

Avec une entrée en service prévue pour 2026, l’appareil multirôle monoplace devrait concurrencer l’Eurofighter Typhoon, le Grippen suédois et, bien sûr, le Rafale sur leur marché. Premier gros avantage du chasseur coréen par rapport à ses homologues européens: sa conception récente.

«Le Rafale est un appareil des années 1980, on est parti sur l’architecture de base qui était possible à l’époque. Celle-ci est évolutive, mais pas autant que l’architecture d’un gros avion comme le F-15», développe le général Brisset, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Reste à savoir si cette fraîcheur peut contrebalancer les capacités en opération dont le Rafale a su faire preuve depuis son entrée en service au début des années 2000. Le KF-21 peut en tout cas compter sur un autre argument de taille face au fleuron de l’industrie aéronautique française: son prix. L’appareil, dont KAI espère vendre quelques 120 exemplaires d’ici 2032, est annoncé autour des 65 millions de dollars pièce… bien loin des 100 millions d’un Rafale. «S’ils réussissent à maintenir leur prix, ce sera un concurrent très dur pour le Rafale», assure notre intervenant.

Couronnement d’un effort industriel national

Casser les prix, une vieille habitude des industriels coréens. Dans l’armement aussi. Samsung s’adonne allégrement à la pratique avec ses obusiers automoteurs (K9), venant jusqu’au sein de l’Union européenne rafler des marchés à Nexter et ses célèbres canons Caesar.

Pour le moment, les Sud-Coréens semblent tenir leurs promesses. Notamment au niveau des  délais. La présentation du prototype avait été annoncée pour le premier trimestre de cette année. Mission accomplie, dix ans après les premières études. Le projet était alors désigné sous l’appellation «KF-X». Même rigueur niveau budget, avec une absence notable de dérapage.

Il faut dire que KAI regroupe plusieurs conglomérats tels que Daewoo Heavy Industries, Hyundai Space and Aircraft Company (HYSA) et Samsung Aerospace, véritables piliers de la puissance industrielle du pays. Le tout dans un élan national de plusieurs décennies visant à doter la Corée du Sud d’une souveraineté industrielle dans l’aéronautique de défense.

Un cas de figure à l’opposé même de celui de la France, qui a progressivement tourné le dos à ses fleurons industriels, démantelés ou européanisés, au cours des trente dernières années. Les démêlés entre Dassault et les Allemands autour du Système de combat aérien du futur (SCAF) illustrent la difficulté pour la France de maintenir sa souveraineté face aux diktats de Berlin. On notera également que MBDA, filiale d’Airbus et du britannique BAE Systems, qui arme de ses missiles air-air Meteor le Rafale et le Typhoon, fournira les mêmes modèles au chasseur coréen. Voilà qui n’aidera guère les appareils européens à se distinguer en cas de mise en compétition avec le KF-21.

Les Américains à la barre?

Troisième argument notable en faveur du chasseur coréen: le positionnement géopolitique de ses concepteurs. Bien que Séoul soit un allié majeur non membre de l'Otan (MMNA), ce «pays n’est pas politiquement impliqué comme peuvent l’être les États-Unis», estime Jean-Vincent Brisset. Quant à l’Indonésie, qui a co-développé l'appareil, elle ne rechigne pas à acheter du matériel russe. Des emplettes auxquelles s’opposent d’ailleurs de plus en plus vigoureusement les États-Unis.

Pour autant, à ce jeu du non-alignement, le KF-21 présente une faille: sa motorisation américaine (deux F414-GE-400K de General Electrics). Un équipement qui soumet les exportations de l’appareil au bon vouloir de Washington et de la Réglementation américaine sur le trafic d'armes au niveau international (normes ITAR).

«L’intérêt d’être le fournisseur incontournable d’une partie vitale de l’appareil veut dire que le robinet est américain», confirme le général Brisset.

À travers ces fameuses normes ITAR, ne pourrait-on pas considérer ce KF-21 «cassant les prix» sur le marché des chasseurs de quatrième génération comme un bâton jeté dans les roues de Dassault aviations par l’industrie aéronautique américaine? Le chercheur associé à l’IRIS approuve cette idée: «Pour les Américains, il est plus intéressant de voir se vendre un KF-21, sur lequel ils auront 40% de retour qu’un Rafale où ils n’en auront que 3%.»

En outre, si Washington est en mesure de bloquer les ventes du KF-21, celui-ci concurrencera bien moins le F-35, appareil de cinquième génération, qu’un Eurofighter ou un Rafale. En effet, malgré sa grande ressemblance avec le F-22 (premier appareil américain de cinquième  génération), le nouveau-né n’est pas furtif. Un défaut rédhibitoire qui l’empêche d’intégrer le club ultra select des chasseurs dernier cri.

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États-Unis, Corée du Sud, Rafale
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