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Le Rafale reste en lice en Suisse, qui cherche un remplaçant à ses F-18. Face au fleuron de l’industrie aéronautique tricolore, le F-35 américain. Jusqu’à présent, la mise en concurrence des deux appareils lors d’appels d’offres a toujours été fatale à l’appareil de Dassault. Le mauvais sort sera-t-il enfin conjuré? Analyse.

Le Rafale peut-il l’emporter en Suisse? Le fleuron de Dassault est en lice pour remplacer les F-18 helvètes vieillissants, pour un contrat de six milliards de francs (5,5 milliards d’euros). La réponse du Conseil fédéral est attendue d’ici fin juin, souligne La Tribune.

Car l’appareil multirôle ne livre pas qu’un combat dans le ciel suisse: le chasseur français pourrait bien s’envoler ailleurs. Selon l’hebdomadaire économique et financier, «sauf accident», l’Indonésie devrait devenir le prochain acquéreur du Rafale avec une signature entre Florence Parly et son homologue indonésien «dans les prochaines semaines». Bref, après l’annonce d’une nouvelle vente à l’Égypte et le contrat grec en début d’année, le ciel semble à première vue dégagé pour l’avionneur tricolore.

Cependant, la concurrence s’annonce bien plus rude sur les appels d’offres croate et suisse auxquels répond le Rafale. La Croatie doit prochainement communiquer son choix entre le Rafale et le F-16, appareil d’ancienne génération littéralement soldé. Un argument prix qui n’aurait finalement pas joué en faveur de Boeing, Zagreb ayant opté pour l’offre de Dassault, selon des informations non confirmées de La Tribune. En revanche, en Suisse, l’avion français fait face au dernier-né de Lockheed-Martin, le F-35.

«S’il y a une vraie commande, la Suisse sera beaucoup plus importante en termes de retentissement», confirme à Sputnik le général (2S) de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset, chercheur associé à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques).

En effet, s’il est d’usage dans la presse française de souligner que les ventes de Rafale ont «décollé» depuis la première commande d’un État étranger en 2015, avec l’achat égyptien de 24 appareils, jusqu’à présent, le Rafale a toujours perdu ses matchs face à son rival étasunien.

Appels d’offres, série noire pour le Rafale

Ainsi, Dassault resta-t-il cloué au sol au Canada et en Belgique. Bien qu’impliqué dans le programme JSF ayant abouti au F-35, Ottawa avait lancé un appel d’offres dans lequel concourrait le Rafale. Mais en 2010, les Canadiens optèrent finalement, malgré une offre particulièrement généreuse de Dassault incluant un transfert complet de technologies, pour 65 appareils américains.

L’affront le plus symbolique demeure celui de Bruxelles, cœur politico-administratif de l’Union européenne, qui en 2018 snoba également l’appareil français au profit du F-35. Un pied de nez à l’«Europe de la Défense», s’était plaint Paris. D’autant plus que, contrairement au F-35, le Rafale, a fait ses preuves au combat, de l’Afghanistan au Sahel en passant par l’Irak et la Libye. Agacé, le PDG de Dassault avait lors d’une audition à l’Assemblée nationale fustigé deux appels d’offres «pipés».

La firme française ne répondit d’ailleurs même pas à celui lancé en 2013 par le Danemark. Comme les Pays-Bas et la Norvège, le royaume avait rejoint dès la fin des années 90 le programme JSF. Présenté comme ayant une longueur d’avance, le F-35 écrasa sans surprise la concurrence européenne (Eurofighter). Dans les années 2000, les autres voisins de la France partenaires du JSF, comme l’Italie ou le Royaume-Uni, avaient directement commandé leurs exemplaires auprès des Américains sans même faire mine de jouer la «transparence» à travers un appel d’offres.

L’État français, meilleur VRP du Rafale

Du côté des succès remportés par le Rafale, qu’il s’agisse de l’Égypte, du Qatar ou de la Grèce, du probable marché indonésien et dans une moindre mesure de l’Inde, les contrats se sont directement négociés entre les exécutifs. Des «contrats aidés» qui ont fait le succès du Rafale ces dernières années, insiste Jean-Vincent Brisset.

«On est sur quelque chose de relativement nouveau. Les contrats d’armement, normalement, se font entre un vendeur –qui est l’industriel– et un acheteur. Là, toutes nos exportations d’armement récentes sont très largement pilotées au niveau de l’exécutif et non plus au niveau de l’industriel», développe-t-il.

Des contrats négociés pas toujours à l’avantage du contribuable tricolore, à l’exemple des «conditions absolument exceptionnelles» offertes à Athènes par Paris, qui a notamment cédé douze de ses propres Rafale à prix cassé. Un scénario qui s’est sans doute aussi produit lors du contrat conclu avec l’Égypte en 2015, «dont on n’a toujours aucun détail sur son financement», s’agace le général.

Rien à voir avec les Helvètes, qui ont budgétisé 200 millions de francs suisses par appareil. Cette somme doit couvrir l’achat de l’avion, de ses armements, ainsi que sa maintenance sur trente ans. «On ne va pas être obligé de leur prêter de l’argent pour qu’ils achètent», ironise le général. Néanmoins, ce juteux contrat suisse passe par un duel avec le F-35. «On négocie sur un avion, non pas sur un bloc militaro-politique», insiste notre intervenant.

Le Rafale, plus adapté au ciel suisse?

Retour de la série noire face à l’appareil américain? Pas si sûr. Le F-35 est certes plus récent que le fleuron de Dassault. Catégorisé de 5e génération, il peut compter sur sa furtivité, sa vitesse de croisière supersonique et une impressionnante informatique embarquée.

Néanmoins, il n’offre pas la même souveraineté d’usage que l’avion français. «Le F35 n’a pas une utilité forte s’il n’a pas de liaison avec les États-Unis», rappelle notre intervenant. En effet, les données collectées par les F-35 en vol transitent pour analyse par les serveurs de Lockheed-Martin aux États-Unis. «Sur le plan politique, le Rafale est beaucoup plus indépendant. Il est plus cher à l’achat, mais c’est à la fois un bon avion de défense aérienne et un bon avion d’appui aérien», ajoute le général de brigade aérienne. «Le Rafale est un vrai appareil polyvalent», résume-t-il. Contrairement au F-35:

«Niveau opérationnel, le F-35 est un appareil qu’on ne peut pas avoir comme seul avion dans une flotte. Il n’est pas multirôle. Sur le plan de l’interception, il n’est pas bon. Le F-35 coûte moins cher à l’achat qu’un Rafale; par contre, à l’heure de vol, il devient rapidement très cher et les problèmes de disponibilité peuvent rapidement être pénibles avec le F-35, ce qui n’est pas le cas du Rafale.»

Usure prématurée des moteurs, canon principal qui tire de travers, revêtement furtif qui ne tient pas le franchissement du mur du son… depuis sa sortie des usines de Lockheed-Martin, le F-35 aligne les déconvenues qui n’ont pas manqué d’être relevées par la presse américaine. Néanmoins, sur ce point, notre intervenant met en garde contre la tentation du F-35 «bashing»: «Imaginez les communiqués que Lockheed-Martin ou Boeing pourraient faire sur le Rafale si, comme Dassault, ils pouvaient s’acheter des médias.»

Par ailleurs, les points forts du chasseur américain n’en sont forcément dans le ciel helvète. «Le principal argument du F-35, c’est sa capacité à pénétrer les défenses adverses. Pour un pays comme la Suisse, ce n’est pas justifiable», estime Jean-Vincent Brisset.

Quoi qu’il en soit, ce match entre le Rafale et le F-35 dans le ciel suisse donnera un avant-goût d’un autre affrontement entre les deux appareils, cette fois-ci en Finlande. Ce royaume scandinave, voisin de la Russie, vient tout juste de boucler son appel d’offres pour 64 appareils afin de renouveler sa flotte de F-18. Là aussi, le fleuron de Dassault se retrouve en compétition avec celui de Lockheed-Martin. Montant du contrat à la clef, neuf milliards d’euros. La réponse d’Helsinki n’est pas attendue avant la fin d’année.

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Tags:
Suisse, F-35 Lightning II, Rafale
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