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Varsovie a officiellement annoncé avoir choisi le char Abrams au détriment d’une solution européenne. Surprenant au premier abord d’un point de vue opérationnel et logistique, ce choix pourrait s’expliquer par une raison qui n’a rien à voir avec la nécessité de parer une potentielle invasion russe.

C’est confirmé. Varsovie a annoncé l’achat de 250 chars M1 Abrams, à peine une semaine après l’apparition dans la presse polonaise de rumeurs d’un gros contrat. «Nous commandons les chars les plus modernes», s’est félicité le 14 juillet Mariusz Błaszczak, ministre polonais de la Défense, à l’occasion d’une cérémonie militaire. Moderniser la flotte de blindés polonaise est en effet l’objectif affiché.

Parmi les compétiteurs écartés de ce juteux contrat, le Leopard 2 de KNDS. Fruit de la fusion du français Nexter et de l’allemand Krauss-Maffei Wegmann, le groupe est par ailleurs actuellement chargé de piloter le développement du futur système européen de combat terrestre du futur (MGCS). Un coup dur pour l’industrie de Défense européenne, d’autant plus que la Pologne est de loin le premier bénéficiaire net des subventions de l’UE, pour environ 16 milliards d’euros chaque année. Pour autant, la Pologne demeure, depuis bien avant son entrée dans l’Union européenne, un très fidèle client du complexe militaro-industriel américain.

M1 Abrams, un puits à kérosène… et à zlotys

Ainsi, pour la bagatelle de cinq milliards d’euros (23 milliards de zlotys), Varsovie s’est vu proposer par General Dynamics Land Systems (GLDS) la toute dernière version disponible du char Abrams, le M1A2 SEPv3, livrable dès l’année prochaine. Du côté de la presse américaine, on souligne d’ailleurs que l’armée polonaise recevra ses exemplaires bien avant la plupart des unités de l’US Army.

Principal point fort mis en avant de cette dernière mouture de l’Abrams: le système de protection active (APS) «Trophy». Étrenné par ses concepteurs israéliens sur les Gazaouis depuis une dizaine d’années, il permet grâce à son radar d’acquisition et son éventail de contre-mesures d’éliminer la plupart des projectiles avant qu’ils n’atteignent le blindé. Le tout couplé à un blindage passif à l’uranium appauvri amélioré sur cette version SEPv3.

Il faut dire que la vingtaine d’Abrams détruits au Yémen, en partie par les rebelles houthis, ont plutôt fait une mauvaise pub à GLDS. Toujours dans cette optique de parer aux méthodes de guérilla, le M1A2 s’est également vu équiper d’un brouilleur pour empêcher le déclenchement des engins explosifs improvisés (IED) sans fil. Autre ajout, celui d’une alimentation auxiliaire, afin d’améliorer l’efficacité énergétique de l’Abrams, en lui permettant de maintenir, le moteur coupé, ses systèmes en fonction.

De Washington à Varsovie, l’obsession russe

Reste à savoir si ces améliorations sont capables d’éclipser les défauts du blindé américain. En effet, pour mouvoir ses 67 tonnes, cette starlette du combat de plaine a besoin d’engloutir 83% de carburant en plus que le Leopard 2 à vitesse constante, c’est-à-dire sans même compter la gourmande phase de chauffe du moteur. En plus d’obliger l’armée polonaise à se doter d’une logistique adaptée (les tanks roulent habituellement au Diesel), cette surconsommation en carburant de l’Abrams représente un réel talon d’Achille aux yeux de la presse spécialisée.

Du côté de l’armement, l’Abrams est équipé d’un canon à âme lisse de 120 millimètres… Made-in-Germany, de Rheinmetall. Exactement le même donc, que celui du Leopard 2. Niveau munitions, le M1A2 SEPv3 se voit équipé d’un système de liaison de données ADL (pour Ammunition Data Link) lui permettant de tirer des obus explosifs à fragmentation multimodes M1147 AMP. Au-delà d’augmenter considérablement l’autonomie du blindé en remplaçant quatre types d’obus tactiques par un seul, l’explosion de ce dernier peut être programmée permettant d’éliminer des ennemis à couvert.

Chars d’assaut contre chaîne de télé

Autre munition ajoutée à son arsenal et sur lequel on met l’accent outre-Atlantique: le M829a4, tout dernier obus-flèche de l’armée américaine. En dotation depuis 2015, cet obus perce-blindage est vanté pour être capable de venir à bout des blindages réactifs explosifs (ERA) des tout derniers chars russes. Il faut dire qu’Américains et Polonais partagent sur ce point une certaine obsession. Le ministre polonais ne s’en cache guère, c’est bien pour «dissuader un agresseur potentiel» qu’il s’offre ces 250 nouveaux jouets. «Nous savons tous où se trouve cet agresseur», poursuit le ministre, une allusion transparente à la Russie.

Mais au-delà de la technicité du blindé, une autre dimension d’ordre bien plus politique se serait immiscée dans le contrat, à en croire une partie de la presse polonaise. Le choix du M1 Abrams aurait surtout pour but d’amadouer l’administration Biden. Ou en tout cas de faire passer une pilule. Selon Gazeta Wyborcza, cette annonce survient une semaine après l’introduction d’une proposition de loi qui, si elle était adoptée par la Diète, forcerait le groupe américain Discovery à céder ses parts dans TVN24. La première chaîne d’information dans le pays, libérale et présentée comme critique vis-à-vis du gouvernement conservateur polonais, passerait ainsi sous contrôle étatique. Ironie du sort, ce dispositif qui jusqu’à présent interdit aux groupes non européens de posséder plus de 49% d’un média du pays avait été créé en 2015 afin de parer l’arrivée de médias russes.

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