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    Le refus tchèque: une erreur ou une manœuvre habile?

    Le refus tchèque: une erreur ou une manœuvre habile?

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    La République Tchèque continue à choquer l’opinion publique européenne. Sur les 27 pays qui ont adhéré au Pacte sur la stabilité budgétaire, deux seulement ont dit «non»: le Royaume-Uni et la République Tchèque.

    Les Tchèques, ne font-ils pas une erreur, en s'éloignant de l'UE? Ne risquent-ils pas de se retrouver finalement sur le bas côté de la route de la sortie de crise européenne? Et leur détermination de passer à la monnaie unique ne risque-t-elle pas de provoquer l’effondrement de l’économie du pays? Les opinions des experts à Moscou et à Prague sont partagées.

    Voici l’opinion du Directeur des recherches macroéconomiques à l’Ecole de hautes études en Sciences économiques, l'ancien vice-président de la Banque centrale de Russie Sergueï Aleksashenko.

    «En dehors de la zone euro, la République Tchèque a la possibilité de mener une politique monétaire et une politique budgétaire plus souple, comparé aux pays qui utilisent la monnaie unique. Je ne pense qu’il faut toujours se forcer à rentrer dans des cadres rigides communs. Je considère que la position de la République Tchèque est assez équilibrée et prudente. Car on ne sait pas si l'accord budgétaire sera la «bouée de sauvetage» qui permettra de stabiliser la situation dans l'Union européenne. En effet, c'est une tentative d'unifier la politique budgétaire. Mais ils ont commencé par des sanctions fiscales et ce qu’il leur faut, c’est un budget unique, et un seul ministère des Finances. Cet accord de 25 pays – c’est une nouvelle demi-mesure. Et on ne sait si les conditions de cet accord seront respectées. L’introduction du contrôle extérieur, n’aura-t-il pas l’effet d’un choc, surtout si le pays ne sera pas en mesure de baisser jusqu’à un niveau nécessaire son déficit budgétaire? C’est la raison, pour laquelle un petit pays comme la République Tchèque tient autant à sa stabilité, à sa couronne, considérant que la situation économique sera plus stable avec cette monnaie pendant la période de crise».

    Selon un récent sondage, la majorité des Tchèques sont de même opinion. Seuls 30% croient que le premier ministre Petr Necas a commis une erreur en refusant de signer le pacte budgétaire de l'UE à Bruxelles. Vladimir Votapek, un journaliste indépendant et l’ancien consul de la République Tchèque à Saint-Pétersbourg a évoqué par téléphone depuis Prague les arguments de la minorité dans un entretien avec le correspondant de Voix de la Russie Gaïané Khanova.

    «N’ayant pas adhéré à l’unité européenne sur la réduction budgétaire, nous nous sommes à nouveau mis de travers sur la route, qui mène à l’intégration vers l’Union européenne. Les raisons d'une telle décision n'ont pas de motif économique. Initialement, la délégation tchèque n’avait aucun grief par rapport au texte de l’accord. Au contraire, l'idée d'une intervention plus décisive dans la politique financière des pays où se sont accumulées des dettes considérables et le budget n’est pas équilibré, était formulée. Et tout à coup, nous refusons de signer ce document! Comme toujours, c’est la position très négative du président Vaclav Klaus par rapport au renforcement des instruments de contrôle de l’UE, qui a influencé la situation. Par temps de crise, les eurosceptiques comme lui, sont en majorité. Les partis politiques ont occupé des positions différentes. En d’autres termes, le premier ministre, ne pouvait pas ne pas prendre en compte les points de vue prédominants dans le pays».

    Voix de la Russie: Quel est donc l'avenir de la couronne tchèque? Pourra-t-elle sauver le pays pendant la crise?

    «Nous ne pouvons pas garder la main sur la couronne, espérant de garder ainsi un status quo dans l’économie! La couronne ne pourra pas sauver le pays dans toutes les situations. Il y a des dizaines de différents fonds financiers et d’acteurs majeurs sur les marchés, qui peuvent faire tomber la monnaie tchèque affaiblie en une heure, s’ils le désirent. Nous devrons alors payer un prix cher pour notre soi-disant indépendance! Nous survivrons si nous réussissons à nous rallier à une unité de paiement forte. Ce ne sera certainement pas le dollar, qui a failli s’effondrer récemment. Et, hélas, pas le rouble, qui n’est pas suffisamment fort pour l’instant. Ni le yuan, d’ailleurs. Il reste l’euro. La République Tchèque n’a en fait pas d’autre choix».

    Vladimir Votapek estime que le refus de signer l'accord budgétaire de l'UE par la République Tchèque, c’est un phénomène temporaire. D’ici à mars, le pays pourrait revenir sur sa décision. Car Prague ne sera pas en mesure de toujours s'opposer à la majorité européenne.

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