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    Les productions étrangères quittent la Chine

    Les productions étrangères quittent la Chine

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    Les producteurs étrangers ne considèrent plus la Chine comme le meilleur espace pour leurs sociétés. Motorola, Apple et d’autres géants américains construisent des usines dans leur pays. Les sociétés allemandes s’intéressent de plus en plus aux nouvelles possibilités que peut lui proposer l’Afrique du Nord. Même certains consortiums automobiles japonais quittent la Chine. Les experts disent que si la tendance est continue, la mention « Made in China » deviendra rare.

    Il semble que l’époque de la suprématie mondiale des produits fabriqués en Chine s’achève. Pendant près de 20 ans, ce pays était un gigantesque atelier de production pour tout ce qui peut bien exister. En Chine, le pays qui abrite 1/5 de la population mondiale, n’importe quel travail pouvait être accompli pour quelques sous. Les autorités attiraient dans le pays des investissements étrangers. Ceci remédiait au problème du chômage et assurait le développement de nouvelles technologies. Une croissance économique colossale a été enregistrée. Toutefois aujourd’hui, celle-ci s’est ralentie et les autorités chinoises ont décidé de prendre le processus sous leur contrôle. Selon Alexeï Portanski, expert de l’École supérieure d’économie, certaines de leurs idées peuvent se refléter négativement sur l’activité commerciale des sociétés étrangères.

    « Ces derniers temps, les autorités chinoises exprimaient leur bonne volonté d’opérer des changements radicaux dans leur stratégie économique. Plus particulièrement, le Conseil d’État chinois a publié un projet de diminution de la capacité de production dans de nombreux secteurs industriels. Le fait est qu’en Chine, la principale ressource compétitive est épuisée : il s’agit de la main-d’œuvre bon marché qui, pendant longtemps, venait des villages. Dans ce contexte, la décision des grandes sociétés de relocaliser leur production dans d’autres pays semble absolument logique »,explique-t-il.

    De plus, la production devient de plus en plus complexe et exige des cadres de plus en plus qualifiés. Ces derniers ont pris conscience de leur prix et exigent une amélioration de leurs conditions de travail. Ils font quelques grèves et voilà que l’on est contraint de battre en retraite :

    « Les salaires sont en train d’augmenter en Chine. Les entreprises qui créent des joint-ventures dans le pays sont obligées d’augmenter leurs dépenses de main d’œuvre. De plus, une réforme de la sécurité sociale est en mise en place en Chine, ce qui a pour conséquence la croissance considérable du prix de la main-d’œuvre dans les entreprises basées en Chine », explique Andreï Ostrovski, directeur adjoint de l’Institut d’Extrême-Orient.

    Actuellement, le salaire minimum en Chine a augmenté de 80 cents américains de l’heure. Dans les provinces maritimes développées, où est concentrée la plus grande partie des entreprises étrangères, le salaire des travailleurs chinois augmente encore plus rapidement. Là-bas, le coût de la main-d’œuvre atteint déjà 1 dollar, tandis qu’aux Philippines, il n’est que de 61 cents, ce qui est une bonne raison pour délocaliser l’entreprise. La Birmanie, l’Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande, l’Asie du Sud-Est ont aussi de l’attrait pour les investisseurs occidentaux. De ce point de vue, les Européens convoitent aussi l’Afrique du Nord. Là-bas, le prix de revient de la production est deux fois plus important qu’en Chine, mais la diminution de dépenses logistiques et du temps de livraison compensent la différence.

    Par contre, les discussions d’un retour total de la production aux États-Unis ou en Europe de l’Ouest ne devraient pas être prises au sérieux. Bien sûr, une certaine partie d’entreprises de hautes technologies pourrait être relocalisée là-bas. Par exemple, Motorola ouvre une usine de production de smartphones au Texas et Apple a décidé de produire une partie des ordinateurs Mac dans son pays natal. Toutefois, ce n’est pas tant une décision de ces corporations que le résultat de la pression des autorités : il y a, à ce que l’on dit, une crise, du chômage, et il faut aider ses compatriotes. Andreï Ostrovski souligne que les producteurs occidentaux ne partiront pas complètement de Chine, car ce marché est leur principal débouché.

    « Prenons l’Allemagne. Il y a en Allemagne beaucoup de constructeurs automobiles. La plupart de ces entreprises font des bénéfices non pas sur les marchés européens, mais en Chine. Par exemple, Volkswagen, BMW et Opel n’ont pas pénétré le marché chinois à temps, ce qui leur a été fortement préjudiciable, alors que Volkswagen était en plein essor. Tous les grands constructeurs automobiles d’Europe ont une production en Chine. Et ils ne se préparent pas à partir. »

    Le Japon, lui, menace de retirer totalement sa production de Chine. Il a ses raisons, à savoir l’intérêt national. La dégradation des relations politiques bilatérales et le mouvement antijaponais en Chine a déjà poussé Honda et Toyota à construire des usines dans d’autres pays. Quand elles tourneront à plein régime, ces sociétés décideront quoi faire avec leurs productions en Chine.

    Cela effraie-t-il la Chine ? Pas autant que ça aurait pu être le cas il y a quelques années. Tout d’abord, tout cela ne se fera pas rapidement. Ensuite, selon Konstantin Kokarev, directeur adjoint de l’Institut d’études stratégiques russe, les Chinois commencent à produire eux-mêmes leurs propres marchandises.

    « Actuellement, la question est de transformer le label « Made in China » en « Designed in China ». Les Chinois veulent produire leurs propres voitures, leur propre électronique, proposer leurs propres services, etc. C’est la prochaine étape pour la Chine et elle est en pleine réflexion et en pleine analyse. »

    Pour le moment, le départ des productions étrangères de Chine n’est pas encore une tendance nette, mais les conditions sont favorables. Il est tout à fait possible que les produits chinois se raréfient et deviennent plus chers, et les marques habituelles auront une autre résidence. Quoi qu’il en soit, c’est le consommateur qui payera au bout du compte. T

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