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Jacques Cheminade : « Frapper l'oligarchie financière à la racine »

Jacques Cheminade : « Frapper l'oligarchie financière à la racine »

Crédit photo Julien Lemaître
Economie
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Rôle réel et stratégie de l'oligarchie, moyens de lutte contre la finance spéculative, mise en place d'un nouveau système international, grands projets de développement, rôle de la Russie, risque de guerre nucléaire… Pour La Voix de la Russie, l'intellectuel et homme politique français Jacques Cheminade, deux fois candidat à la présidentielle, nous livre son analyse. Entretien.

La Voix de la Russie : Jacques Cheminade, bonjour. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de La Voix de la Russie ? Comment vous situez-vous politiquement ?

Jacques Cheminade : Au sein de l’univers politique français, je me suis défini comme un « gaulliste de gauche », c’est-à-dire comme défendant le droit des peuples à l’autodétermination et au progrès économique et social. Je combats un système financier et monétaire international fondé sur l’émission de capital fictif, c’est-à-dire de la fausse monnaie n’apportant ni amélioration sociale ni réel développement de l’économie physique. Karl Marx, dans le Livre 3 du Capital, chapitre 25, analyse cette aberration destructrice du capitalisme, une analyse poursuivie, chacun à leur façon, par Rosa Luxemburg et Rudolf Hilferding. Contre l’oligarchie financière qui promeut cette politique destructrice et conduit à la guerre, mon objectif est de catalyser une alliance de forces politiques françaises regroupant le socialisme jaurésien, le gaullisme résistant, le christianisme social dans la lignée de Marc Sangnier et le radicalisme mendésiste, pas nécessairement dans un même gouvernement mais dans une attitude commune de combat vis-à-vis de cet adversaire principal. Je me retrouve dans l’esprit du discours de Phnom Penh du général de Gaulle, dans celui de La République moderne de Pierre Mendès-France et, surtout, dans le programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944.

Personne ne défend de manière cohérente cette politique aujourd’hui en France, et je conçois mon rôle comme celui d’un éclaireur pour que mon pays puisse retrouver avec elle la place qui lui revient dans le monde. 

LVdlR : Je voudrais d'abord revenir sur la dernière campagne présidentielle en France, à laquelle vous avez été candidat. Beaucoup ont été frappés par le mépris et l'agressivité avec lesquels vous avez été interrogé, par exemple lors d'une interview sur la chaîne de télévision publique LCP, ou encore sur la radio publique France Inter. A quoi attribuez-vous ce manque de déontologie journalistique élémentaire ?

Jacques Cheminade : A trois choses, qui sont reliées entre elles.

Tout d’abord, à un esprit de tribu qui règne dans le milieu journalistique, politique et culturel parisien, pour qui je ne devrais pas exister puisque non seulement je n’en suis pas l’émanation, mais l’opposition active.

Ensuite, parce que l’atlantisme et l’oligarchisme dominant la scène officielle française peuvent encore moins tolérer qu’un ami de l’homme politique américain Lyndon LaRouche puisse exister en France, représentant « une certaine idée de la France » et ayant obtenu le parrainage de plus de 500 maires, soit environ 1,5 % des maires français. LaRouche combat aux Etats-Unis le « parti de l’Empire britannique » ou « anglo-américain », qui domine aussi la France à travers ses réseaux financiers et culturels. Qu’un lien puisse exister par-dessus l’Atlantique entre combattants de ce système est une chose intolérable pour cette « oligarchie des incapables » qui domine la scène officielle française. On a pu en voir l’expression dans ses attaques contre François Hollande, visant à lui faire abandonner les promesses de son discours du Bourget de lutter contre le monde de la finance. Hélas, ces attaques ont été couronnées de succès et François Hollande a dû reculer. Quant à moi, les médias ne me donnent plus la parole.

Enfin, parce que le sujet même de ma campagne, « Un monde sans la City ni Wall Street, un grand chantier pour demain », aurait été très attirant pour le peuple français, qui attend un « outsider » réellement progressiste et patriote. Il fallait donc jeter la confusion sur mes idées, notamment en dénaturant mes positions et en tentant, en particulier, de ridiculiser ma politique spatiale, qui a pourtant recueilli l’estime de l’Agence spatiale européenne (ESA).

LVdlR : Depuis longtemps, vous avez un cheval de bataille, à savoir la lutte contre la finance internationale spéculative, l’ennemi sans visage nommé par François Hollande lors de la campagne présidentielle, dans son discours du Bourget. Cette finance n’a-t-elle réellement pas de visage ? Comment la circonscrivez-vous ?

Jacques Cheminade : Le visage de la finance internationale est celui d’une oligarchie qui est aujourd’hui principalement active depuis la City de Londres et Wall Street, et opère contre les intérêts des peuples et des Etats-nations, dans la mesure où ceux-ci représentent des points de résistance à sa domination. Elle est servie par les principaux dirigeants du « monde transatlantique », et l’Union européenne, définie par le président de la Commission européenne, Juan Manuel Barroso, comme « un Empire non impérial car fondé sur le consentement mutuel », est son allié « continental ». La stratégie de l’Empire britannique, « diviser pour régner », a été pleinement adoptée par cette oligarchie, qui manipule des conflits d’origine essentiellement sociale en les faisant dériver en conflits religieux, juifs contre musulmans, athées et musulmans contre chrétiens, chiites contre sunnites, et en promouvant les racismes (antisémitisme et islamophobie s’entretenant ainsi l’un l’autre).

LVdlR : Dans votre projet économique , vous conditionnez cette lutte contre la finance à l'adoption d'une loi, dite Glass-Steagall, consistant à séparer les banques de dépôt d'une part des banques d'affaires de l'autre. Pourquoi cette mesure est-elle si importante selon vous ?

Jacques Cheminade : Le retour au Glass-Steagall est essentiel pour frapper l’oligarchie financière à sa source. En effet, au cœur de ce système est le fait que les banques « universelles » bénéficient du soutien des banques centrales – en particulier, dans la zone euro, de la Banque centrale européenne (BCE) – qui les refinancent à taux dérisoire, et elles s’appuient sur une masse énorme de dépôts des entreprises pour garantir leurs activités spéculatives prédatrices. Si l’on sépare sous des toits différents, d’une part les banques pratiquant des activités de dépôt et de crédit, et d’autre part celles intervenant sur les marchés financiers, ce privilège disparaîtra.

La séparation vraie aura ainsi pour effet de faire apparaître le caractère physiquement fictif de l’immense majorité des créances détenues par les branches « investissement » des plus grandes banques, qui sont aujourd’hui « too big to fail ». Ceux qui ont parié ne devront plus faire l’objet de renflouements externes, au détriment des citoyens contribuables, ni internes, au détriment des déposants, mais payer le prix de leurs erreurs et de leurs montages semi délictueux ou totalement criminels. Il faudra ainsi procéder à leur faillite organisée et ordonnée, seule manière d’échapper à leur chantage politique. C’est ce qu’implique directement le Glass-Steagall, qui n’est pas une simple mesure technique, mais une arme politique pour assainir l’environnement et construire un monde « sans la City ni Wall Street ». On pourra alors avoir une véritable politique de crédit public productif, à long terme et à faible taux d’intérêt, pour des équipements physiques et humains, créant les conditions économiques et sociales d’un redémarrage dans l’intérêt mutuel des peuples et des Etats.

Maurice Allais, notre seul prix Nobel de l’économie, était un partisan absolu de ce système, dont nous avons discuté avec lui à plusieurs reprises.

LVdlR : Mais n'y a-t-il pas eu des avancées, notamment avec la loi du 26 juillet 2013 visant justement à séparer et réguler les activités bancaires ?

Jacques Cheminade :La loi dite de séparation bancaire de Pierre Moscovici, du 26 juillet 2013, n’est malheureusement qu’un simulacre économique, guère plus sophistiqué, en tant que simulacre, que ne l’étaient les tanks en carton de Saddam Hussein. Sous la pression du lobby bancaire français, étroitement associé à l’anglo-américain, cette loi laisse notre système bancaire dans la même situation de risque qu’au début de la crise, et la fausse réforme s’accompagne d’une vraie politique de rigueur sociale au détriment des travailleurs et de l’économie. La commission des finances de l’Assemblée nationale a auditionné, le 30 janvier 2013, les principaux dirigeants des grandes banques françaises. M. Frédéric Oudéa, le Président directeur général de la Société générale, a reconnu que la réforme proposée ne change pas grand-chose aux affaires de nos grandes banques. La séparation, a-t-il constaté, « représente entre 3 % et 5 % de nos activités de BFI, qui représentent elles-mêmes 15 % des revenus totaux de la banque ». Tout le monde a pu effectuer ce très simple calcul : 5 % des 15 % des revenus totaux de la banque, cela fait 0,75 %. En clair, 99 % des activités de la Société générale ne sont pas concernées par la loi ! Pour les autres banques, on atteint au maximum le chiffre de 98 %. Les banques peuvent continuer à avoir des filiales dans les paradis fiscaux et judiciaires, elles auront simplement à fournir des chiffres d’un ordre très général. Elles pourront continuer à organiser pour leurs clients des produits permettant de spéculer sur les prix des matières premières agricoles et à pratiquer le fameux trading à haute fréquence (achat et vente de titres sur des durées extrêmement brèves) en se livrant à des activités de « tenue de marché » qui, elles, demeurent largement autorisées. Comme dans Le Guépard de Luchino Visconti, on a prétendu tout changer pour ne rien changer ! Cette lâcheté a permis au gouvernement socialiste de gagner du temps, mais face à l’orage financier et monétaire qui vient, non seulement elle ne procure aucune protection réelle, mais elle livre la scène politique européenne et mondiale à ceux, comme le disait Jean Jaurès, dont les nuages portent la guerre, car leur système est incapable par nature d’assurer un développement mutuel.

LVdlR : Dans votre projet, vous parlez donc de mettre en place un Bretton Woods, c'est-à-dire un système économique de crédit public déconnecté de la finance spéculative, au service de grands projets d'aménagement du territoire. A l'heure où sont recherchées, lors des G8 et G20, des solutions visant à une relance et à une stabilité économique mondiale, quels sont les freins à l'établissement de ce nouveau système, pourquoi n'arrive-t-on pas à se mettre d'accord dessus ?

Jacques Cheminade : Le frein est la domination des pays du monde transatlantique par l’oligarchie financière. Les libérer de cette oppression, sous le drapeau politique du Glass-Steagall, est ce qui permettra de mettre en place un ordre de crédit public associant divers pays pour de grands projets qui seront « producteurs de productivité ». Après la Seconde Guerre mondiale, tout comme les Etats-Unis à partir de 1933, sous l’administration Roosevelt, nous disposions en France de ce système de séparation bancaire. C’est ce qui a permis d’engendrer du crédit pour la reconstruction sans que les fonds ainsi alloués dérivent vers des spéculations. Nous n’avions pratiquement pas d’épargne, et c’est avec du crédit public émis pour notre équipement que nous nous sommes reconstruits !

La question politique et économique fondamentale est qui contrôle le crédit et pour faire quoi ? Aujourd’hui, il est entre les mains de spéculateurs associés à une oligarchie criminelle car incapable d’assurer l’investissement pour le bien commun et les générations futures. Le Glass-Steagall global et le nouveau Bretton Woods sont des moyens de remettre l’émission de crédit au service de projets communs pour l’intérêt de l’humanité. Par exemple, le projet d’Initiative de défense terrestre, présenté par Dmitri Rogozine, serait l’un des éléments moteurs de ce nouveau Bretton Woods.

LVdlR : Vous donnez beaucoup d'importance aux grands travaux. En quoi consistent-ils, qu'impliquent-ils, quels sont leurs enjeux ?

Jacques Cheminade : Les grands projets visent à financer la créativité humaine, s’incarnant dans des découvertes scientifiques appliquées sous forme de technologies nouvelles, plus productives par être humain associé, par unité de surface occupée et par gramme de matière apportée. Il s’agit d’assurer, au niveau des Etats, la mise en place d’une infrastructure physique qui soit de nature à « accueillir » ces technologies nouvelles. En même temps, l’infrastructure humaine correspondante doit être mise en place, pour assurer la qualification et le niveau de vie nécessaires pour mettre en oeuvre ces technologies. Cela signifie des écoles, des hôpitaux, des laboratoires et des logements à bâtir.

Cette vision du monde « optimiste », qui est un pari sur l’avenir, est à l’opposé de l’écologie « verte » dévoyée, qui postule que des formes d’énergie moins denses peuvent être mises en place. L’oligarchie promeut cette « écologie verte » car elle induit un pessimisme culturel et un doute sur les capacités créatrices de l’être humain. Elle conduit les adversaires de son pouvoir dans le cul-de-sac d’une impuissance politique et culturelle. Ils deviennent ainsi complices de la politique oligarchique de gel et de recul technologique. Le pouvoir oligarchique, dont les ressources financières sont associées à la spéculation et qui ne peut donc investir dans les découvertes et les technologies de l’avenir, trouve ainsi ses « idiots utiles » dans ceux qui veulent revenir à des technologies plus « douces » et jettent le discrédit sur de grands projets.

Les grands projets définissent donc une stratégie « prométhéenne », non par goût de dominer mais par la nécessité de développer en l’homme ce qui est humain, ses pouvoirs créateurs au service du bien commun et des générations à naître. Et lui faire retrouver l’estime de soi par le goût de l’avenir.

Nous avons ouvert de nombreuses pistes pour de grands projets, dont la somme doit constituer à la fois un « pont terrestre » mondial et une plateforme vers l’exploration spatiale. Des projets de cette ampleur doivent rassembler les Etats et les peuples et assurer la mobilisation pour la paix et le développement mutuel des ressources dont dispose l’humanité. Il s’agit de faire pour la paix au XXIe siècle ce que l’on n’a pratiquement su faire que pour la guerre au XXe .

Parmi ces grands projets, mentionnons :

- Un « pont terrestre eurasiatique », établissant des corridors de développement et des voies de communication rapides de l’Atlantique à la mer de Chine.

- Le lien entre ce « pont » et le continent américain par le détroit de Béring, tel que le conçoivent les experts et les techniciens russes et américains.

- Le projet NAWAPA de nos amis américains, reprenant un projet de mise en eau des plaines centrales et de Californie américaines avec l’eau disponible, aujourd’hui perdue, des rivières du grand Nord.

- Les plans d’exploitation des immenses ressources de la Sibérie, associant en particulier la Chine et la Russie ;

- Des plans de remise en eau des parties aujourd’hui désertiques ou quasi désertiques de l’Afrique, comme la remise en eau du lac Tchad en captant les flux du bassin nord du Congo jusqu’à l’ensemble Oubangui-Chari (projet Transaqua), la remise en eau des chotts tunisiens et algériens et la reprise de la construction du canal de Jongleï au Sud-Soudan.

Cela doit constituer une unité dans la diversité à l’échelle mondiale, associé à des programmes spatiaux d’un intérêt commun pour l’humanité, fixant un horizon à l’échelle de l’exploration, de la connaissance et du contrôle du système solaire proche (détection et contrôle des astéroïdes et des comètes, météorologie, connaissance des autres planètes et de leurs « lunes », exploitation de l’hélium 3 présent sur la Lune en vue de la production d’énergie de fusion thermonucléaire, etc.).

Tout dirigeant politique responsable devrait penser avec cet horizon, et non se situer dans le court ou le moyen terme, sans remettre en cause les paramètres d’un système incapable d’assurer un avenir.

LVdlR : Sur la scène politique française, vous êtes quasiment le seul à parler régulièrement du bouclier stratégique américain (ABM) mis en place en Europe, et vous rejoignez la vision russe sur ce sujet, comme sur beaucoup d'autres d'ailleurs. Vous prônez un rapprochement entre la France et l’Europe occidentale d’un côté et la Russie de l’autre. Pour quelles raisons ? Qu'avons-nous à partager ? N'y a-t-il pas un fossé de plus en plus grand entre l'Europe et la Russie ?

A l'inverse, vous dénoncez l'emprise de Wall Street et de la City. Ne s'agit-il pas là d'une vision très "Guerre froide" et complotiste ?

Jacques Cheminade : Il faut à tout prix éviter que le fossé se creuse entre l’Europe et la Russie. Pour être franc, ce qui me fait peur est la doctrine de guerre préventive adoptée par l’OTAN, associée à la grande crise économique du monde transatlantique. En même temps, face à la menace d’un encerclement que je peux comprendre, compte tenu de la pression militaire et politique anglo-américaine, la Russie a elle aussi dû adopter une politique de guerre préventive. J’ai bien lu, dans Ria Novosti du 5 février 2010, que « la Russie se réserve le droit d’utiliser des armes nucléaires en cas d’attaque aux armes nucléaires ou autres armes de destruction massive contre elle et/ou ses alliés, ainsi qu’en cas d’agression avec des armes conventionnelles mettant en danger l’existence même de l’Etat ».

On pourra dire ce qu’on veut, parler de « complotisme »ou de « vision très Guerre froide », le fait est là. Autrement dit, la fin de la Guerre froide, survenue sous l’emprise d’une oligarchie se prétendant « libérale » mais en fait représentant la dictature financière du capital fictif, a paradoxalement créé les conditions permissives (et théoriques) d’une guerre thermonucléaire américano-russe. Je ne suis pas seul à le penser. Jean Géronimo, dans son excellent La Pensée stratégique russe, décrit bien cette situation et de très nombreux experts militaires partagent mon analyse.

C’est pourquoi il faut vite, très vite sortir du dilemme ! Et mettre en place le pont terrestre eurasiatique que je préconise, comme instrument de paix par le développement mutuel, pour sortir d’une situation, celle de la prééminence de l’oligarchie financière dans le monde transatlantique, qui nous mène à la guerre.

Dans son numéro du 23 janvier dernier, le quotidien français Libération a un éditorial de François Sergent qui traduit bien l’état d’esprit agressif, pour ne pas dire plus, de ces factions va-t-en guerre occidentales. Il écrit : « L’Union européenne doit non seulement condamner et sanctionner sans ambiguïté Ianoukovitch, un autocrate corrompu, mais aussi Poutine, qui tente de rétablir un glacis d’Etats vassaux autour de la Russie. La communauté internationale a déjà laissé faire un autre client de Poutine, à Damas. Il est plus que temps de se mobiliser pour la liberté de Kiev. » Le Monde a tenu des propos similaires et, avec le New York Times et le Consortium international du journalisme d’investigation, il dénonce sur cinq pages, photos en couleurs et diagrammes à l’appui, la « fortune cachée des princes rouges chinois ». Sans doute ceux-ci ne sont-ils pas irréprochables, mais l’esprit offensif manifesté par des journaux qui, d’eux-mêmes, ne s’y seraient jamais livrés, est ici manifeste.

Ai-je mal lu, ou n’est-ce pas la guerre qui se réchauffe ? C’est pourquoi, j’insiste, plus que jamais la cause de la paix doit être défendue, non par de vaines paroles, mais par des projets de développement mutuel.

LVdlR : Votre mouvement politique est souvent considéré par vos détracteurs comme conspirationniste et d’extrême droite. Un commentaire ?

Jacques Cheminade : Ceux qui tiennent de tels propos se discréditent eux-mêmes. Leur but est d’empêcher que tout ce que je viens de vous dire puisse être écouté en France. Ils laissent ainsi le terrain à des Marine Le Pen ou des Mélenchon, qui au lieu de réfléchir, trop souvent vitupèrent. L’oligarchie, qui ne les craint pas, les couvre pour donner l’illusion que son opposition est destructrice et sans vrai programme.

LVdlR : Lors de la campagne présidentielle en 2012, vous avez obtenu 0,25 % des suffrages exprimés, 0,28 % en 1995, où vous étiez également candidat. Ces faibles résultats et la teneur du débat politique tel qu'il est mené dans les médias ne vous poussent-ils pas à envisager un autre mode d'action politique, d'autres formes d'engagement qui soient plus efficaces et qui ne passent pas nécessairement par la campagne électorale et l'élection ?

Jacques Cheminade : Je ne me suis pas présenté pour obtenir des voix mais pour dire ce que je devais dire. Cela a été entendu par plus de Françaises et de Français qu’on ne le croit. Les gens qui viennent naturellement me serrer la main dans la rue lors de déplacements en province en témoignent. J’entends dire : « C’est vous qui aviez raison et qui avez expliqué ce qui se passe. » Beaucoup de maires qui ont parrainé ma candidature sont devenus les propagateurs du principe de Glass-Steagall et font voter des vœux par leurs conseils municipaux. A notre initiative, le conseil général du département d’Ille-et-Vilaine a fait voter un vœu en ce sens, pour une vraie séparation des banques. Je tiens pour ma part des conférences dans toute la France sur ce sujet et sur la nécessité de revenir à une vision de grands projets et de développement mutuel, à l’échelle nationale et internationale. Notre plus grande limite est l’absence de moyens financiers, mais c’est en même temps la preuve de notre honnêteté. Pendant longtemps, on a essayé de me salir, et le rejet de mon compte de campagne par le Conseil constitutionnel en 1995, pour des motifs juridiquement faux, alors que ce sont les comptes de Chirac et surtout de Balladur qui auraient dû être rejetés, est le signe de l’acharnement contre mes idées, ainsi que les propos diffamatoires tenus contre moi. Je le prends comme l’hommage rendu par le vice à la vertu.

Le fait nouveau est qu’au sein de la crise, qui frappe en particulier la France, l’on reconnaît de plus en plus que ma démarche se situe dans ce qui constitue notre tradition de domaine public et de service public, à l’opposé des égoïsmes qui ont été déchaînés par le « libéralisme financier », de droite comme de gauche.

LVdlR : Jacques Cheminade, merci. N

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